Course contre la montre pour la capture d’Abubakar Shekau

Course contre la montre pour la capture d’Abubakar Shekau

L’Unita de Savimbi après avoir été l’allié des portugais pendant la guerre d’indépendance de l’Angola, se transforme en mouvement rebelle contre le MPLA (Mouvement Populaire de Libération de l’Angola), qui prit le pouvoir à Luanda. Il devient l’outil de la déstabilisation de l’Angola (coupable d’avoir des attitudes émancipées vis-à-vis du capitalisme) et des pays d’Afrique Australe, qui tels que la Namibie se battaient encore pour leur indépendance.

L’UNITA avait pour soutien militaire direct, l’Afrique du Sud et le Zaïre de Mobutu, et pour soutien diplomatique, la Cote d’Ivoire d’Houphouët Boigny et bien sûr, la France, les Etats-Unis et l’Angleterre qui lui fournissaient, armes, argent et informations.

En 1990, Mandela sort de prison et prends le pouvoir en Afrique du Sud en 1994. Il devient désormais difficile de réaliser le projet de déstabilisation alors que le pouvoir politique dans la plus grande puissance militaire d’Afrique et soutien de l’UNITA passait aux mains de l’ANC. Le sort de l’UNITA est scellé dès ce moment. Savimbi le comprend-t-il ? Ses sponsors, eux, ont de la suite dans les idées. Ils savent s’adapter au temps.

Ils  changent de cheval. Ils décident qu’il est plus bénéfique de créer une relation avec la nouvelle Afrique du Sud. La France annonce même à l’occasion un partenariat avec l’Afrique du Sud à travers la création de l’axe Paris-Pretoria. Savimbi devient inutile pour les Occidentaux et perd leur protection. Il se fait tuer, à 67 ans au cours d’une opération des forces armées angolaises.

L’histoire se répète dit-on, dans différents circonstances, évènements et noms. Cette fois-ci, elle a pour nom d’Abubakar Shekau, le leader de Boko Haram, Le Cameroun, le Tchad et les autres pays du Bassin du Lac Tchad.

Boko Haram, il est clair, a échoué dans la mission de déstabilisation de la sous-région du Bassin du Lac Tchad, principalement le Cameroun et le Nigeria. Les pays sponsors de cette organisation terroriste changent alors de cheval de bataille. Ils décident d’utiliser le soft power.

La France inonde le Cameroun de dons, purement symboliques de part leur grandeur. Elle « l’honore » même, en très peu de temps, de la visite d’un des maitres français du monde en la personne de Benjamin de Rothschild et celle de son président, François Hollande, après celle des ministres de des Affaires Etrangères et de l’Intérieur. L’Allemagne, le Japon, les Etats-Unis se mettent de la partie et couvrent le Cameroun de toutes les attentions. Ce dernier pays, après avoir réussi à imposer 300 militaires au Cameroun, fait des dons de matériel à l’armée camerounaise et propose son aide dans la lutte contre le terrorisme. L’Italie dans ce ballet se fait représenter par rien de moins que son président, Sergio Mattarella, qui  effectua une visite au Cameroun il y a environ une semaine. Lui-aussi viendra évidemment les bras chargés de quelques cadeaux.

Le temps n’est plus au renversement par la voie des armes pour le moment, l’avons-nous déjà dit. C’est le moment de se refaire une bonne image en attendant de meilleures circonstances. En d’autres termes, l’assassinat par armes à feu n’ayant pas marché, on prépare la mort par empoisonnement.

Ces actes de ces divers pays, comme on peut l’imaginer, ne sont pas du tout isolés. Les pays Occidentaux fonctionnent en bloc. Ils ont les mêmes adversaires, une posture diplomatique commune, même s’ils se font des coups bas come toutes les personnes sans moralité. Toutes ces « bienveillantes » attentions font partie d’une stratégie concertée de reconquête du Cameroun par étouffement. Ce pays est trop important, et l’un des plus vulnérables, ont-ils cru, pour qu’ils laissent tomber le projet du contrôle de la succession.

