Culte de la personnalité de Soro Guillaume: Le choix de l’échec (Par Alexis Diethi)

Culte de la personnalité de Soro Guillaume: Le choix de l’échec (Par Alexis Diethi)

Selon toute évidence, l’aile politique des FN de Soro Guillaume chemine à contre-courant de l’évolution sociologique de l’électorat ivoirien et de ses attentes. Elle navigue à vue. Habitué aux déclamations apologétiques et aux brutalités verbales de Franklin Nyamsi, un hagiographe à court d’idées qui brille par sa confusion intellectuelle et sa jactance ordurière, la sorosphère est aveugle.

En démocratie représentative, le peuple élit toujours un programme politique et économique et un projet de société. Il se reconnaît dans un candidat dans la mesure où ce dernier les incarnent et les portent par des arguments et par la conduite. Cette règle générale de la vie démocratique est valide dans une Côte d’Ivoire où la société civile s’est émancipée des tutelles politiques, demeure informée et critique malgré les apparences. Laurent Gbagbo l’a appris à ses dépens en 2010.

Selon toutes les évidences, l’aile politique des FN de Soro Guillaume chemine à contre-courant de cette évolution sociologique de l’électorat ivoirien et de ses attentes. Elle navigue à vue. La récusation brutale du culte de la jeunesse au profit du culte de la personnalité est le symbole de la confusion et de l’errance d’une faction dissidente désespérément dépourvue d’ancrage sociologique et idéologique, programmatique et sociétal. Il faut pouvoir thématiser et structurer programmatiquement et économiquement un autre courant du libéralisme. En appeler à l’expérience successive de Soro Guillaume à la tête de la rébellion militaire, dans le gouvernement ethno-nationaliste de Laurent Gbagbo et dans le gouvernement libéral d’Alassane Ouattara ne suffit pas à en faire un homme d’Etat. Accoler un « isme » au nom Soro, proclamer un « soroïsme », ne suffit pas à établir une doctrine politique cohérente, claire et structurée. Nommer n’est pas créer. Désigner n’est pas faire exister.

Habituée aux ruses manœuvrières opportunistes, aux slogans, à la propagande et aux déclamations apologétiques, aux invectives et aux brutalités verbales de Franklin Nyamsi,  un hagiographe à court d’idées qui brille par sa confusion intellectuelle et sa jactance ordurière, la « sorosphère » est aveugleElle est tout simplement incapable d’élaborer et de présenter aux Ivoiriens ne serait-ce que le résumé pédagogique d’un programme politique, social et économique fondé sur un projet sociétal clair. Cette carence et cette incapacité foncière expliquent la nouvelle ligne communicationnelle de ce groupe dissident qui récuse désormais, au profit de l’expérience et de la maturité,  la ligne eugéniste de la juvénilité précédemment adoptée.

Cet aveuglement explique son choix de saturer l’espace du débat public ivoirien avec de la confusion et de l’invective, de combler sa déficience programmatique, idéologique et sociétale par le culte de la personnalité du chef. Cette manœuvre, sournoise mais habile, consistant à détourner l’attention de l’opinion publique sur le bruit et le superfétatoire, permet d’abriter la vacuité idéologique programmatique de la sorosphère sous la plaie politique coutumière des démocraties africaines: l’affrontement personnalisé, un fléau lié à la définition communautaire de la représentativité partisane que j’ai souvent dénoncée.

La ligne communicationnelle du groupe dissident  est donc, plus que jamais, de célébrer le culte de la personnalité de Soro Guillaume tout en le victimisant, de surcharger les réseaux sociaux et les médias avec son image d’homme providentiel. Privé de vision politique, le groupe et ses supporters escomptent qu’à ce culte de la personnalité répondront en réaction d’autres cultes de la personnalité qui  contribueront à distraire le peuple ivoirien.

La « sorosphère » espère dissimuler sa vacuité programmatique et sociétale dans ce brouillard des cultes de la personnalité où tous les chats seront gris. Zébré par les éclairs sidérants des injures débridées et des attaques ad hominem de Franklin Nyamsi, ce brouillard épais  sèmera la confusion, exacerbera les passions, favorisera la démagogie national-populiste, fera croître le discours identitaire, facilitera les alliances contre-nature, restaurera sur la longue durée un climat propice à la capture factionnelle du pouvoir en 2020 ; y compris par la force. Ce  culte débridé et déphasé de la personnalité témoigne néanmoins du retard politique de l’aile politique des FN de Soro Guillaume. Bloquée mentalement  dans l’époque des dictatures et des autocraties caractérisées par le culte de la personnalité qui représente finalement son modèle, elle est en retard d’une ère politique. La progression politique d’un Emmanuel Macron, d’un Justin Trudeau et d’un Sebastian Kurz fut celle de jeunes gens incarnant  un programme politique et un projet de société cohérents et argumentativement assumés.

En dissidence factionnelle ouverte avec le RDR son parti d’origine, le « groupe Soro » est impérativement tenu de présenter au peuple souverain ivoirien la conception du libéralisme, de la politique, de l’économie et de la société qui justifie sa dissidence. Cette exigence relève du droit fondamental de la société civile ivoirienne face à sa société politique. Y répondre est un impératif démocratique et républicain. (A suivre)

Par Alexis Diethi

Source: mediapart.fr

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