Damana Adia Pickass: «Il n’y a pas que l’argent et le pouvoir qui confèrent la respectabilité et l’honorabilité. La vie de Sangaré en est l’exemple»

Damana Adia Pickass: «Il n’y a pas que l’argent et le pouvoir qui confèrent la respectabilité et l’honorabilité. La vie de Sangaré en est l’exemple»

Partout dans la diaspora, les Ivoiriens se sont réunis pour rendre un hommage mérité au Président Abou Drahamane Sangaré, arraché à l’affection de ses proches par la mort le samedi 03 novembre 2018. A Accra, les exilés de la crise postélectorale, et plus particulièrement les militants du FPI, n’ont pas voulu manqué à l’appel. Ils ont en effet, organisé une cérémonie d’hommage à Accra le 30 Novembre dernier en l’honneur du célèbre disparu. A cette occasion, monsieur Damana Adia Pickass a fait un témoignage plein d’enseignement sur la vie de l’homme Abou Drahamane Sangaré que la rédaction de EBURNIENEWS.NET Vous propose ici

Mr le président de la coordination, le ministre Emile Guiriéoulou,

Honorables membres de la direction du FPI en exil,

Honorables membres de la famille du président Laurent Gbagbo,

Honorables membres de la majorité présidentielle, mesdames et messieurs les responsables des camps,

Mesdames et messieurs, chers ivoiriens en exil,

Je voudrais vous saluer.

Comme l’ont dit mes prédécesseurs, nous ne sommes pas ici ce soir pour pleurer, ni pour exprimer des regrets. Nous sommes là pour célébrer la vie, la vie d’un homme exceptionnel, Sangare Abou Drahamane, très tôt et brutalement arraché à notre affection. Aussi courte qu’aura été sa vie, parce que j’aurais souhaité qu’il vive encore longtemps pour atteindre le centenaire, sa vie aura été une vie bien remplie, une vie pleine. C’est cette vie que nous sommes là aujourd’hui pour honorer. Je vais raconter trois petites anecdotes et tirer quelques enseignements.

Sangaré, un homme attentionné et rigoureux

La première anecdote est celle de l’étudiant , mais aussi celle du secrétaire national de la JFPI qui fut en mission avec son professeur, mais aussi secrétaire general du FPI. Nous sommes allés dans le fin nord de la Côte d’Ivoire à Korhogo et à Boundiali. Nous avons rencontré toutes nos fédérations et structures de base. Le dimanche, nous avons pris la route du retour. Mais sur le chemin de l’aller comme celui du retour Sangaré avait sa voiture de commandment, une Mercedes et nous avions une 309 de fortune comme voiture de commandment. La Mercedes et la 309 ne vont pas à la même allure. A chaque fois qu’il prenait de la distance sur nous, il marquait un arrêt afin que nous le rattrapions. Ce fut ainsi à l’aller comme au retour.

A Toumodi sur la voie du retour, nous avons marqué un arrêt à l’endroit ou on se restaure, et là le président Sangaré a commandé des plats pour tout le monde, et le même type de plats. Nous avons mangé tous ensemble et avons repris le chemin d’Abidjan. Nous avons franchi le corridor de gesco aux environs de 18h-19h. A ce corridor, avant de nous séparer, on avait des travaux dirigés le lendemain lundi. Sangaré m’a dit: «on a cours demain matin à 7h15, et à 7h15 ou avant je veux te voir assis». Malheureusement, je suis arrivé avec 10mn de retard le lendemain. Le cours avait déjà commencé. Sangaré n’était pas du tout content de ce retard et je l’ai senti dans le regard qu’il m’a lancé. Bien plus tard, il m’a fait des remontrances de vives voix pour me dire que je n’avais pas le droit d’être en retard. Les activités politiques ne devraient aucunement influencer négativement mes activités professionnelles. Il était plus âgé, mais il était à l’heure. En tant que secrétaire national de la JFPI, je me devais d’être exemplaire à tout point de vue. Cela ne devrait plus se répéter. Car parmi les étudiants, il y en avait qui étaient membres et militants de la JFPI. De leur premier responsable, ils ne doivent retenir que de la positivité.

C’était cela sangaré. C’etait ça le professeur. C’etait ça le secrétaire général.

Les deux dernières anecdotes se déroulent dans la résidence officielle, le palais de Cocody en 2011, pendant les ultimes moments de l’état de droit en Côte d’Ivoire. Nous étions là sous les coups des bombes françaises. Puis un jour, je ne sais plus lequel exactement, nous avons subi des bombardements toute la nuit. Je crois que ça devrait être la veille de l’arrestation du président, le dimanche 10 avril. Une nuit infernale et sans répit. Et pareil pour toute la matinée de ce dimanche.

