Côte d’Ivoire : De La grève des fonctionnaires, parlons en!

Côte d’Ivoire : De La grève des fonctionnaires, parlons en!

I) –    Introduction

Décidément le front  social, la sécurité et l’image de la Côte d’Ivoire sont  en lambeaux dans ces premières semaines de l’année 2017 ou la troisième république s’installe dans un vent de contestations et de revendications corporatistes. L’ampleur de la grève et le soutien de l’opinion publique nationale doit être un avertissement pour le pouvoir en place.

La grève est par définition une action collective consistant à une cessation concertée du travail par les salariés. C’est une action qui vise à appuyer une revendication vis-à-vis de l’employeur qui est l’état ivoirien dans le cas qui nous concerne. Examinons ici les revendications des fonctionnaires de Côte d’ivoire. La principale revendication  sur laquelle se greffent les autres est :

– le retrait pur et simple de la réforme antisociale des retraites décidée en 2012 par le gouvernement sans concertation avec les syndicats. La retraite de 55 à 60 ans voir 65 n’est pas le problème mais la réduction de 30 à 50% des pensions dans un des pays ou la vie est la plus chère d’Afrique de l’Ouest  est difficilement acceptable. L’augmentation des cotisations de 6 à 8,33% accompagné d’une réduction de la pension est une insulte au bon sens quand le même gouvernement refuse d’éponger les arriérés de salaires.

Dans quelle démocratie européenne on peut aujourd’hui baisser les pensions de 50% sans des remous et des grèves dans le pays. Nous commettons souvent l’erreur de croire que c’est les meilleures intelligences du pays qui constituent le gouvernement de la république, c’est faux Tuo Fossié, analphabète notoire fut ministre et préfet en Côte d’Ivoire. Cela a dénaturé la fonction ministériel qui n’est plus un service au bénéfice du citoyen mais un cadeau pour service rendu. Il ne faut donc pas s’étonner de la prise des mauvaises décisions par ce gouvernement au nom du pays.

  • Comment le gouvernent peut-il expliquer aujourd’hui le non paiement des arriérés de revalorisations salariales jusqu’à ce jour quant- il débloque en urgence des millions pour les mutins liés au groupe ethnique du président ?
  • En ce qui concerne la liberté syndical, la plate forme des syndicats de la fonction publique ivoirienne ne demande rien d’autre que le respect de la liberté syndicale contenue dans toutes les conventions qui lient la Côte d’Ivoire au BIT, le Bureau international du travail.
  • Il faut au final éclaircir les prélèvements sur salaire de l’impôt national, de la contribution de solidarité nationale. Ou va tout cet argent y a-t-il une caisse nationale de solidarité et un conseil d’administration qui rend compte de l’utilisation des fonds aux différents contributeurs ?

Pensez vous sincèrement que de telles interrogations n’ont pas de sens dans un pays ou le citoyen vient de savoir que le président de la république avait conclue avant son élection un accord financier secret avec des gens de sa régions pour déloger le président sortant quelque soit le résultat du vote ? Faisons très attention ici car les germes de l’embrasement prochain du pays sont sous nos yeux. Ceux qui relèvent aujourd’hui les impostures d’hier ne sont pas contre la Côte d’ivoire et son système de gouvernement. Ils souhaitent tous que l’équité et la dignité de tous retrouvent son sens et sa valeur dans la vie nationale.

Comment  la république a-t-elle  pue tomber si bas au point de faire allégeance aux mutins et capituler devant les dozos et  zozos d’hier ? Seul Alassane Ouattara et ses suiveurs pourront nous expliquer un jour cette succession de rendez-vous manqués.

II –  Comment sommes nous arrivés  là ?

La responsabilité de cette grève interminable incombe avant tout au président de la république et à son gouvernement. En refusant la réconciliation nationale, en méprisant par une arrogance surdimensionnée les corps intermédiaires que sont les syndicats et en instaurant le rattrapage ethnique comme doctrine de gouvernance, Alassane Ouattara à crée lui-même les conditions de l’explosion sociale.

