Corruption à la Fifa: Chuck Blazer, le repenti qui a tout balancé au FBI

Corruption à la Fifa: Chuck Blazer, le repenti qui a tout balancé au FBI

Contraint de coopérer et de porter des micros, l’ancien grand argentier de la Concacaf a joué un rôle de premier plan dans l’enquête pour corruption qui a abouti à l’arrestation de sept dirigeants de la Fifa.

Avec sa bedaine triomphante, ses cheveux bouclés et sa barbe fournie, Chuck Blazer aurait pu jouer les Père Noël de centre-commercial. L’homme appréciait d’ailleurs beaucoup les soirées costumées. Derrière l’allure bonhomme se cache pourtant un champion de la fraude. Mais en rédemption: Blazer, miné actuellement par un cancer du côlon, a retourné sa veste. En novembre dernier, le New York Daily News révélait son entière coopération dans l’enquête menée par le département de la Justice des Etats-Unis sur la Fifa. La même enquête qui vaut ce mercredi à plusieurs dirigeants de la Fifa d’avoir été arrêtés et d’attendre leur extradition.

Le grand argentier de la Concacaf

Blazer, membre du puissant Comité exécutif de la Fifa de 1996 à 2013 et secrétaire général de la Concacaf (équivalent de l’UEFA pour l’Amérique du Nord, l’Amérique centrale et les Caraïbes) de 1990 à 2011, n’a pas vraiment eu le choix. Le FBI l’a contraint à jouer les informateurs dès 2011, menacé par des arriérés d’impôts portant sur les millions de dollars qu’il avait détourné. Le genre d’affaires qui peut se traduire par des années de prison aux Etats-Unis.

Comme dans les films, Blazer a accepté de porter un micro sous son costume, en essayant de faire avouer leurs fautes à ses anciens camarades de la Fifa. Il a également levé le voile sur le système de corruption à l’oeuvre sur les deux continents américains, révélant notamment la machine à cash, pour ses dirigeants, que constitue la sulfureuse Concacaf. Chuck Blazer a ensuite plaidé coupable le 25 novembre 2013 pour racket, fraude, blanchiment et évasion fiscale. Il a remboursé déjà 1,9 million de dollars et sait qu’il va devoir sortir à nouveau son chéquier lors d’un procès qu’il espère clément au regard de sa coopération.

Alliance fructueuse avec Jack Warner

Pendant 20 ans, ce natif du Queens, commercial visionnaire, a été l’homme le plus puissant du football nord-américain. Il n’y a pourtant jamais joué. Son entrée dans le monde du “soccer” a débuté avec l’inscription de son fils dans un club de New York en 1976. Pris au jeu et décelant un potentiel de croissance fou à ce sport sur son continent, Chuck grimpe tous les échelons jusqu’à devenir en 1984 vice-président de la Fédération des Etats-Unis, en charge du développement international. Qu’importe qu’une élection lui fasse perdre son poste en 1986, il vient de faire la rencontre la plus importante de sa vie: Jack Warner, président de petite Fédération de Trinidad and Tobago.

En verrouillant la majorité des votes détenus par les fédérations des îles de la Caraïbe, les deux hommes se hissent à la tête de la Concacaf. Warner en prend la présidence et la partie représentative et Blazer le secrétariat général et la gestion économique. L’organisation ne pèse alors rien financièrement. Blazer débute par deux changements radicaux: il déménage l’administration de la Concacaf à New York, dans la tour Trump où il prend également domicile; et il s’assure, par le biais d’un contrat léonin, 10% des revenus générés sur certains droits sportifs pour la zone Concacaf. Blazer y gagne le surnom de “Monsieur 10%”.

De nouveaux formats de compétitions et le développement des retransmissions TV dans la zone Concacaf font sa richesse et son succès dans les années 90 et 2000. Une partie des sommes détournées se retrouvent sur des comptes off-shore. L’homme est gourmand et n’aime pas les impôts. Il faut de toute façon soutenir ce train de vie de multimillionnaire et il utilise la carte bleue de la Concacaf comme s’il s’agissait de la sienne: un appartement à 18 000 dollars par mois, des fêtes, les restaurants les plus chers, les palaces, les jets et les vols en première classe. L’alliance entre les meilleurs amis Blazer et Warner, un champion de la corruption, prospère jusqu’en 2010.

La chute

De la rupture entre Blazer et Warner découle leur chute mutuelle, appelée à se prolonger dans les tribunaux américains. Blazer ne digère pas que son compère ait voté pour le Qatar plutôt que pour les Etats-Unis lors de l’attribution de la Coupe du Monde 2022. Il se venge en dénonçant une distribution d’enveloppes à des dirigeants des Caraïbes par le challenger qatari de Sepp Blatter, Mohamed Bin Hammam, pour l’élection présidentielle de la Fifa en 2011. Et met en cause Jack Warner pour ces versements.

Les révélations de Blazer précipitent sa propre fin. Les successeurs de Warner à la Concacaf lui signifient son congé du poste de secrétaire général. Ils lancent une enquête qui rend public en avril 2013 les agissements du gourmand duo, contraignant l’Américain à céder sa place au Comité exécutif de la Fifa. Ils ne savent pas alors que la collaboration de Blazer avec les FBI va aboutir à l’arrestation de certains d’entre eux, comme le président de la Concacaf depuis 2012, Jeffrey Webb.

Source : lexpress.fr

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