Déclaration du FPI relative à la menace du virus ébola

Déclaration du FPI relative à la menace du virus ébola

La maladie à virus Ebola déclarée urgence mondiale par l’OMS sévit depuis début février 2014 en Afrique de l’ouest notamment en Guinée, au Liberia et en Sierra Leone et tout récemment au Nigeria.

Cette maladie dont le taux de létalité varie entre 50 et 90% a fait à ce jour plus de 1000 morts. Par ailleurs, il est important de rappeler qu’il n’existe aucun traitement actuellement pour cette maladie. Ainsi, au regard de la menace qu’elle constitue pour la vie des populations, des mesures efficaces de prévention et de réduction de son impact doivent être instaurées.

C’est dans ce cadre que le gouvernement de Côte d’Ivoire, pays voisin de ceux où sévit l’épidémie, a mis en place les mesures de prévention et de contrôle.

Nous saluons ces mesures prises par le gouvernement afin d’empêcher la survenue de l’épidémie et sa propagation.

Cependant, nous nous posons la question de savoir si ces mesures sont suffisantes pour préserver la santé et la vie des populations.

Le FPI, conscient de sa posture et de son audience sur l’échiquier national et international, a un rôle indéniable à jouer dans la préservation de la santé et de la vie des populations.

Le peuple de Côte d’Ivoire ayant souffert et souffrant toujours des conséquences des différentes crises qu’a connues notre pays, ne mérite pas de vivre un autre traumatisme. C’est pourquoi, toutes les forces vives de la nation doivent conjuguer leurs efforts pour apporter une réponse conséquente à la situation.

A cet effet, le FPI avait tenu un point de presse animé par le ministre Alphonse Douati, alors Vice –Président chargé du Suivi de l’action gouvernementale, le vendredi 24 mars 2014 à son siège provisoire. Cette rencontre avait pour objet de faire : (1) une analyse critique de la situation et (2) des propositions concrètes face à l’épidémie de la fièvre Ebola qui menace la Côte d’Ivoire.

En ce qui concerne l’analyse de la situation, les conclusions suivantes ont été tirées :

• Aucune mesure crédible de renforcement épidémiologique n’est mise en place ni à la frontière Ouest ni ailleurs. Dans de rares cas connus à Sipilou, les quelques agents dépêchés sur place n’ont aucun équipement même pas le kit de protection pour eux-mêmes. Aucun matériel de première nécessité (stérilisateur, désinfectant et combinaison) n’est disponible ;

• Les mouvements des populations ne sont soumis à aucun contrôle sanitaire : il n’y a donc pas de veille sanitaire. De plus, aucun dispositif de quarantaine et aucun poste d’observation sanitaire ne sont disponibles ni aux frontières terrestres ni dans les chefs lieux de département, ni dans les sous-préfectures encore moins dans les villages stratégiques disposant de gros marchés hebdomadaires frontaliers.

• Le conseil des ministres s’est focalisé sur les frontières terrestres et aéroportuaires (dont la sécurisation en tout état de cause, ne représente qu’une opération virtuelle) ignorant la façade maritime de notre pays qui constitue un paysage intense souvent pour des causes illicites.

• Le poste dit avancé de MAN manque de plateau technique solide pour un centre d’appui régional. Il ne peut pas faire face à une épidémie moyenne touchant une trentaine de personnes. De plus, MAN est trop éloigné des centres à risque (MAN-SIPILOU : 100km ; MAN – NIMBA : 180 km) dont une forte proportion de mauvaises pistes. Plus grave, qu’adviendrait-il si l’épidémie se déclarait plus au Nord, à OUANINOU, à BAKO ou GBELEBAN par exemple où la végétation du côté guinéen offre des conditions propices à l’éclosion du virus Ebola ? Le poste avancé de MAN suffirait-il ?

• La campagne de sensibilisation aux frontières dictée par le conseil des ministres tarde à se mettre en place par un manque de logistique, notamment les moyens de déplacement et un mécanisme de récolte et d’acheminement rapide de l’information.

Suite à ces constats, le FPI a proposé ce qui suit :

• Au plan institutionnel :

1. la création formelle d’un (1) comité interministériel de prévention, de veille et de riposte contre la fièvre Ebola ;

2. la création d’un comité technique d’experts (organes d’exécution) émanant des services techniques des Ministères impliqués ;

3. la création d’un programme d’Urgence de prévention, de veille et de riposte contre la fièvre Ebola doté de ressources humaines, matérielles et financières autonomes avec un grand volet d’équipement ;

4. L’institution par acte règlementaire des comités régionaux, départementaux et sous-préfectoraux avec des moyens budgétaires autonomes surtout en équipement et avec un minimum de fonctionnement.

• Au plan du renforcement des capacités opérationnelles :

1. Renforcement des capacités des cadres et agents d’exécution par des formations dédiées et ceci, dans le cadre du programme cité plus haut.

