CPI: L’Italienne Nicoletta Fagiolo va porter plainte contre Bensouda, Ocampo et des diplomates français annoncée

CPI: L’Italienne Nicoletta Fagiolo va porter plainte contre Bensouda, Ocampo et des diplomates français annoncée

Nicoletta Fagiolo réalisatrice du making–off du film documentaire Simone & Laurent Gbagbo, le droit à la différence visible ici https://www.free-simone-and-laurent-gbagbo.com/, annonce qu’elle portera plainte contre Macdonald, Turlan, Bensouda et des diplomates français. Dans le cadre du procès Gbagbo. Entretien.

Pourquoi dites vous que vous porterez plainte contre Macdonald, Turlan et autres?

Depuis le début au pré-procès cette mise en scène est une atteinte au droit à l’équité des procédures judiciaire. Pourquoi? Car tous les hauts dirigeants en Europe savent que Simone, Laurent Gbagbo et Charles Blé Goudé sont innocents. A l’occasion de la commémoration de la mort de mon père, ancien ambassadeur Silvio Fagiolo, au ministère des Affaires étrangères en juillet 2013, Emma Bonino, qui était à l’époque ministre des Affaires étrangères était là. Quand j’ai eu l’occasion de l’avoir en face et j’ai lui posé la question sur le pré-procès Gbagbo, elle m’a répondu: « Je sais que Gbagbo est un homme bon », et elle s’est enfuie dans la foule en fuyant mes autres questions. J’avoue que je suis restée bouche bée. J’ai donc compris que ce n’était pas une question de désinformation, mais plutôt une diplomatie de la lâcheté européenne, la vrai raison pour la quelle Gbagbo était incarcéré à la Hague.

Un procès international contre quelqu’un que vous savez est innocent, c’est un procès criminel. Dans l’interview avec le député François Loncle du Parti Socialiste français à l’Assemblée nationale en Avril 2012 pour le film Simone et Laurent Gbagbo, le droit à la différence il m’a avoue que Madame Ouattara a acheté (avec l’argent) certaines dirigeants du PS, « car elle a les moyens, des grandes moyens ». Mario Giro, quand il était vice-Ministre des Affaires étrangères en été 2016, m’a aussi dit qu’il sait que Gbagbo est innocent. Giro donc prétend défendre les droits de l’Afrique via l’organisation catholique de Saint Egidio basée à Rome, sait que Gbagbo est innocent mais a refusé de signer la pétition pour sa libération en tant que Ministre.

Paolo Sannella, ancien ambassadeur en Cote d’Ivoire m’a donné une magnifique interview où il explique l’erreur et l’horreur que Gbagbo soit en prison et pas Ouattara, car il a vu depuis le début de la crise en 2002 sur le terrain comment Ouattara a utilisé « l’excuse de l’exclusion ethnique » comme arme de guerre, et avait averti tous les autres ambassadeurs en Cote d’Ivoire à l’époque que Ouattara était très dangereux et ses discours de chantages lui ont rappelé la mafia de la région ou il est né, Naples. «Il n’y a rien de grave contre Gbagbo, c’est la pression politique française et je ne peux rien faire», aurait déclaré le procureur en chef de la CPI, Fatou Bensouda, au candidat à la présidence de la République centrafricaine, Pascal Bida Koyagbele.

Selon le chroniqueur sud-africain sur les affaires étrangères, Shannon Ebrahim, en Octobre 2015. Donc c’est un procès politique et toute procès politique doit être dénoncé! Imaginez vous si à l’époque personne n’avait dénoncées les procès politiques de Staline? Voilà.

Qui est Turlan et quel rôle joue t-il à la CPI?