Un chef d’Etat doit travailler pour souder  son peuple autour de lui, afin de faire des choix politiques qui contribuent à l’épanouissement collectif de la nation.  Malheureusement on a utilisé les moyens et les instruments de l’Etat pour comploter contre le citoyen, en opposant les groupes ethniques, les religions, les tribus et les régions. Dans les autres pays, le président de la république est l’arbitre des dysfonctionnements et les antagonismes qui se cristallisent dans la société.

En cote d’ivoire c’est le président de la république qui va chercher lui-même dans les immondices de la malfaisance,  le virus de la haine pour venir l’inoculer dans le corps social de la nation. Hier avec l’ivoirité de Konan Bédié et aujourd’hui Alassane Ouattara et son rattrapage ethno tribal, qui fait que 90% des candidats ressortissants du nord du pays  sont assurés de réussite à tous les concours de la fonction publique.

L’ensemble de tous ces faits ont alourdi l’atmosphère sociale, les relations interpersonnelles qui s’accompagnent d’une grande crise de confiance entre l’Etat et le citoyen ivoirien qui s’organise pour faire face à une imposture qui ne dit pas son nom. Les fonctionnaires ivoiriens peuvent comprendre l’augmentation de l’âge de la retraite à 60 ans et l’augmentation des cotisations, mais le blocage des salaires et le non payement des arriérés de salaires et autres primes sont totalement inacceptables devant le coût exorbitant de la vie en Côte d’Ivoire.

La fonction ministérielle procure des avantages : Logement, voitures de fonction, personnels de maison, indemnités divers, chauffeurs, gardes du corps, carburant et autres frais de voyage sans compter un bon salaire. A la fin les ministres sont coupés de la réalité et ne voient pas le quotidien de leur compatriote.

Voilà pourquoi ils sont hautins et affichent  avec mépris et arrogance leur suffisance dans les négociations. Les parole comme : << Ou voulez vous que le gouvernement trouve 270 milliards pour vous payer ?>> la réponse de la plate forme nationale des syndicats de la fonction publique ivoirienne est claire. << On ne lâche rien ! >> Finalement des ministres au premier ministre  les choses n’ont pas évolué dans le bon sens. Au contraire on a poussé des syndicats fantoches à se désolidariser de la lutte commune au nom de l’appartenance ethnique.

Mieux la ministre de l’éducation nationale à demandé ouvertement à un groupuscule se disant  le rassemblement des enseignants républicains RER, de reprendre le travail dès lundi pour briser le mouvement de grève. Elle oublie que les parents ayant peur des violences vont retenir leurs enfants à la maison rendant inutile la présence des éventuels collabos et autres pharisiens.

Dans l’histoire, la chine avait essayé maladroitement d’installer un autre Dalaï-lama, après l’occupation du Tibet, cela n’a pas marché, la Pologne du Général  Jaruzelski, avait aussi essayé de susciter un mouvement fantoche pour contrer le syndicat Solidarnosc, mais cela n’a pas marché pour une seule raison,  il y a des moments dans la vie ou l’imposture se rend compte elle-même qu’elle est une laideur.

III – Comment sortir de cette situation

La Côte d’ivoire ne deviendra viable et vivable pour tous que quand elle aura un gouvernement qui rassemblera tous les ivoiriens dans un projet national inclusif. Ceux qui veulent stériliser les autres ivoiriens pour le triomphe de leur groupe ethnique se trompent d’époque en faisant aujourd’hui  le pari du plus lamentable des fiascos.

Donner la nationalité ivoirienne à Blaise Compaoré et faire de lui le président de la filière Café et Cacao de Côte d’Ivoire, est une grande méprise qui ne peux arriver qu’en Côte d’Ivoire. Après une telle forfaiture venez traiter les ivoiriens de xénophobes. Finalement ils n’ont eu que l’amertume et la résignation comme compagnons de route ainsi que le mépris de leur propre gouvernement comme étendard.

La situation sécuritaire du pays n’est pas réglée, une grande mutinerie se prépare elle sera déterminante et décisive quand les mutins auront une plate forme commune de revendications. Le risque de voir la police, la gendarmerie désarmés et certaine casernes  dans une alliance revendicative avec les armes lourde qui ont disparu des poudrières se précise chaque jour de trouble, plongeant le pays dans une incertitude totale.