2. Intensification de la formation à travers des comités de sensibilisation, des séminaires régionaux destinés aux administrateurs, aux ONG, aux leaders d’opinion, etc. ;

3. Adoption de textes réglementaires pour encadrer les mesures annoncées afin que les forces de l’ordre et l’administration agissent en toute légalité dans l’application et le suivi des mesures gouvernementales ;

4. Mobilisation de toutes les compétences nationales en mettant fin à la politique de rattrapage ethnique afin de bénéficier de l’apport de tous les hauts cadres (médecins, pharmaciens, vétérinaires, chirurgiens-dentistes, administrateurs) et surtout tous les éminents professeurs d’université mis au chômage du fait de leur appartenance politique, ethnique et religieuse.

5. Renforcement du matériel technique des postes sanitaires, des laboratoires et de l’administration déconcentrée dont les titulaires manquent de véhicules. Le programme cité plus haut doit tenir compte de ces besoins et l’Etat doit veiller à éviter le double emploi.

6. Conception de fiches de rapportage simple à usage des agents de l’ANADER qui doivent être impliqués dans l’enregistrement des évènements susceptibles d’influer sur la survenance de la maladie.

• Au plan des Mesures d’accompagnement particulières :

1. Prise de mesures pour accompagner la suspension des programmes d’élevage de rongeurs (aulacodes en particulier) en indemnisant les propriétaires des fermes ;

2. blocage et contrôle des prix des viandes de grande consommation et du poisson pour compenser la rupture de la viande du gibier qui représente une forte proportion de protéine animale (30.000 tonnes sur 150.000 tonnes consommés par an).

3. Surveillance épidémiologique des parcs nationaux et des élevages de porcs domestiques.

4. Développement d’un système simple de communication de proximité utilisant les agents d’encadrement de l’ANADER, les ONG, les leaders de communautés, les leaders religieux, les radios de proximité et les entreprises privées.

Le FPI se réjouit de la prise en compte par les pouvoirs publics de certaines observations et propositions faites en son temps.

Mais à l’analyse des décisions récentes prises par le gouvernement, des insuffisances sont encore notables et ont malheureusement un impact négatif sur l’efficacité de la riposte.

Ces faiblesses sont :

• La consommation et la vente clandestine du gibier interdit appelé abusivement « Ebola » ou « Debora » ;

• Le non respect de la mesure interdisant les salutations par la main et les accolades ;

• La faible implication formelle des communautés (chefs religieux, coutumiers, de quartier, les ONG, les leaders d’opinion etc.) ;

• Primauté de mesures médicales par rapport aux mesures communautaires ;

• L’absence de dispositif de relais d’information basé sur la communauté ;

• L’insuffisance des ressources mises à la disposition des comités de gestion de l’épidémie au niveau décentralisé ;

• L’inexistence (apparente) de plans de gestion de l’épidémie à court, moyen et long terme ;

• L’inefficacité de la mesure de fermeture des frontières avec les pays victimes de l’épidémie du fait des populations qui les contournent pour joindre la Côte d’Ivoire. (Exemple des populations résidant en Guinée qui passent par le Mali pour joindre la Côte d’Ivoire) ;

Au regard de ces faiblesses, le FPI les propose :

• Informer, éduquer et former la communauté sur les modes de transmission, les symptômes, les cas et les moyens de prévention de la maladie d’Ebola ;

• Informer et former les professionnels de santé sur l’histoire, la virologie, les modes de transmission, les symptômes, les cas, les moyens de prévention de la maladie ;

• Intensifier les messages de communication en impliquant les entreprises de téléphonie, les radios de proximité, la presse écrite, les communautés etc. ;

• Etendre la création des comités jusqu’au niveau des villages pour une plus grande implication des communautés à la base et favoriser le retour de l’information aux organes de décisions ;

• Elaborer un plan stratégique de gestion de l’épidémie et des plans opérationnels au niveau des comités de gestion de l’épidémie ;

• Mettre en place des mécanismes efficaces pour une mobilisation des ressources au plan local par les entités décentralisées de gestion de l’épidémie ;

• Mettre l’accent sur le contrôle de toutes les frontières maritimes et terrestres avec tous les pays limitrophes.

En plus des propositions faites, des actions de sensibilisation doivent être menées en direction des populations en vue de maintenir la vigilance et renforcer la riposte nationale. Ainsi une tournée de sensibilisation des fédérations du parti élargie aux populations locales sera organisée par le FPI. Un don de produits d’hygiène et un équipement pour le lavage des mains sera fait au siège provisoire du parti.

Conclusion :

La fièvre Ebola, maladie qui menace notre pays doit être traitée avec sérieux, rigueur et méthode.

Pour ce qui concerne le Front Populaire Ivoirien, l’heure est au réalisme et à l’efficacité ainsi qu’à l’ouverture des pouvoirs publics aux propositions les plus prometteuses. L’adoption de solutions idoines est une exigence.

Nous restons convaincus que toutes les forces vives de la nation se mobiliseront pour empêcher la survenue et la propagation de l’épidémie en Côte d’Ivoire. Il y va de la sécurité de notre pays.

Au demeurant, aurions-nous eu besoin de toutes ces mesures énoncées plus haut, si notre système de santé publique était performant ?

Fait à Abidjan, le 21 août 2014

Dr Christine NEBOUT ADJOBI

Vice-présidente chargée de la politique,

De la santé et de la lutte contre le sida

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