Dangereuse comédie à Bamako (Par Gaspard-Hubert Lonsi Koko)

Dangereuse comédie à Bamako (Par Gaspard-Hubert Lonsi Koko)

La charmante Malienne vida d’une traite, la tristesse dans l’âme, le verre de whisky que l’on venait de lui tendre.

Elle remercia ensuite l’employé de l’Évasion, l’un des dancings mythiques de la capitale malienne, et sortit après avoir posé le contenant sur le comptoir. Une fois dehors, l’air chaud fouetta brutalement le visage de la Bamakoise qui eut l’impression d’avoir la tête lourde. Le malaise s’accentuait au fur et à mesure qu’elle marchait. À un moment donné, elle fut en proie au vertige. La nausée l’indisposa. Le whisky était-il empoisonné? Tout à coup, le vide s’installa dans son esprit et ses jambes la lâchèrent. Elle s’écroula. Non loin de là, les derniers fêtards eurent l’impression qu’une très forte lumière s’extirpa de la masse corporelle qui était allongée à même le sol et se dirigea, en tourbillonnant, vers le haut pour disparaître dans le ciel noir et très étoilé. Ainsi Aïssata Camara rendit-elle l’âme. Elle ne danserait plus jamais au Calao, au Mandingo ou au Yanga. Adieu l’artiste!

Pendant ce temps, dans la villa du quartier huppé de l’Hippodrome, François Piantoni et Aminata Dembélé furent très surpris de revoir l’Homme Noir, en pleine forme, et l’un de ses acolytes que l’on avait pourtant enfermés, bien ligotés et bâillonnés, dans la cave. La Malienne et le Corse tentèrent de s’enfuir, mais ils n’eurent pas le temps d’ouvrir la porte…

Quelque chose lui avait échappé, se dit Roger Dercky. La danseuse de Bamako était-elle l’un des maillons de cette chaîne infernale ? Était-il manipulé, depuis le début ? Dans l’affirmative, pour quelle finalité ? Mamadou Diawoura était-il réellement kidnappé ?

Quelques extraits

« À un moment donné, Roger Dercky distingua à travers le hublot des avions de chasse, des Mirages F1 C-200 sans doute, en stationnement sous des hangars. La République française s’était enracinée dans cette région. En plus, en ce début d’année 1991, la situation sociale et politique était très tendue au Mali. »

« Roger Dercky saisit donc la perche que venait de lui tendre inconsciemment, ou d’ailleurs consciemment, Aïssata Camara. L’occasion était trop inespérée. Avait-il tort, ou raison, de ne pas s’attarder sur le sibyllin propos de la Bamakoise? Ainsi, en référence à un proverbe malien, le Zaïrois ne pouvait « avoir sa jambe dans la gueule du caïman et continuer à pêcher ».

« L’habitude détruisait ce qui devait en principe perdurer ou survivre, avait-il désormais la conviction. La Malienne ne se battrait pas, en dépit de la révélation de la voyante, pour garder le briseur des coeurs le plus longtemps possible à ses côtés. Elle était seulement sûre d’une chose, la voyante n’ayant prédit que leur rencontre et non leur devenir commun, elle ne passerait pas des mauvais quarts d’heure en compagnie du beau mâle qui n’était que de passage à Bamako. Ainsi avait-elle affaire à une météorite furtive »

« Pourtant, l’autre nuit au Mandingo, Aïssata Camara était très surprise d’apprendre que Sakho Fissourou travaillait dans l’un des services de la présidence de la République. Avait-elle simulé l’étonnement? Il valait mieux ne pas s’attarder sur ce fait, le silence devant servir de stratégie rentable à court terme. L’investigateur comprit qu’il évoluait dans un monde où quelques protagonistes se connaissaient déjà. Ils avaient fréquenté les mêmes écoles, baisé ensemble en partouzant ludiquement, grandi dans les mêmes quartiers… Leurs intérêts pouvaient, à tout moment, tenir compte des précédents sur lesquels il n’aurait aucune emprise. »