C’est dans cette ambiance pré incendie qu’on veut attirer les investisseurs dans un pays ou les braqueurs sont plus armés et équipés que la police nationale. Comment investir dans un pays ou  l’Etat peut bloquer les comptes d’une entreprise ou d’un citoyen sans aucune procédure judiciaire légale ?

Quel est le touriste suffisamment fou pour aller mettre ses pieds dans un pays ou les clients des hôtels sont  braqués et dépouillés de leurs biens en pleine nuit par des hommes en armes que la police et la gendarmerie désarmées ne retrouveront jamais ? Quelle considération doit-on avoir pour un gouvernement incapable de payer les arriérés de salaires qu’il doit à ses propres fonctionnaires ?

L’homme le plus avare du monde nourrit bien son chien pour qu’il ne lui saute pas à la gorge. Voilà ce que le gouvernement ivoirien doit comprendre maintenant et tout de suite pour aller vers la porte de la sortie de crise.

Pour sortir de cette situation, il faut retourner aux valeurs qui fondent les relations entre un gouvernement et les serviteurs de l’Etat.

  • Le respect de la liberté syndicale conformément aux conventions international dont la Côte d’Ivoire est signataire auprès du bureau international du travail. Muter la totalité des membres du bureau d’un syndicat du jour au lendemain à plus de 800 km de leur domicile pour fait de grève est une énormité.  Nous sommes même étonné que cela n’a pas dérangé les membres du gouvernement ivoirien.
  • Les prélèvements de plus de la moitié du salaire pour trois jours de grève au mois de novembre 2016 restent une mesquinerie de la part d’un gouvernement qui se réclame de la démocratie.
  • Il faut faire attention pour que la grève des fonctionnaires ne contamine le secteur privé ivoirien. Les ivoiriens ne comprennent pas que le même gouvernement appelle à la négociation et débloque des milliards pour les mutins et refuse de régler  des petits problèmes  d’arriérés de salaire, de primes et de régularisation des journaliers ? Les fonctionnaires ont le sentiment d’avoir affaire à un gouvernement qui vit sur la lune. Ce gouvernement est dans la même situation que les colons français face aux grandes grèves des chemineaux africains du 11 octobre 1947-au  19 mars 1948.
  • Ceux qui connaissent la plate forme nationale des professionnels de la fonction publique ivoirienne nous font savoir la création dans les prochains jours d’un fond national de soutien à la grève, capable de permettre aux grévistes d’assurer leurs déplacements, de préparer la clandestinité en cas de répression criminelle à la Jaruzelski et de maintenir aussi par téléphone, fax et autres moyens de communications modernes le contact avec le Bureau international du travail et le mouvement syndical au plan national et international à l’heure de la mondialisation.
  • Le gouvernement ivoirien ne perdra pas la face s’il accède aux demandes justifiées des syndicats. Qu’il se souvient des atermoiements d’Henri Konan Bédié, revenu de sa buverie de Daoukro à la veille de Noël 1999, sans rien comprendre de la mutinerie qui allait faire de lui l’ancien président de la Côte d’Ivoire. Bref une riposte sauvage et illimitée de Kandia Camara ne rendra pas service au gouvernement auquel elle appartient.

Finalement nous somme tous perplexe de l’intérieur comme à l’extérieur de la côte d’Ivoire on se demande aujourd’hui encore pourquoi le gouvernement n’avait–il pas négocié avec les syndicats du prolongement de l’âge de la retraite ? Pourquoi a-t-on trainé si longtemps pour affronter  les arriérés de salaires et de primes ?

Les membres du gouvernement de Daniel Kablan Duncan, étaient-ils conscients de la misère des familles quant-ils prenaient la décision de ne plus verser de pension à la veuve et aux orphelins de la fonction publique ivoirienne ? Les membres du gouvernement avaient la tête ou ce jour là ? Embaucher des agents journaliers pour les enfoncer dans la précarité de l’emploi n’est pas la dignité et la  justice dans une œuvre de partage et de solidarité envers les plus démunis.

