Dans l’Eure, un père incestueux tue sa fille parce qu’elle voulait le quitter

Dans l’Eure, un père incestueux tue sa fille parce qu’elle voulait le quitter

Denis Mannechez, condamné en 2012 pour le viol de ses deux filles qui se disaient consentantes, a abattu son aînée avant de retourner l’arme contre lui. Récit.

Mardi 7 octobre, 19 heures. La nuit tombe sur la zone d’activités de Gisors, dans l’Eure. Dans le grand hangar du garage Tenzo Auto, le propriétaire et une des trois employés s’activent toujours quand un homme fait irruption. Muni d’une arme de petit calibre, il vise puis tire sur le garagiste, qui s’effondre, touché mortellement au poumon. Puis, il trouve son employée au volant d’une dépanneuse. Elle meurt sur le coup après avoir reçu une balle dans la tempe et une dans l’épaule. Il vient de tuer sa propre fille et retourne l’arme contre lui.

Héliporté jusqu’au centre hospitalier universitaire de Rouen (Seine-Maritime), Denis Mannechez, 52 ans, est en état de mort clinique, placé sous assistance respiratoire. Il n’a pas supporté que Virginie, 33 ans, le quitte. Car le père et la fille étaient en couple depuis plusieurs années. Ils avaient même eu un enfant ensemble.

Des rapports sexuels incestueux réguliers

La relation incestueuse s’est nouée dans les années 1990, au sein d’une demeure des plus cossues, construite sur un terrain de 5 000 m2 près de Compiègne (Oise). Denis Mannechez, grand costaud aux yeux clairs, cadre supérieur dans l’informatique, y élève, avec sa femme Laurence, leurs quatre enfants.

En 2002, sur dénonciation d’une amie d’une des deux sœurs Mannechez, surprise par ses confidences, une enquête est ouverte. Elle met au jour le fonctionnement délirant d’une famille qui mène une existence recluse. “Si les deux frères de la fratrie, alors âgés de 13 et 16 ans, ont bien été victimes des colères de leur père, les deux adolescentes ont, quant à elles, eu des rapports sexuels réguliers avec lui”, révèle Paris-Normandie. Le tout sous le regard bienveillant, voire encourageant, de la mère.

La première fois, “maman a commencé une fellation à papa puis m’a demandé de finir”, raconte Virginie, l’aînée, aux enquêteurs, citée par Le Courrier Picard. Ensuite, la cadette est invitée à entrer dans le lit parental pour ne pas qu’elle se sente délaissée”. Tout à la fois jalouse et complice, sa mère la “traite de pute après les rapports”, mais lui “fait la gueule si [elle] n’y va pas”, relate Le Nouvel Obs, qui avait longuement rencontré Denis et Virginie en 2012.

“Une aliénation psychique à l’égard d’un système pervers”

La cadette explique être tombée enceinte trois fois, deux grossesses ayant été interrompues et la troisième s’étant soldée par une fausse couche. Sa sœur, elle, garde l’enfant. En 2011, devant la cour d’assises de l’Oise, puis en 2012, en appel, devant la cour d’assises de la Somme, les deux filles Mannechez se portent partie civile. Elles veulent soutenir leur père, défendre un inceste dans “l’amour consenti”. Quitte à arranger la réalité. Plus question d’avouer des relations avant 15 ans, l’âge de la majorité sexuelle, contrairement à leur précédent récit lors des auditions.

Pour Virginie, l’expert convoqué par la justice a noté “une aliénation psychique à l’égard d’un système familial pervers“, rapporte Le Nouvel Obs. Denis Mannechez, qui invoque une enfance “sans repères” familiaux, nie toute emprise sur ses filles. “S’il avait fallu que je me mette une balle dans la tête pour le bonheur de mes enfants, je l’aurais fait”, affirme-t-il dans le box, cité par Le Parisien.

C’était “un phalanstère post-soixante-huitard, avec une très grande proximité des uns vis-à-vis des autres, c’était un peu le grand n’importe quoi”, résume Me Hubert Delarue, l’avocat du père lors du procès, au moment de décrire cette famille. “Il fallait un schéma classique et nous, ce n’est pas classique”, abonde alors Virginie, qui explique qu’elle ignore “comment ça a commencé”. Mais elle sait “pourquoi ça dure [avec son père]. Pourquoi ? “Parce que je l’aime !”

“Un couple uni, fusionnel”

Condamné en appel à cinq ans d’emprisonnement dont trois avec sursis à Beauvais (Oise) en 2012, pour viols et agressions sexuelles sur ses deux filles, Denis Mannechez, qui a déjà purgé sa peine en détention provisoire, sort libre du tribunal. Depuis, le père et sa fille aînée élevaient leur fils, également petit-fils et demi-frère, ensemble. “Je les ai toujours vus ensemble. C’était un couple uni, fusionnel, elle, presque plus revendicative que lui, très affirmée, à demander qu’on les laisse tranquilles vivre leur vie comme ils l’entendaient”, raconte Me Hubert Delarue cité par Le Nouvel Obs.

Jusqu’à ce que Virginie décide de quitter le domicile familial à la fin septembre avec son enfant, aujourd’hui âgé de 13 ans. Cette passionnée de mécanique et de voitures, selon Paris Normandie, se réfugie chez son employeur, Frédéric Piard, 31 ans. Elle loge dans un appartement de dépannage, à l’étage du garage. L’enfant s’y trouve quand son père abat, juste en dessous, sa mère et le garagiste avant de tenter de se suicider. “Son geste était préparé car il a été implacable”, assène la procureure d’Evreux Dominique Laurens, qui parle même d’“exécution”.

Par Salomé Legrand

Source: francetvinfo

 

 

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