Pascal Turlan est conseiller en coopération internationale auprès du Bureau du Procureur de la CPI. J’ai eu l’occasion le 25 Avril 2013 de lui faire un interview à la CPI: interrogé sur le fait s’il avait changé d’avis à la lumière de l’audience préliminaire au cours de laquelle la Défense avait exposé certains faits, il répond: «le bureau du Procureur maintient ce qu’ils disent dans leur Document contenant les charges, nous ne sommes pas ici pour écrire l’histoire, c’est aux historiens de faire ca.” Le procès de la CPI ne peut être un exercice scientifiquement et légalement viable que si les événements sont placés dans leur contexte historique. Les régions du centre, du nord et de l’ouest (connues sous le nom de CNO) sont restées sous le contrôle des rebelles jusqu’au 17 mars 2011, date à laquelle Alassane Ouattara les a désignées comme force militaire nationale.

A cette époque, elles ont été renommées Forces républicaines de Côte d’Ivoire (FRCI). Alain Dogou, l’ancien ministre de la Défense du pays, a mis en doute la légalité de cette action. «C’est exactement comme si en Colombie, un pseudo acte administratif avait transformé les rebelles des FARC, les mêmes qui avaient détenu Ingrid Bentacourt pendant cinq ans dans la jungle, en forces régulières et l’armée nationale colombienne (Fac) en un mouvement rebelle, ” dit Dogou. A la lumière de ses faits historiques des avocats comme Eric MacDonald, Pascal Turlan, Lucio Garcia, l’équipe du Procureur sont les « Bod Denard » de la justice pénale internationale!

Cette plainte sera effective quand exactement?

La plainte concerne le procès Laurent Gbagbo et Charles Blé Goudé, mais aussi le cas de Simone Gbagbo. Le fait que la CPI encore réclame que Simone Gbagbo soit livrée à la CPI pour les mêmes crimes pour lesquelles elle a déjà été acquittée en Côte d’Ivoire, est juridiquement illégal. Ca s’appelle double jeopardy, double incrimination. En plus avec toute la joie et la paix qu’elle a amenée en Côte d’Ivoire depuis sa libération, les actes que cette Cour pose va contre les intérêts de la justice et la paix. J’ai déjà parlé dans un article, Things still fall apart, the politics of memory in Cote d’Ivoire sur la lutte non violente de Charles Blé Goudé pour laquelle j’ai une très grande estime.

Le mouvement de jeunesse de Blé Goudé incarne l’un des exemples les plus extraordinaires de résistance non-violente face à une violence extrême telle que celle exercée par la force française Licorne lors des événements de Bouaké en 2004 qui, en tirant sur des manifestants ivoiriens, à mains nues (non armés), a vu la mort de 67 personnes et blessé plus de mille. C’est quand même incroyable, on fait le procès à la non violence à la CPI ! Je crois qu’on fait le procès à la non violence, car c’est l’arme qui fait plus peur à ceux qui ont organisé ce coup, elle fait peur car contre cette stratégie de lutte les armes militaires sont inutiles.

Le forum idéal doit être choisi et les experts informés. Par exemple, la Cour d’Abuja était sur le point de décider que les sanctions économiques contre la Côte d’Ivoire en 2011 étaient illégales. Peut-être que la Cour des droits de l’homme en Amérique Latine, vu qu’Ocampo est Argentin sera saisie. Ce sera pareil au Canada vu que MacDonald est Canadien. Ocampo, Bensouda, et l’équipe de MacDonald, mais aussi Young-jin Choi, Sarkozy et les 20 diplomates français mentionnés dans le Ocampo-leaks seraient les premières personnes à être visées sur la liste des gens à poursuivre pour abus de pouvoir dans la gestion de la crise ivoirienne. Les preuves sont assez nombreuses et la justice va toujours dans les deux sens. Je pense que plus le procès à la CPI avance, plus ces gens là s’auto-incriminent.

Mais, c’est aussi une occasion pour commencer la réhabilitation de l’image de Simone et Laurent Gbagbo et de Charles Blé Goudé. Dernièrement aux Etats Unis, pendant la procédure de non-lieu qui s’est déroulée à La Haye du 12 au 22 Novembre 2018 une Sénatrice américaine a utilisé l’image de Gbagbo « le dictateur incriminé pour les pires crimes de l’humanité à La Haye, » pour le salir sans se préoccuper de la présomption d’innocence, spécialement face au dossier qui s’est relevé vide d’éléments incriminants. C’est un cas d’école de néo-colonialisme aussi pour les générations à venir. Je n’ai pas peur pour l’Afrique, mais plutôt pour l’Europe et ce qu’elle est capable d’accoucher, une telle utilisation de la justice, lawfare on dit en Anglais, faire la guerre en utilisant la loi, c’est le reflet évidement d’une civilisation barbouze et attardée.

