Côte d’Ivoire: L’art de pleurer en chœur.

Côte d’Ivoire: L’art de pleurer en chœur.

En période de grands évènements, les humains (et même les animaux) expriment de manière explicite les émotions qui les animes. Ces évènements peuvent être malheureux, douloureux, mais aussi très heureux. Ce fut le cas en 1992 quand l’équipe nationale de football des Gadji Céli, Gouaméné Alain, Abdoulaye Traoré, et autres ont remporté la seule coupe d’Afrique des nations à nos jours pour le Bonheur des ivoiriens. Cette coupe était arrivée au bon moment.

En effet, la Côte d’Ivoire était plongée dans l’austérité imposée par les bailleurs de fonds dont l’éxécuteur d’oeuvre était un certain Alassane Dramane Ouattara. En plus de ce moment d’austérité, Ouattara avait plonge le pays dans la détresse avec les barabaries contre des étudiants qui dormaient en mai 1991 suivies du 18 février 1992. La coupe d’Afrique des nations remportée par Gadji et ses amis nous a fait souffler. L’émotion exprimée à cet effet était indescriptible. Des choses ce sont passées….. ces instants de joie sont courts mais intenses. Personne ne se jette en conjecture pour accabler l’autre. Tous célèbrent les héros. Mais surtout tous s’approprient cette victoire. Les erreurs de parcours sont pardonnés et même “oubliés”. Ce qui n’est pas forcement le cas lors des évènements douloureux.

Généralement, la douleur est telle que la première réaction irraisonné du concerné consiste à accuser certaines personnes dans l’environnement proche, puis d’autres dans son environnement un peu plus loin. Si dans cette traversée de désert, personne autour du malheureux infortuné ne prend de la hauteur pour apprécier les choses d’une autre manière afin d’aider à y trouver des solutions d’abord circontancielles puis durables, alors tout le monde se retrouvera empoisonné par les mêmes réflexions que propose l’infortuné. Pourtant, il ou elle ne fait qu’exprimer sa douleur. Et si par malheur, la situation vire au pire, c’est à dire à la “mort” (partir c’est aussi mourir un peu), alors les réflexions nées de la douleur se renforcent. Pour les exprimer, il arrive qu’on se paye les services de celles qu’on appelle “les pleureuses professionneles”. Ce n’est pas un phénomène nouveau. Cette culture a toujours existée, nous apprennent les égyptologues. Comme le nom l’indique, il s’agit d’un ensemble de femmes dont l’expertise se résume à posséder l’art de chanter (pardon, pleurer) en chœur. Les pleurs ici consistent à chanter les louanges du défunt, souligner les actes positifs posés par celui-ci. Et comme chez nous le nom rappelle la lignée ou lui donne un sens, les “pleureuses” retracent en chœur, cette lignée et son épopée. C’est sublime ce qu’elles savent faire!

A regarder de près ce qui vient de se passer avec le transfèrement de Charles Blé Goudé à La Haye, on se croirait à des funérailles où il nous apparaît plus important de pleurer en chœur et donner libre cours à nos réflexions fantaisistes qui ne donnent aucune solution au problème ou à la maldie qui a conduit à la mort de l’infortuné et qui, si on n’y prend garde, emporterait un autre membre de la famille. Imaginez-vous qu’il s’agisse d’une maladie contagieuse ou même héréditaire. Pendant qu’on passe tout le temps à pleurer, elle consume une autre vie, et avant que nous ne nous relèvons de notre coma collectif, on nous annonce la mort d’un autre membre de la famille du défunt. Puis nous recommencons nos supputations interminables et sans raison….

En effet, Blé Goudé, avant d’être ministre, était un simple citoyen ivoirien panafricaniste qui n’a ni appelé à expulser les étrangers ni appeler à tuer personne. Il n’a jamais pris les armes contre qui que ce soit. Il s’est senti insulté dans l’âme lorsqu’il a remarqué les ruses de la France de Chirac. Alors il a plutôt demandé qu’on le “tue” plutôt que de continuer à tuer d’autres ivoiriens ou les pousser à s’entre-tuer. C’était le sens de son engagement en 2004 et les années qui ont suivies. Comment une telle personne peut-elle être accusée de crime contre l’humanité pendant que ceux qui ont tué en égorgeant d’autres ivoiriens sont en liberté? Il s’agit tout simplement du mépris de nos intelligeance. On se rappelle que des journalistes ivoiriens qui avaient osé dénoncer cette insulte de l’époque se sont vus réfuser le visa pour la France. Eux aussi avaient dénoncé avec leur plumes. Leurs articles peuvent toujours être retrouvés. Attendons donc qu’on les déporte à La Haye.

Cependant, la véritable sorcellerie, c’est celle pratiquée par les ivoiriens eux-même. On comprend que des gens comme Silver Konan, Zadi Djédjé, Patrice Kouté, et autres, pour des raisons évidentes se mettent à accuser ceux qui n’ont aucun pouvoir pour faire quoi que ce soit, d’être responsables du transfèrement de Blé Goudé à La Haye. Ce qui est totalement incompréhensible et s’apparente à faire la sorcellerie, c’est lorsque des personnes soi-disant proches de Blé Goudé ou du FPI (version Gbagbo, nostalgie oblige) s’étripent chaque jour à soulever des débats du genre, “certains parmis nous ont participé à faire transférer Blé parce qu’ils l’ont accusé de tous les maux. on l’a même accusé d’être un “vendu””. Très honnêtement, en quoi accuser Blé d’être un “vendu” ou pas a emmené Fatou Bensouda à lancer un mandat d’arrêt contre Blé Goudé? Depuis quand Fatou Bensouda vous a signifié qu’elle poursuit Blé parce qu’il est “vendu”?

C’est vraiment pauvre, con et minable de commencer ce genre de débat maintenant. C’est encore plus con de penser que Blé Goudé a été transféré parce que des photos de sa détention humiliante à la DST ont été publiées par Kouhon Philippe. Et c’est même pitoyable que l’on sombre jusqu’à ce point dans la médiocrité en allant s’attaquer à KKB, un simple citoyen, aussi député soit-il. Qui ne se rappelle pas que KKB s’est fait tabasser par les même personnes qui devraient en principe être ses amis? Si Soro, qui pourtant aurait promis à la mère de Blé de le faire liberer, n’en a pas été capable, comment peut-on se laisser totalement surplomber par ses émotions à ce point en pensant que KKB pourrait aider à quelque chose dans cette affaire? C’est à croire que tous ceux qui lancent des pierres aux autres n’ont jamais commis eux-mêmes des erreurs dans la vie. Réfuser d’intégrer d’autres sensibilités dans sa stratégie de lutte pour nos libertés communes sous le simple prétexte que ces personnes se sont trompées une fois c’est faire du sur-place et continuer de jouer le rôle de “pleureuses en chœur”.

Or, à la vérité, les “pleureuses en chœur” ne font autre chose que nous faire pleurer davantage. C’est pourquoi leur rôle est consciencieusement limité dans le temps. Car après avoir pleuré, il faut à ceux qui sont restés de continuer la vie sur terre. Il faut trouver des solutions aux réalités de la vie que sont manger, dormer, se preserver, etc…. On ne peut pas continuer éternellement à pleurer. Il faut appréhender les nouvelles réalités sans le ”défunt” puis  élaborer des stratégies efficientes et efficaces pour les résoudre.

Zirignon K.

 

 

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