Corridor Abidjan-Lagos : les PDG font la loi sous fond de corruption !

Corridor Abidjan-Lagos : les PDG font la loi sous fond de corruption !

Le long du corridor Abidjan-Lagos, les Policiers, Douaniers et Gendarmes (PDG) ont créé une économie parallèle basée sur le racket des voyageurs, des commerçants et des transporteurs. Une promotion de la corruption aux frontières qui entraine des pertes économiques importantes et constitue une violation du protocole de la CEDEAO sur la libre circulation des personnes et des biens.

Noé, extrême sud-est de la Côte d’Ivoire, la dernière station avant le Ghana. Du balcon de la bâtisse à deux étages où nous avons fait escale nous pouvons voir les premières habitations d’Elibou en terre ghanéenne. Les voyageurs s’activent sur la petite gare routière avant le grand départ. Certains iront vers Cotonou, d’autres plus loin vers Lagos ou bien plus près à Sekondi Takoradi ou Accra. Des périples aux motifs divers mais avec une même réalité : des entraves à la libre circulation des personnes et des biens.

« Je suis un habitué du corridor et je dois vous avouer que pour passer chaque poste frontière vous devez verser de l’argent aux PDG » témoigne Yao Ferdinand agent d’une compagnie de transport.

Les PDG, se sont les Policiers, Douaniers et Gendarmes qui font la pluie et le beau sur ce trajet long de 1022 kilomètres et utilisé par un peu plus 47 millions de personnes par an. « C’est l’axe le plus important de la CEDEAO » selon Razack Yssoufou, chef du service coopération internationale de la Chambre de Commerce et d’industrie du Bénin. Malheureusement les actes de racket des hommes en uniforme ne facilitent pas les échanges et les déplacements entre les quatre pays qui se partagent le corridor. Simple voyageur, transporteurs, commerçants et compagnies de transport vivent le même calvaire.

« Avec ou sans vos documents de voyage à jour vous allez payer quelque avant de passer. Et chaque corps présent au poste frontière viendra se sucrer sur votre dos » se lamente Abou Youssouf, un camionneur ghanéen.

Les prélèvements illicites représentent un manque à gagner pour les voyageurs et les opérateurs économiques. A Cotonou, certains voyageurs que nous retrouvons sur les gares routières affirment avoir dépensé entre 1000 et 2000 f CFA pour passer les postes frontières soit des montants qui oscillent au final entre 6 et 12 mille francs CFA. Pour les chargeurs, le voyage Abidjan-Cotonou peut coûter facilement entre 50 et 80 milles franc CFA en taxes illicites avec ou sans les documents de voyages en bonne et due forme. Pour les transporteurs c’est facilement 30 à 60 mille franc CFA de charges supplémentaires pour un voyage entre la capitale économique de la Côte d’Ivoire à celle du Bénin.

Selon les chiffres de l’Observatoire de la Fluidité des transports en Côte d’Ivoire, les prélèvements illicites imposés par les policiers, les douaniers et les gendarmes représentent facilement chaque année 4 à 5% du PIB des pays membre de la CEDEAO. En plus d’impacter négativement le produit intérieur brut des Etats membres de la CEDEAO, les actes de racket et de prélèvements illicites entraînent une flambée des prix sur les marchés en raison des taxes supplémentaires liées au transport des marchandises. « Au final se sont les consommateurs qui sont les véritables perdants » estime Octave Tossa, le directeur général adjoint de l’Agence béninoise de promotion des échanges commerciaux, ABEPEC.

Aux prélèvements illégaux s’ajoutent d’autres pratiques que condamne fermement Charlemagne Luc Tchakady, de l’Observatoire des Pratiques Anormales section Togo. Il s’agit des injures, des brimades, des attouchements et propositions indécentes sur des commerçantes. C’est ce que confirme celle qui se présente à nous sous le prénom de Marie. Ses marchandises ont été saisies par la Douane Ivoirienne lors de passage à Noé. Elle soutient que « des commerçantes sont obligées de « se livrer«  aux douaniers à défaut d’argent avant de récupérer leurs marchandises ». Une autre forme d’esclavage sexuel considéré comme un règlement en espèce !

Indexés et considérés comme les auteurs des pratiques anormales dénoncées par les usagers, les forces de sécurité se défendent de promouvoir des pratiques contraires à l’éthique de la gouvernance routière. Ernest Kpodo, officier de la Police des Migrations ghanéenne estime « qu’il y a un amalgame entre les prélèvements légaux et illégaux ». Les frais de visa, les taxes de douane et les autres déclarations aux postes frontières auprès d’agents assermentés sont les seules prestations pour lesquelles les usagers doivent payer.

« Les usagers doivent s’opposer à tout autre prélèvement ou tout autre forme de corruption. Nos hommes sont formés au respect du protocole de la CEDEAO et ils doivent l’appliquer » conclu Ernest Kpodo.

Plus facile à dire qu’à faire ! Comment s’opposer aux garants de la loi à un poste frontalier quand ils sont eux-mêmes auteurs d’actes répréhensibles par la loi ? Pour Amegadze Kokou Elorm, coordonnateur du FOSCAO Togo s’opposer aux prélèvements illégaux et pratiques contraires à l’éthique de la gouvernance routière commence par des gestes simples. Pour les commerçants et transporteurs, il s’agit de disposer des documents liés au dédouanement et des titres de transport en vigueur au sein de l’espace communautaire.

Pour les voyageurs être détenteur d’un passeport biométrique valide et d’un carnet de vaccination international à jour. Si les citoyens sont en possession de leurs documents de voyage et que les PDG persistent dans le racket, il faut que les Etats membres de la CEDEAO (hiérarchie militaire) pensent à appliquer des sanctions voire la radiation.

Des textes existent mais leur application pose problème parce qu’il n’y a pas de prise de décision forte estime Eric Aimé Sémien président de l’OIDH (Observatoire ivoirien des droits de l’homme). Il faut que les agents des forces de l’ordre qui s’opposent à la libre circulation des personnes et des biens soient sanctionnés afin que cela servent de leçon renchérit Charlemagne Luc Tchakady, de l’Observatoire des Pratiques Anormales section Togo. Le triptyque pour promouvoir la gouvernance routière sur le corridor Abidjan-Lagos tient donc en trois mots : sensibilisation, information des citoyens sur leurs droits et répression quand le besoin se fait sentir. C’est là le seul moyen pour une application effective du protocole sur la libre circulation des personnes et des biens.

SUY Kahofi

Surce: eburnietoday.com

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