Coup d’Etat au Burkina: La Côte d’Ivoire, base-arrière de la déstabilisation du Faso

Coup d’Etat au Burkina: La Côte d’Ivoire, base-arrière de la déstabilisation du Faso

« Le Général Gilbert Diendéré, le nouvel homme fort du Burkina, est à Ouaga, mais sa télécommande se trouve à Abidjan ». Voilà une belle image de Patrice Patindé, journaliste, enseignant en Science-Po, qui résume ce qui vient de se produire au Burkina Faso.

Commencé le mercredi 16 septembre 2015 par une prise en otage du Président du Conseil national de la Transition Michel Kafando chef de l’Etat, son Premier ministre Yacouba Isaac Zida et quelques ministres, alors en Conseil de ministres, le coup d’Etat du Général Gilbert Diendéré s’est accompli le jeudi 17 septembre. Ce, par l’annonce de la démission du Président Kafando, du Gouvernement et du Conseil national de Transition par le Conseil national de la démocratie (CND), émanation des 1300 éléments du Régiment de la sécurité présidentielle (RSP).

Mais le Général Gilbert Diendéré qui vient de mettre un coup d’arrêt à la Transition démocratique burkinabé, à un mois de la présidentielle de sortie de crise, n’est pas un inconnu. Ce, malgré son image d’homme de l’ombre. Diendéré est un bras droit de Blaise Compaoré, l’ancien chef de l’Etat burkinabé déchu le 15 octobre 2014 suite à un soulèvement populaire, après 27 ans au pouvoir et exilé en Côte d’Ivoire. Un pays où il a été accueilli par son ami et frère le dictateur Alassane Dramane Ouattara. Sur recommandation de Paris, selon l’aveu même de François Hollande qui l’a fait exfiltrer de Ouaga. Rappelons pour mémoire que c’est le Général Gilbert Diendéré qui a aidé Blaise Compaoré à renverser le capitaine Thomas Sakara en 1987. Il a été ensuite son homme de main, fidèle parmi les plus fidèles, son émissaire officieux et parfois officiel, et son chef d’état-major particulier. Lui et Blaise Compaoré sont comme cela se dit, ses frères siamois qui se comprennent à demi-mot, ou même sans avoir besoin de se parler.

Blaise Compaoré n’est pas étranger dans la déstabilisation de son pays. Il y a longtemps qu’il s’agite pour renverser la vapeur dans au Burkina. Il est entré et vit en Côte d’Ivoire avec un grand nombre de soldats et d’anciens ministres. Et depuis longtemps, l’on assiste à un ballet incessant de ses hommes entre Ouaga et Abidjan. Quelque temps avant son accident qui l’a conduit d’urgence au Maroc pour des soins, les activités de ses hommes étaient proches et concentrées à la frontière Côte d’Ivoire-Burkina. A tel point que le Président Kafando venu en Côte d’Ivoire, avait signifié à Alassane Ouattara que si Blaise Compaoré se donnait à des activités de déstabilisation de la paix au Faso, alors le gouvernement burkinabé serait amené à exiger son extradition. Mais Ouattara et Blaise Compaoré ne comprennent tous les deux que le langage des armes, putschistes qu’ils sont. D’où la présence du Général Gilbert Diendéré à Abidjan, avec Compaoré, moins d’une semaine avant le coup d’Etat. Et le mercredi 17 septembre 2015, au moment où les autorités de la Transition ont été prises en otage à Ouagadougou, Blaise Compaoré quitte précipitamment Abidjan, escorté par des véhicules tout-terrain, empruntant l’Autoroute du Nord, on ne sait exactement pour quelle destination.

Comme l’écrit la presse ivoirienne, Alassane Dramane Ouattara rend sa monnaie à Compaoré. Cela, en faisant de la Côte d’Ivoire la base-arrière des actions subversives de cet homme. L’ancien homme fort de Ouaga qui avait couvé hier, formé et équipé sa rébellion du MPCI, alors dirigée par Ibrahim Coulibaly dit IB, ensuite par Guillaume Soro, afin d’attaquer la Côte d’Ivoire le 19 septembre 2002. Ouattara ne peut pas ignorer les activités et les projets de Compaoré.

Les putschistes évoquent l’exclusion à la présidentielle du 11 octobre 2015 et le manque de consensus relativement aux conditions de réalisation de ce scrutin, comme d’ailleurs en Côte d’Ivoire, pour tordre le coup à la démocratie. Mais les vraies raisons du putsch sont ailleurs. L’ouverture du dossier de Thomas Sankara, risque de perdre le Général Gilbert Diendéré. Parce qu’il était au cœur du coup d’Etat de 1987 où le chef de l’Etat d’alors a trouvé la mort. Le Régiment de la sécurité présidentielle (RSP), fidèle à Compaoré et dont il émane, est constamment menacé de dissolution par le Gouvernement de la Transition. Le RSP avait aussi demandé la démission du Premier ministre Zida. En tout cas les deux s’activaient à se neutraliser, sans succès. Ensuite, le parlement burkinabé venait d’exiger l’extradition de Blaise Compaoré, inculpé pour haute trahison. Le Général Gilbert Diendéré et ses amis inconditionnels du chef de l’Etat déchu, voyaient donc venir leur propre calvaire. Il fallait arrêter la machine et repousser l’échéance du jugement dernier.

Lorsque le Général Gilbert Diendéré dit donc qu’il n’a pas vu Blaise Compaoré et qu’il ne l’a pas eu au téléphone ni avant ni après le coup d’Etat, il distrait l’opinion. Parce qu’avec lui au pouvoir à Ouaga, Compaoré a l’assurance de la rédemption pour vivre tranquillement de ses milliards volés. En plus, avec le Général Gilbert Diendéré, ce sont les idées de Compaoré qui continuent à gouverner le Burkina, à défaut d’être rétabli à la tête du pays. Ouattara a trahi la confiance de Michel Kafando, en laissant Compaoré et Diendéré porter un coup de grâce au processus de Transition pourtant à son terme dans un petit mois. La Côte d’Ivoire s’avère être la base-arrière de la déstabilisation du Faso. C’est un constat.

Mais si c’est à cause des injustices et du manque de consensus pour la mise en place des conditions des élections que le RSP a fait le coup d’Etat, Ouattara doit comprendre que les mêmes causes produisent les mêmes effets. Et que son régime fait pire à l’opposition ivoirienne que le CNT du Burkina.

Suzanne Gahé, pour Eburnienews.net

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One comment

  1. Ce coup d’Etat est aussi bête que inutile, et ce quelles soient les ”raisons invoquées”
    Bine sûr que Compaoré et Ouatara Dramane sont impliqués dans ce honteux coup de force.

    Les autorités légitimes Le Président Kafando et le PM Zida doivent immédiatement être LIBRES

    et ils doivent mener le processus à son terme: c’est la légitimité du peuple qui prime et qui doit être respecté et non pas des intérêts égoïstes.

    Du reste Une révolution comme celle du Burkina c’est contre un ordre établi Compaoré pendanrt 27 putains d’années profondément i injuste et violente. Ceux qui en ont bénéficié ,notamment les proCompaoré doivent le comprendre…et se calmer pour l’instant!…

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