Sangaré, le courage fait homme

Aux environs de 14h, tous les collaborateurs du président, nous nous sommes retrouvés dans la salle d’attente de son bureau. Nous étions tous là. Kuyo Téa, Koné Boubacar, Dr Blé, commandant Seka, commandant Dua… Tout ce beau monde entrain de causer et “respirer un peu d’air”. Contre toute attente et comme s’ils avaient été informés de notre présence en ce lieu, alors que les bombardements avaient cessé, un obus nous a été balancé, qui est tombé sur la vitre, mais pas à l’interieur de la salle. Il est tombé en dehors de la salle, a explosé puis a brûlé la façade avant de la résidence. Si naturellement cet obus était tombé à l’interieur de la salle, nous n’en serions pas là aujoud’hui. Vous pouvez donc imaginer la suite. Ce fut la débandade pour nous retrouver à l’abris au sous-sol. Tout le monde s’est mis à courir par instinct de survie, part instinct de conservation. Dans le couloir qui mène au sous sol, était assis Sangaré avec un roman en main. Il n’a pas esquissé le moindre mouvement. Il est resté dans son roman, stoïque, impassible, serein.

Nous sommes tous passés à vive allure. Ce n’est que 30 à 45mn plus tard que Sangaré est descendu son roman en main. Il a traversé tout ce monde sans un mot, et il est allé rejoindre le président dans ce qui leur servait de chambre. Je me rappelle cette scène traumatisante comme si c’etait hier. J’ai même demandé à navigué si Sangaré était un homme.

Gbagbo et Sangaré avaient vaincu et depassé la mort au point d’en ironiser

La dernière anecdote, nous avions sollicité et obtenu Navigué et moi une audience avec le president. Ça chauffait trop et on craignait pour la vie du president. J’entendais pour sa securité lui proposer de se mettre à l’abris. A l’audience quand j’ai exposé, le président a coupé court. Il a dit non. Il a dit qu’il ne pouvait pas s’en aller. Il était obligé de tenir malgré les risques. «C’est pour vous les jeunes que je suis obligé de tenir, si je capitule ce serait dramatique pour plusieurs generations de jeunes ivoiriens, voire africains», a réitéré le président. Il ne sera pas dit que Gbagbo a fui sa résidence. Sur ces entrefaites arrive Sangaré qui nous salue. Et il s’instaure un dialogue entre le président et lui.

Sangare: Ah cher ami, on a pratiquement tout vécu.

Le président: Oui on a pratiquement tout vécu. On en a vu des vertes et des pas mûres dans notre vie.

Sangaré : Mais il semble qu’il y’a quelque chose qu’on n’a pas encore vécu

Le président: Ah bon? et quoi donc?

Sangaré: Mourir d’une balle de rebelles

Le président: Ah oui ça par contre, on ne l’a pas encore vécu.

Sangaré : Il serait tentant de vivre cela.

Le président: En effet.

Nous étions un peu perdu devant ce dialogue assez particulier dont seuls eux deux saisissaient le sens.

Mais aujoud’hui je comprends mieux la portée de ces propos et la dimension que ces deux amis avaient atteinte.

En effet, si aujoud’hui, il y a cet élan de liberté, de souverraineté qui souffle sur toute l’Afrique, il y a du Sangaré, il y a du Gbagbo dedans. Si on voit des chefs d’état africains prendre des positions fermes sur la souverraineté de l’Afrique et survive, il y a du Gbagbo et du Sangaré à l’origine. Ils avaient clairement identifié la nature du combat et les risques extrêmes qu’ils encouraient. Ainsi pour eux la mort n’était pas importante, la mort n’était pas une crainte en soi. Ils avaient vaincu et depassé la mort au point d’ironiser alors que les temps n’étaient pas à l’ironie.

C’est cet homme que nous avons perdu.

Je voudrais dire pour terminer que Sangaré n’était pas un homme de pouvoir, Sangaré n’était pas au pouvoir de l’état… Sangaré n’était pas obnubilé par le pouvoir. Sangaré n’était pas milliardaire. Sangaré n’était pas obnubilé par la richesse matérielle. C’est cet homme que le monde, toute la Côte d’Ivoire est entrain de célébrer. Adversaires comme partenaires.

J’ai écouté RFI parler de Sangaré, mais en des termes élogieux. Ils saluent en Sangaré l’integrité, la reconnaissance, la loyauté, la Constance. Même le RDR a salué et reconnu les valeurs de Sangaré. C’est dire et cela à l’attention de la jeunesse africaine et ivoirienne en particulier, qu’il n’y a pas que l’argent, il n’y a pas que le pouvoir qui confèrent la respectabilité et l’honorabilité. C’est pourquoi Sangaré et sa vie sont une leçon pour nous. Nous devons donc nous enorgueillir de son héritage et le pérenniser.

Que Dieu te benisse et t’accompagne Sangare. Merci beaucoup.

Damana Adia Pickass

Eburnienews.net

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