Que leur reprochez vous exactement?

Lorsqu’elle décide d’ouvrir une enquête sur des violations graves des droits de l’homme, la Cour pénale internationale (CPI) basée à La Haye rédige un rapport de situation qui analyse les formes de violence sur le terrain et identifie les principaux responsables des crimes d’une crise donnée. Est-ce qu’elle a suivi cette procédure ? Non.

Que ce soit le régime de Gbagbo qui soit tenu pour responsable des violations des droits de l’homme commises de 2002 à 2010 est historiquement réfuté, des centaines de comptes rendus fournissant des détails sur l’agression rebelle et l’occupation qui a suivi. En ne remédiant pas à l’illégalité de l’agression des Forces Nouvelles, les rebelles, le Procureur et les juges de la CPI créent un dangereux précédent, car le résultat politique est la légitimation par la CPI d’un groupe armé arrivant au pouvoir par la force. Donc je reproche à l’accusation de se prêter à une justice politique, et donc criminelle. Je reproche à la défense de Gbagbo la même chose (la défense de Charles Blé Goudé a travaillé dans des temps plus rapides).

A ce stade, on parle de sept ans de détention préventive et pas encore une date d’acquittement en vue pour le Président Gbagbo, Maitre Altit devrait faire une grève de la faim, comme ont fait les avocats du Tribunal d’Arusha pour certains de leurs clients concernant les évènements au Rwanda en1994, quand les droits de leurs clients étaient bafoués. Et Altit a travaillé à Arusha. Mais à l’époque d’Arusha en 1994 il n’y avait pas internet, ni les moyens pour communiquer avec le monde, ni beaucoup de medias indépendants sur des réseaux sociaux. C’était assez facile de déformer un narratif.

En 2018, ce genre d’action, si bien organisé par la Défense, peut faire le tour du monde. Un procès politique se gagne que via une pression de l’opinion internationale. La défense de Gbagbo a eu trop d’occasion pour faire une grève de la faim, comme ont fait les avocats du Tribunal d’Arusha pour certains de leurs clients concernant les évènements au Rwanda en1994, quand les droits de leurs clients étaient bafoués. Et Altit a travaillé à Arusha. Mais à l’époque d’Arusha en 1994 il n’y avait pas internet, ni les moyens pour communiquer avec le monde, ni beaucoup de medias indépendants sur des réseaux sociaux. C’était assez facile de déformer un narratif. En 2018, ce genre d’action si bien organisé par la Défense, peut faire le tour du monde.

Un procès politique se gagne que via une pression de l’opinion internationale. La défense de Gbagbo a eu trop d’occasion pour faire une grève de la faim légitime car les droits de la défense ont étaient bafoués à des niveaux scandaleux. Mais le vrai scandale judiciaire avant tout c’est que Laurent Gbagbo et Charles Blé Goudé sont à la Haye et que, face au vide du dossier du Procureur, la Cour parle encore d’arrestation de Simone Gbagbo.

Pensez-vous que votre plainte aboutira à une procédure contre eux?

Ca n’a pas de précédent car la CPI existe que depuis 2002, mais quand je lis des livres comme celui de Juan Branco sur le cas de Germain Katanga (De l’affaire Katanga au contrat social global : un regard sur la Cour pénale internationale) ou les trois ouvrages sur le cas Laurent Gbagbo coordonnés par Raymond Koudou Kessie, je pense que tôt ou tard bientôt ils finiront sur le banc des accusés. La justice universelle est un peu plus âgée que cet avortement de justice que la CPI a accouché. La journaliste Fanny Pigeaud parle d’une justice internationale hémiplégique. qui ne distingue pas faits et fiction.