Stopper ici et maintenant cette chasse aux sorcières qui consiste à faire d’un Yao, d’un Séry, d’un gnahoua, d’un Kossonou ou d’un Mambeu et autres Dion  les ennemis de la nation est ridicule. Le gouvernement ivoirien doit sortir lui-même de cette prison qui empêche de voir loin en commençant par ce qui se trouve sur son propre nez. C’est dans cette direction que se trouve la sortie de crise. Il doit mettre de l’ordre dans ce capharnaüm  en favorisant le dialogue qu’il a refusé hier. Baise la tête et adore ce que tu brulais hier, comme le disait si bien la reine Clotilde  lors du baptême de son mari le roi Clovis.de France. Cette longue grève n’est pas une œuvre de déstabilisation mais un moment de recomposition sociale que le gouvernement doit saisir comme une chance pour souder les ivoiriens autour de lui.

Les intimidations, les menaces et autres appels des imans et des rois pour la reprise du travail ne changeront rien, il faut de l’humilité, C’est vers cette denrée rare qui a disparut de l’espace public ivoirien depuis longtemps qu’il faut courir pour la ramener au cœur de la cité afin de favoriser la confiance nécessaire à la résolution du conflit syndical qui est sur notre nez.

IV  –  postulat de conclusion générale

Un gouvernement doit être capable de se remettre en cause. Pour cela il doit avoir des anticorps qui se manifestent pour l’avertir qu’il coure vers le précipice. Les voitures aujourd’hui sont équipées d’airbag,  de GPS ou d’avertisseur,  pour ne pas sauter dans le vide en empruntant des voies sans issues. La chute des gouvernements survient souvent quand les gouvernants veulent par arrogance et par mépris croire que ce qu’ils décident est bien pour tout le monde.

C’est faux les gouvernements africains ont fait si souvent des choix aberrants qui nous poussent à croire aujourd’hui encore que leur décisions sont prises pour plaire à leurs partenaires extérieurs qu’à faire le bonheur de  leur peuple. Les usines qui n’ont jamais fonctionnés, les barrages qui ont une production en deçà de leurs capacités d’exploitation parce que construit au mauvais endroit.

Des chemins de fer construits pour aller dans le village du président de la république sans aucune rentabilité pour le pays. Souvenez-vous de la télévision éducative en Côte d’ Ivoire, malgré l’opposition des parents d’élèves et du puissant syndicat des enseignants du primaire la Côte d’ivoire avait accepté de bouleverser son propre système éducatif pour plaire à une multinationale française avec financement de la banque mondiale dans un gonflement hors norme du service de sa dette publique.

L’ensemble de tous ces faits qui ne sortent pas d’un roman de science fiction doivent obliger le gouvernent ivoirien à sortir de son arrogance pour conduire un dialogue national utile capable de renouer les fils de la paix sociale et permettre aux ivoiriens d’éviter des affrontements fratricides dont nul n’a besoin aujourd’hui.

Ceux qui croient que l’ethnie comme mode de gouvernance a encore de la place dans l’espace  politique ivoirien doivent se rendre à l’évidence. Seul le sens de l’état et la justice sociale peuvent être une bouée de sauvetage pour tous dans la recomposition qui s’ouvre devant nous.

C’est en terminant notre propos que le combattant suprême Habib Bourguiba, est sorti de sa tombe pour venir à notre secours en nous rappelant que : «Nous devons élever le niveau de vie de ce peuple et lutter contre le chômage, la misère et le retard économique. Nous devons y parvenir coute que coute.

C’est une question de vie ou de mort pour le régime. S’il ne réussi pas dans ce domaine, c’est sont existence même qui sera en jeu.»

Telles sont les réflexions qui nous animent au moment ou la plate forme nationale des syndicats de la fonction publique ivoirienne appelle à un prolongement de la grève.

Merci de votre aimable attention.

Dr Serge-Nicolas NZI

Chercheur en communication

Tel. 0041792465353  Lugano (Suisse)

Mail : nicolasnzi@bluewin.ch

 

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