De nouvelles images témoignent des crimes impunis des FRCI: «Ils ont été exécutés parce qu’ils étaient des étudiants»

De nouvelles images témoignent des crimes impunis des FRCI: «Ils ont été exécutés parce qu’ils étaient des étudiants»

Témoigner au nom du devoir du mémoire. Trois ans exactement après les faits, un citoyen ivoirien, qui habitait dans le quartier de la Riviera 3, dans le voisinage de l’hôtel du Golf (siège provisoire de la “présidence” d’Alassane Ouattara durant la guerre postélectorale), a fait parvenir à la rédaction du Nouveau Courrier des images inédites des atrocités de l’époque, et nous a fait part de son récit. Un récit édifiant sur la réalité de la violence indescriptible qui s’était abattue, début avril 2011, sur une capitale économique ivoirienne soumise aux pillages et aux exécutions sommaires de tous ceux qui avaient la malchance d’avoir “l’air” de pro-Gbagbo et de tomber sur les plus zélés des FRCI ainsi que de leurs mercenaires étrangers.

Les photos que notre témoin a prises sont dures, mais nous sommes dans l’obligation de les publier, face aux dénégateurs patentés des évidences. Elles montrent cinq jeunes hommes vêtus de jeans et de tee-shirts. Un seul d’entre eux est rasé de près (en effet, la “boule à zéro” était, en ce temps là, le signe que la personne qui la “portait” avait été volontaire pour se faire enrôler dans l’armée et méritait la mort juste pour cela). Deux d’entre eux portaient sur eux des documents signalant leur statut : “étudiant”.

Des victimes des Frci étendues dans la broussaille... Ils ont été exécutés parce quils étaient des étudiants. De nouvelles images témoignent des crimes impunis des FRCI: «Ils ont été exécutés parce quils étaient des étudiants»

Des victimes des Frci étendues dans la broussaille… Ils ont été exécutés parce qu’ils étaient des étudiants.

“Etudiants”, donc forcément “membres de la FESCI” et “pro-Gbagbo”, dans la mesure où les bureaux de vote situés au sein du campus universitaire ont accordé près de 70% de suffrages au cofondateur du FPI. Ces deux jeunes hommes s’appelaient, on peut le lire sur leurs “pièces”, Dion Stéphane Alexandre et Koudougnon Omer. Le premier était né à Daloa et le second à Abidjan/Adjamé. Dion était étudiant à l’Institut national supérieur d’art et d’action culturelle (INSAAC). On ne sait pas dans quelle filière était inscrit Koudougnon, dans la mesure où il était porteur d’une attestation d’identité, indiquant qu’il habitait à “Cocody Campus”.

Des victimes des Frci étendues dans la broussaille... parmi lesquelles se trouvaient des étudiants. De nouvelles images témoignent des crimes impunis des FRCI: «Ils ont été exécutés parce quils étaient des étudiants»

Des victimes des Frci étendues dans la broussaille… parmi lesquelles se trouvaient des étudiants.

«J’habitais durant cette période dans le périmètre du camp de l’ONUCI à la Riviera 3. La zone qui allait de mon domicile jusqu’à l’hôtel du Golf, via Mpouto, était contrôlée par les FRCI. C’est en allant chercher à manger que nous avons vu ces corps au Carrefour Jacques Prévert dans la journée du 9 avril. Les riverains ont expliqué que ces jeunes gens, raflés dans plusieurs endroits à Abidjan, ont été débarqués d’un camion FRCI et tués à l’endroit où les corps ont été trouvés. Je peux affirmer que les seuls militaires qui paradaient sur la grande voie de la Riviera 3 étaient des FRCI. Leur barrage se situait même à environ 100 mètres du crime», indique au Nouveau Courrier l’auteur de ces images.

Qu’est-il advenu des dépouilles de ces infortunés ? «Leurs corps ont été brûlés quelques jours après». Il espère notamment que «les parents du jeune avec la carte d’étudiant sauront un jour grâce au Nouveau Courrier comment leur fils est mort». Il poursuit : «Je me pose encore la question de savoir qui a établi le nombre de 3000 morts durant la crise post-électorale. Car les morts comme ceux de la Riviera 3, il doit en avoir beaucoup.»

Des victimes des Frci étendues dans la broussaille... et en pleine rue... Ils ont été exécutés parce quils étaient des étudiants De nouvelles images témoignent des crimes impunis des FRCI: «Ils ont été exécutés parce quils étaient des étudiants»

Des victimes des Frci étendues dans la broussaille… et en pleine rue… Ils ont été exécutés parce qu’ils étaient des étudiants

Cette histoire, qui en réalité est une histoire parmi tant d’autres, nous permet de nous rendre compte que trois ans après les faits, aucun dispositif transparent n’a été mis en place, notamment par la Commission Dialogue Vérité et Réconciliation (CDVR), pour enquêter sur l’identité précise de chacun des infortunés qui ont perdu la mort durant ces jours de feu et de sang. La Commission d’enquête (?) mise en place par le régime s’est contentée de livrer des chiffres destinés à faire admettre l’idée selon laquelle le “camp Gbagbo” a plus tué que le “camp Ouattara”. Sans rendre publics des noms. Sans se soucier de ceux qui continuent d’espérer, malgré tout, que leur enfant, raflé dans la rue ou à leur domicile, est vivant quelque part.

Philippe Brou

Source: Le Nouveau Courrier N°1002

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