« L’assassinat de Sakho Fissourou constitua un avertissement non dissimulé à l’attention du détective. Mais cela ne réduisit en rien, cynisme mis à part, le nombre de suspects sur la liste qu’avait établie Roger Dercky à propos de l’ori gine eventuelle de la tentative d’agression physique contre sa personne, voire de meurtre. Il y avait seulement substitution. Cela compliquait encore plus l’équation qu’il devait résoudre. »

« Le citoyen zaïrois ne pouvait qu’avoir affaire à des individus agissant dans un cadre structuré, c’est-à-dire sérieusement organisé. La conversation de tout à l’heure en était une parfaite illustration. Quelques membres de la Sûreté nationale étaient-ils à la solde d’un Européen? »

« L’homme d’affaires véreux savait pertinemment qu’il affronterait le détective, tôt ou tard. Il avait su lire, dans les yeux du justicier exécuteur, l’ardeur propre à l’acharnement. Le genre de regard fixe, qui dégageait une forte animosité. Cela caractérisait l’obstination qui habitait l’enquêteur. Le Girondin avait déjà conclu, dès leur première rencontre, qu’il devait penser à un plan pouvant faire échouer les initiatives de Roger Dercky. En bon commerçant, il devait se montrer futé. Jusque-là, la partie n’était pas encore jouée. Il était question d’un échauffement qui permettrait de déceler, d’un côté comme de l’autre, les failles de l’adversaire. Cette sorte de jeu de cache-cache, de surcroît cruel, finirait par un affrontement sans merci entre les deux hommes. »

« L’ascendant de Lucifer avait déjà raccroché. Le détective ne comprit absolument rien aux propos du soi-disant pépère du démon. Le Zaïrois ignorait complètement que l’ennemi juré de Dieu le Père, l’esprit présidant à l’Orient selon l’opinion des magiciens, avait un aïeul. »

« Pis encore, les sbires de l’Homme Noir ignoraient complètement qu’Aïssata Camara travaillait pour le compte de Didier de Libourne. Croyant avoir capturé la complice du Zaïrois, ils réalisèrent, une fois dans la maison du quartier Mali, qu’ils avaient plutôt affaire à la collaboratrice du big boss de leur patron. Ils se rappelèrent surtout l’attitude arrogante qu’avait adoptée la danseuse de Bamako dans la loge privée de l’Homme Noir au Colombo. »

« L’agréable étonnement d’Aïssata, après avoir retrouvé son foulard, prouvait au moins sa complicité, voire son implication, dans l’enlèvement de Mamadou Diawoura. La danseuse de Bamako était donc présente dans la villa située à Bankoni, où elle avait oublié par imprudence le carré de soie qu’elle avait porté autour du cou. L’investigateur avait désormais affaire à une traîtresse qu’il devait neutraliser avant que la situation ne s’aggrave. Le citoyen zaïrois avait fait l’amour, mangé et dansé avec la complice de ses ennemis. Elle aurait pu tout se permettre. »

« Roger Dercky n’en revenait pas. Il réalisa que, si elle l’avait voulu, Aïssata Camara aurait pu l’empoisonner, voire le tuer à tout moment. Son existence, en réalité, n’avait tenu que par la seule décision de la danseuse de Bamako. Cette idée lui fit froid au dos. »

« Une fois dehors, l’air chaud fouetta brutalement le visage de la Bamakoise qui eut l’impression d’avoir la tête lourde. Le malaise s’accentuait au fur et à mesure qu’elle marchait. À un moment donné, elle fut en proie au vertige. La nausée l’indisposa. Le whisky était-il empoisonné? Tout à coup, le vide s’installa dans son esprit et ses jambes la lâchèrent. Elle s’écroula. Non loin de là, les derniers fêtards eurent l’impression qu’une très forte lumière s’extirpa de la masse corporelle qui était allongée à même le sol et se dirigea, en tourbillonnant, vers le haut pour disparaître dans le ciel noir et très étoilé. »

« Faudrait-il pour autant conclure que le soûlard arrogant qu’incarnait Sakho Fissourou aurait déjà emprunté, dans une autre existence, ce fameux couloir étroit et obscur afin de disparaître derrière une porte entrouverte d’où parviendraient, à en croire quelques paroliers, les accords d’une musique paraissant irréelle? Au-delà de l’apparence, laquelle pourrait être trompeuse, cet homme était-il un véritable mystique au sens africain de l’acception? »

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