Coup d’Etat manqué de septembre 2002: Boga Doudou, une mort programmée (Par Mouhamadou Soumahoro)

Coup d’Etat manqué de septembre 2002: Boga Doudou, une mort programmée (Par Mouhamadou Soumahoro)

Balla Kéita est mort. Sia Popo Prosper arrêté. Les recrutés maliens sont aux portes d’Abidjan. Ceux du Burkina Faso sont très surveillés par le pouvoir Gbagbo avec à leur tête le Ministre de l’intérieur Emile Boga DOUDOU. On vient d’apprendre que ce dernier s’est rapproché de l’homme référent, un illustre prédécesseur, respecté et craint par Djibril Bassolé, le Colonel Emile Constant Bombé.

Emile Constant Bombet était passé maître de la surveillance et du renseignement. Tout le monde le craignait. Homme de l’ombre et très discret, il fut Ministre de l’intérieur sous Henri Konan Bédié. Grand serviteur de l’Etat et homme pieux et d’aucuns disent très charismatique (il aurait eu une apparition mariale à son domicile de Korhogo), il avait été Préfet de Région de Korhogo et maîtrisait parfaitement le nord où il avait un réseau d’intelligence encore actif. Serviteur de l’Etat et fidèle patriote, il a la rigueur même dans la démarche. La Nation est en danger, sa contribution est nécessaire. Il exige alors que soit rappelé à Abidjan le détaché militaire à l’Ambassade de Côte d’Ivoire au Burkina Faso le Colonel Barnabé Depeu, son ami et ses oreilles. Le Colonel Barnabé Depeu arrive à Abidjan à la mi-août et révèle avec détails et précision tout ce qui se passe sous les tropiques ouagalaises. Oui, Bombet aussi avait ses hommes et ses femmes partout dans le Burkina voisin en plus, son frère est le Commandant des forces terrestres.

Le Ministre Boga Doudou croit bon, d’informer les membres du gouvernement. Il n’est pas encore rompu à la chose de l’Etat, à la discrétion que lui inflige son poste de numéro 2 du gouvernement.
Tapis dans l’ombre, un traître est au sommet de l’Etat. Il écoute, analyse et conseille même. Comment le soupçonner de quoi que ce soit ? Il a la confiance absolue du chef de l’Etat, Président de la République. Mais l’étau se resserre sur lui.

A Ouagadougou, les choses se précisent. Une date est toute trouvée : la date anniversaire du COMPLOT DU CHEVAL BLANC, 18 septembre 2000, le jour où Guéi a trahi et fait un coup d’Etat, dans le coup d’État qui avait été taillé pour lui. Il avait fait assassiner les hommes de Ibrahim Coulibaly dit IB. Les financiers en ont marre de ce pouvoir des professeurs. A leur tête Mr Michel Tizon, Président de la chambre de commerce et d’industrie française en Côte d’Ivoire. Il n’apprécie pas du tout l’arrogance du Ministre Bohoun Bouabré et du Président de l’Assemblée Nationale Mamadou Coulibaly qui désormais, vaillamment, mettent en place un impôt pour les entreprises françaises. Le vieux déchu et revanchard Henri Konan Bédié n’a toujours pas digéré le pillage de sa résidence de Daoukro. Le président Blaise Compaoré n’aime pas la défiance de Laurent Gbagbo et surtout l’arrogance de son Ministre Emile Boga Doudou. Une liste de personnalité à abattre est dressée.

* Emile Boga Doudou (à la demande personnelle de Blaise Compaoré)

* Robert Guéi (à la demande conjointe de Ibrahim Coulibaly, d’Alassane Dramane Ouattara et Henri Konan Bédié)

* Le Général Bombet des forces terrestres (à la demande de Djibril Bassolé)

* Tapé Koulou (à la demande Sherif Ousmane qui n’a pas digéré que ce dernier est eu des rapports sexuels avec quelqu’un de son entourage immédiat)

* Moise Lida Kouassi, Mathias Doué et Touvoli Bi Zoro (à la demande personnelle d’Ibrahim Coulibaly pour raison tactique)

* Mgr Bernard Agré, Mgr Joseph Aké et Mgr Marie Daniel Dadié sur recommandation du traître de la cathédrale.

– Cette liste n’est pas complète, ce sont les personnalités les plus importantes ciblées –

La contribution de Charles Taylor est sollicitée. Il doit livrer ses chiens de guerre. Mais Taylor ne trouve pas son compte dans le partage d’un butin hypothétique. Alors Bédié lui garantit l’ouest et toutes les richesses minières qui s’y trouveraient. Mais à l’Elysée, on conseille surtout de ne pas installer le futur Président à la manière Kabila, il faut contraindre Laurent Gbagbo à aller aux élections.

Mais le pouvoir d’Abidjan est à cran. La méfiance est de mise. Il faut décompresser les choses. Alors l’Elysée va entrer en jeu. Le ministre français des affaires étrangères et de la Coopération Dominique de Villepin va se proposer pour un rapprochement entre la Côte d’Ivoire et le Burkina Faso au travers de leur Ministre respectif de l’Intérieur. Il va convaincre Boga Doudou de la nécessité d’un dialogue franc en territoire neutre, à Paris au frais de la France. Avant de s’envoler pour partir, le Ministre tient à connaître les implications internes. Il est urgent de démasquer les complices infiltrés. La rencontre a lieu le 17 septembre au palace hôtel Napoléon non loin des champs Elysées. Boga Doudou ne remarque pas ce bout d’homme qui dans une salle voisine, l’observe et qui bientôt, va rentrer dans l’arène politique ivoirienne avec fracas. Il a été ramené d’Allemagne où il se cachait, pour prendre la tête du mouvement qui est en préparation : Soro Kigbafori Guillaume. Il est accompagné de son lieutenant et ami personnel Konaté Sidiki.

Boga Doudou rentre le 18 septembre 2002 à Abidjan. Dans le débriefing qui lui est fait au salon VIP par le Lieutenant Seri Gnoleba il apprendra que la conjugaison des efforts d’intelligence des différents services de renseignements a payé. Le traitre est découvert : Pascal AFFI N’guessan.

Mouhamadou Soumahoro

Journaliste d’investigation

Generations Africaines Conscientes

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