Abubakar Shekau ayant échoué dans sa mission disions-nous, voit le robinet se fermer. Pas d’argent, de vivres ou de médicaments. Difficile de mener une guerre dans ces conditions. Des nouvelles de combattants de Boko Haram, affamés et émaciés se rendant aux soldats nigérians font le tour des medias.

Seulement, Shekau n’est pas le seul qui ait des problèmes. Ses sponsors en ont aussi. En effet, Shekau sait beaucoup de choses que l’on n’aimerait pas qu’il vienne raconter devant les écrans de télévisions ou pendant un procès a Yaoundé ou à N’djamena. S’il ne l’a pas encore fait, c’est probablement parce qu’on lui a fait croire qu’on va l’aider à s’exiler s’il se comporte de façon responsable. Evidemment, il peut faire la promesse de la fermer. Mais qui va vraiment croire une chose pareille ? Dans ce jeu-là, les seules personnes à qui on fait confiance pour garder un secret, ce sont les morts.

Le plan est donc de l’éliminer physiquement. Cette façon de faire n’est pas nouvelle. Ce n’est pas par hasard que de nombreux leaders de l’Etat Islamique se font assassiner ces derniers temps. Le mouvement est en perte de vitesse et risque de se désintégrer. Il faut faire taire ceux qui ont des choses à dire. Nous parions que Shekau sait que ses sponsors veulent sa tète, raison pour laquelle il aurait coupé tout contact avec eux. Nous espérons aussi pour lui qu’il s’est séparé de son téléphone satellite et de tous les gadgets électroniques qui ont dû le flatter dans le passé. Qu’à cela ne tienne, si Shekau ne vient plus aux rendez-vous avec ses patrons, on va aller le chercher là où il est.

Les services de renseignements des pays qui l’utilisaient ont plusieurs méthodes et une longue expérience dans la gestion de ce genre de cas. Ils peuvent d’abord le faire abattre par un de ses lieutenants acheté. Le cas de Sankara vient à l’esprit. Ils peuvent aussi utiliser les appels téléphoniques pour le localiser et passer cette information à une unité de mercenaires ou de forces spéciales chargées de l’éliminer, ou alors à des drones armés de missiles. Pareille action ne serait pas difficile à justifier. Après, tout, Shekau est le chef officiel d’une organisation terroriste.

L’information sur sa localisation peut aussi  être donnée a l’armée nigériane. Mais l’armée nigériane risque de le capturer pour le faire juger, à moins d’acheter quelques officiers de cette armée dont les ordres seront de l’abattre. Ce genre d’opération est facile à justifier. Une petite annonce dans les medias, de sa mort au cours de combats avec l’armée nigériane fermerait ce dossier devenu brulant.

Ne croyez pas que nous souhaitions la mort de Shekau. Bien qu’il soit responsable de la mort de dizaines de milliers d’Africains, du déplacement de millions et de graves destructions matérielles, c’est une victime manipulée par des agents dont le but est la main mise sur les richesses de l’Afrique.

Mais il serait avantageux pour les gouvernements concernés dans cette affaire que le chef de Boko Haram soit arrêté vivant. Il n’est pas utile, mort. Ces pays devraient lui proposer de se rendre en échange d’un procès équitable. Il a beaucoup d’informations à donner.

C’est donc une course contre la montre qui se présente pour les unités d’élite des armées tchadiennes et camerounaises pour capturer Shekau. Il est vrai que les sponsors de Boko Haram ont des moyens technologiques, mais ces armées ont une présence importante sur le terrain et l’avantage de travailler ensemble.

D’accord, aucun des gouvernements de ces pays africains n’aura le courage de dire en face aux Américains, aux Français ou aux Britanniques leurs méfaits. Mais ils sauront au moins leurs modes opérationnels, leur relais locaux et seraient capables de démanteler le réseau qu’ils ont mis en place.

Se rendre est d’ailleurs la seule chance que Shekau ait de survivre. Mais qu’il ne se rende pas aux forces nigérianes qui sont infestées d’officiers ayant travaillé avec les ennemis de l’Afrique. Il est même possible que des officiers camerounais ou tchadiens aient aussi été achetés pour l’exécuter, mais il a un peu plus de chances de survivre en se rendant aux armées camerounaises et tchadiennes.

Gabriel Makang pour le Sphinx Hebdo.

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