Crise postélectorale ivoirienne: Quand RFI “évoque” un probable non-lieu au profit du président Laurent Gbagbo

Crise postélectorale ivoirienne: Quand RFI “évoque” un probable non-lieu au profit du président Laurent Gbagbo

 

Laurent Gbagbo sera-t-il ou non jugé par la Cour pénale internationale ? D’ici le 13 juin, les juges devront décider si l’ancien président ivoirien, suspecté de crimes contre l’humanité commis lors des violences qui avaient endeuillées la Côte d’Ivoire suite à la présidentielle de 2010, doit être renvoyé en procès ou bénéficier d’un non-lieu.

Incarcéré depuis avril 2011, son procès devrait déjà être sur les rails. Maisil y a un an, les juges avaient demandé au procureur de « revoir sa copie » et compléter ses enquêtes.

 

De notre correspondante à La Haye,

Depuis son échec de juin 2013, le procureur a ajouté 4 000 nouvelles pièces à conviction et 26 témoignages à son dossier, étayés dans un document de près de 200 pages, plus précis, plus argumenté. Mais sera-t-il cette fois suffisamment solide pour convaincre les juges de renvoyer Laurent Gbagbo en procès ? Au cours des prochaines semaines, les magistrats devront déterminer si les accusations de crimes contre l’humanité portées contre Laurent Gbagbo pour les meurtres, viols, actes inhumains et persécutions qui auraient été commis sous ses ordres et à son instigation suite à la présidentielle de novembre 2010, sont suffisamment solides pour le juger.

Un plan pour rester au pouvoir

La thèse du procureur s’articule en trois points. Dès son élection en 2000, Laurent Gbagbo aurait mis en œuvre un « plan », dans le but de rester au pouvoir. Pour y parvenir, le chef de l’Etat aurait, avec ses proches, dont son épouse Simone Gbagbo et le chef des Jeunes jatriotes, Charles Blé Goudé, décidé d’éliminer les partisans de son rival, Alassane Ouattara. Dans les derniers mois avant la présidentielle de 2010, Laurent Gbagbo aurait mis en place une « hiérarchie parallèle » formée de ses inconditionnels, pour s’assurer la loyauté des forces ivoiriennes, armée et police. Lorsque la communauté internationale déclare la victoire de son rival Alassane Ouattara début décembre 2010, Laurent Gbagbo s’y oppose et ses forces sont prêtes. Armée, police, miliciens, dont les Jeunes patriotes, et mercenaires, essentiellement Libériens, mettent en œuvre « le plan » Gbagbo. Voilà l’essentiel de la thèse de l’accusation.

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Deux histoires parallèles

Mais en renvoyant le procureur dans les cordes en juin 2013, les juges lui avaient reproché une lecture trop partiale des événements. Ils l’interrogeaient donc sur le rôle du clan Ouattara, notamment les Forces nouvelles de Guillaume Soro, responsables de la tentative de coup d’Etat de 2002 qui avait durablement scindé le pays en deux, et sur le « Commando invisible » d’Ibrahima Coulibaly. Le procureur y a bien consenti, mais semble-t-il à regret, comme s’il craignait de renvoyer dos à dos les parties au conflit et d’appauvrir sa thèse contre Laurent Gbagbo. C’est donc dans un document annexe qu’il répond. Il y décrit la structure des Forces nouvelles, le recrutement de 300 mercenaires début 2011, leur présence, comme celle du « Commando invisible » à Abobo, un quartier d’Abidjan, et évoque les 1 500 hommes stationnés à l’Hôtel du Golf où était réfugié le clan Ouattara. Au lieu de s’emparer totalement de l’affaire, l’accusation présente donc deux histoires parallèles, comme si les camps Gbagbo et Ouattara avait agi indépendamment l’un de l’autre. Le procureur donne l’impression qu’il cache et ouvre, dès lors, une autoroute pour la défense.

L’hôtel du Golf : une base militaire

Car depuis le début de l’affaire à La Haye, toute la stratégie de Laurent Gbagbo consiste à prouver qu’il devait lutter contre des combattants – pas des civils – contre une armée informelle, lentement érigée depuis la partition de 2002. Dans leur réponse au procureur, ses avocats écrivent que les rebelles agissaient « comme une force militaire organisée », assurant que « tout était en place pour qu’Alassane Ouattara et ses soutiens se saisissent, quel qu’en soit le prix, du pouvoir ». Dès lors, lorsque le procureur évoque le « blocus » de l’hôtel du Golf où s’était réfugié le clan Ouattara, la défense objecte que le bâtiment était devenu « une base militaire » où les rebelles, les Nations unies, les Français et d’autres représentants étrangers « ont préparé la tenue des élections » et des étapes suivantes.

Quatre événements clés

Si le procès de Laurent Gbagbo s’ouvre un jour, il portera sur quatre événements : la répression de la manifestation organisée le 16 décembre 2010 à la Radio télévision ivoirienne (RTI), celle d’une marche de femmes le 3 mars 2011 à Abobo, le bombardement du marché d’Abobo, quinze jours plus tard, et les événements de Yopougon, en avril 2011, après l’arrestation de Laurent Gbagbo par les forces d’Alassane Ouattara, soutenues par les forces françaises. Pour la défense, les manifestations à la RTI et à Abobo devaient « couvrir une intervention armée des Forces nouvelles » et n’avaient rien de pacifique. Les civils étaient utilisés comme boucliers humains. Les viols commis sur les femmes d’Abobo relèvent du droit commun et non d’une politique d’Etat. Le bombardement du marché est une « manipulation », ouvrant la voie à une intervention de la force française Licorne et de la Mission de l’ONU en Côte d’Ivoire (Onuci), qui s’était conclue par l’arrestation de Laurent Gbagbo le 11 avril 2011.

 Crise postélectorale ivoirienne: Quand RFI évoque un probable non lieu au profit du président Laurent Gbagbo

La France « à la manœuvre »

A l’appui de son dossier de 30 000 pages, le procureur présente des certificats de décès, des rapports de police, du ministère de la Justice, des renseignements généraux, des pièces saisies à la présidence dont l’agenda de Simone Gbagbo, des preuves d’achat d’armes malgré l’embargo de l’ONU. La défense les conteste, c’est le jeu. Elle assure aussi que les témoins clés, des repentis, « semblent avoir été envoyés en mission commandée par les autorités ivoiriennes », c’est de bonne guerre. Mais un point semble particulièrement irriter la défense de l’ancien président : l’absence de témoignages de Licorne et de l’ONUCI. « Pendant toute la crise postélectorale, les diplomates français étaient à la manœuvre pour soutenir Alassane Ouattara », ils détiennent les clés du dossier, assurent les avocats de l’ex-président. A ce stade de la procédure, le procureur n’est pas tenu de remettre l’intégralité du dossier qu’il défendra au procès. Reste à savoir si, sûr de son fait, il aura conservé quelques pièces dans son jeu.

Par 

Source: FRI

 

 

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