Sur l’affaire du bombardement de Bouaké par exemple, la juge d’instruction Sabine Kheris avait demandé que soient renvoyés devant la Cour de Justice de la République Dominique de Villepin (alors ministre de l’Intérieur), Michèle Alliot-Marie (alors ministre de la Défense) et Michel Barnier (alors ministre des Affaires étrangères). Est-ce que cette affaire est vraiment close?

C’est grâce à la journaliste Fanny Pigeaud que les révélations des Ocampo-leaks concernant le cas Gbagbo ont été publiés dans Mediapart. Quelques heures avant l’arrestation de Gbagbo le 11 Avril 2011, un courriel compromettant du ministère français des Affaires étrangères avait été envoyé. Il révèle que le 11 avril 2011, soit cinq mois avant l’ouverture d’une enquête, le Procureur de la CPI Luis Moreno Ocampo avait demandé que Laurent Gbagbo soit maintenu en détention dans un pays d’Afrique de l’Ouest jusqu’à ce qu’un pays renvoie l’affaire à la CPI. L’objet du courriel révèle également une instruction aux diplomates français de nier toute implication de la France dans l’opération de délogement. Le courriel a été envoyé par le directeur Afrique au ministère français des Affaires étrangères, Stéphane Gompertz avec copie à vingt diplomates français de haut niveau qui étaient ainsi au fait des manœuvres politiques en cours pour écarter de son pays, Laurent Gbagbo, un Président très populaire.

Commentant les fuites à la CPI, l’avocat en droit pénal international Joseph Bemba a déclaré à la radio française RFI : « c’est grave. Si c’est le cas, cela veut dire que la CPI n’a pas agi strictement dans le cadre du droit mais après des tractations politiques ». Le canadien Christopher Black, avocat en droit pénal international, a déclaré : « évidemment, s’il est authentique, ce courriel est explosif. Il montre que l’arrestation de Gbagbo avait des motivations politiques, que les charges retenues contre lui sont donc fabriquées ; la défense devrait demander l’arrêt du procès, appeler à la libération immédiate de Gbagbo et ouvrir une enquête sur cette criminalité ». Ce n’est pas à des diplomates français, ni à un Procureur de s’arroger ce genre de droit, car ca s’appelle abus de pouvoir. Ce genre d’infraction est encore plus grave car il s’est joué sur un plan international.

Je pense que les 20 diplomates en France par exemple pourront subir des conséquences si on commence par une interrogatoire parlementaire sur leurs rôles dans l’arrestation de Laurent Gbagbo. Si Macron propose d’une armée Européenne, alors le reste de l’Europe doit au moins savoir exactement ce que la France fait en Afrique, donc aussi un débat au Parlement Européen sur le même sujet.

Les Ivoiriens dans leur majorité croient en la libération de Gbagbo et Charles Blé Goudé en 2019, vous y croyez aussi et pourquoi ?

Je crois que le fait même qu’on on pose cette question après tout ce que le procès a reporté et tout ce qui a été écrit depuis rend le tout arbitraire. La vrai question à ce point, est: est-ce qu’on veut une justice pénale internationale arbitraire ? une justice internationale hémiplégique ? Mais à mon avis, Laurent Gbagbo et Charles Blé Goudé ont déjà gagné ce procès, car avec la résistance non violente, ils incarnent une arme digne, courageuse, efficace dans le long terme, une arme juste. Les Africains savent qui sont Simone & Laurent Gbagbo et Charles Blé Goudé. La Cote d’Ivoire a perdu sept ans précieux et c’est le moment de chercher d’autres alliances en Europe et ailleurs, comme une alliance du FPI avec la gauche espagnole Podemos et la gauche au pouvoir au Portugal, le Mouvement 5 étoiles en Italie, les Vertes en Allemagne, Syriza en Grèce, le DiEM25 en Europe. C’est la où je vois que le FPI a un dialogue viable à tisser avec l’Europe.

Réalisée par Fabrice Tété via internet

Source: Le Temps No 4546 du lundi 10 décembre 2018

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