Dans les coulisses de l’exfiltration de Compaoré par la France

L’opération d’évacuation de Blaise Compaoré vers la Côte d’Ivoire, par Paris, continue d’alimenter les chroniques, six jours après la chute et la fuite de l’ancien président burkinabè. De nouvelles révélations croustillantes sont venues, mardi après-midi, s’ajouter sur ce dossier très caractéristique de la « Françafrique ».

Ce mardi, dans sa « Une » de l’après-midi, (L’ambigu rôle de Paris dans l’exfiltration de Blaise Compaoré), Afrique Connection s’est posé une série de questions sur les contours de l’évacuation, par la France, de Blaise Compaoré vers la Côte d’Ivoire. Notre site avait notamment laissé entendre que « François Hollande n’avait pas dit tout ce qu’il s’était passé dans sa fameuse mission secrète « sauver l’ami Compaoré ». De même, il avait écrit, entre les lignes, que le fameux hélicoptère « ami » qui a servi à l’évacuation de l’ancien président burkinabè pourrait appartenir à l’opération française de Barkhane, qui a remplacé Serval pour contrer la montée terroriste dans le Sahel. Mais, en même temps, Afrique Connection bat sa coulpe pour avoir pensé qu’il faudrait encore du temps pour percer le mystère qui entoure la mission d’évacuation secrète de Compaoré.

Une évacuation en deux étapes coordonnées et exécutées par l’armée française

Oui, peut-être qu’il va en falloir davantage pour connaître « tout » ce qu’il s’est réellement passé, en ce jour historique du vendredi 31 octobre 2014, qui a vu l’inamovible Compaoré abandonner son pouvoir sous la contrainte de la rue, et s’enfuir sur la pointe des pieds. Mais, déjà, on en sait un peu plus sur les coulisses des dernières heures du « beau Blaise » dans le pays des hommes intègres. D’après nos confrères de Jeune Afrique, la France est « véritablement entrée en jeu » lorsque le convoi blindé de l’ex-président a tout d’un coup bifurqué à une cinquantaine de kilomètres de sa destination initiale, Pô, où la population l’attendait pour en découdre avec lui. « Un hélicoptère français, probablement des forces spéciales basées à Ouagadougou », est alors envoyé sur les lieux, renseigne nos confrères. Qui précisent : « L’appareil exfiltre Blaise Compaoré et quelques proches, tandis que la majeure partie des membres du convoi est laissée sur place pour des raisons logistiques, avant de se diriger nuitamment vers le Bénin. L’ancien président est ainsi héliporté vers Fada N’Gourma, à une centaine de kilomètres dans l’est du Burkina. Là, une piste d’atterrissage a permis à un avion français venu de Côte d’Ivoire de se poser. Le groupe embarque à son bord et décolle en direction de Yamoussoukro, où il arrivera en fin d’après-midi. »

Compaoré a hésité et refusé la proposition française : aller au Bénin

Toutefois, d’autres informations font état d’une longue hésitation de Blaise Compaoré sur sa destination future. En quittant Kosyam, il ne savait sans doute pas où il allait terminer son voyage. Et selon Libération, la France lui aurait même proposé comme destination finale le Bénin, pays où a trouvé asile son frère, François Compaoré. Une option qu’a catégoriquement rejetée Blaise Compaoré. Pour quelle raison ? Le mystère n’est pas encore percé. Même s’il est évident qu’« il y a eu beaucoup d’atermoiements côté burkinabé », selon une source diplomatique citée par le journal de la Rue Béranger.

Lundi, depuis le Canada, le président français, François Hollande, admettait avoir bien joué un rôle, mais indirect, dans l’opération-sauvetage de Blaise Compaoré. « Cette évacuation, nous ne l’avons pas faite nous-mêmes, mais nous avons fait en sorte qu’elle puisse se faire sans drame », a-t-il laissé entendre en conférence de presse. Tout en lançant un énigmatique « il y a eu des attaques, il y a eu des réponses »; formule qui laisse penser que l’opération ne fut pas une sinécure.

Hollande : « Tous les moyens qui pouvaient être utiles »

Ce mardi, toujours au Canada, les journalistes qui le suivent dans son déplacement nord-américain sont revenus à la charge. À la question de savoir sir l’ancien homme fort de Ouagadougou avait utilisé un hélicoptère français pour quitter son pays, Hollande rétorque, très laconiquement, et toujours avec des paroles très sibyllines : « Nous avons veillé à ce qu’il soit évacué en mettant à disposition tous les moyens qui pouvaient être utiles. » Ce, afin de « permettre la transition » au Burkina .

Ce dossier, aux relents très « Françafrique » (alors que François Hollande avait décrété sa mort), est sans doute loin de connaître son épilogue. Il subsiste encore beaucoup de zones d’ombre, très épaisses, à percer. Comme par exemple, celle qui se cache derrière la fameuse formule « il y a eu des attaques, il y a eu des réponses.»…

Thierno DIALLO

Source: Afriqueconnection

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