Demande d’extradition des pro-Gbagbo :Refus catégorique du Ghana au régime Ouattara

Demande d’extradition des pro-Gbagbo :Refus catégorique du Ghana au régime Ouattara

«Tensions entre le Ghana et la Côte d’Ivoire. Opposants ivoiriens à Accra et enjeux pétroliers à la frontière maritime». Tel est l’intitulé de la note de l’Institut français des relations internationales (Ifri) concernant les relations diplomatiques et économiques entre la Côte d’Ivoire et le Ghana. Cette note publiée le 23 janvier 2018 sur le site de cet institut de renom met en lumière les actes machiavéliques du régime Ouattara contre les partisans du président Laurent Gbagbo, encore en exil au Ghana.

Dans cette note, nous nous sommes intéressés au dossier des exilés abordés par l’Ifri. On découvre dans le document que, sous le fallacieux prétexte que la présence des pro-Gbagbo au Ghana l’inquiéterait, le régime Ouattara n’a jamais abandonné l’idée de faire extrader de ce pays, les proches de Laurent Gbagbo. Quel qu’en soit la manière. Mieux, le document en notre possession révèle que Si Ouattara a pu faire extrader Blé Goudé et d’autres partisans de Gbagbo du Ghana, c’est grâce à la complicité de certains officiels ghanéens. Qui ont usé de leurs positions privilégiées au sein de l’appareil d’Etat pour faire plaisir à leurs amis ivoiriens, nous apprend la note

Voici les hommes qui ont manœuvré dans l’ombre

« (…) Cependant cette coopération entre le Ghana et la Côte d’Ivoire  n’a été rendue possible que grâce au volontarisme  de certaines personnalités de part et d’autre de la frontière qui ont aujourd’hui quitté les arcanes du pouvoir. En effet depuis la fin de la présidence d’Atta Mills (2009-2012) jusqu’à l’arrivée de John Akufo Addo  suite aux élections de décembre 2016,  l’administration ivoirienne a largement pu compter sur le soutien du conseiller spécial, devenu en 2015 National Security  adviser du président John Dramani Mahama, Baba Issufu Kamara. Ce dernier qui a également occupé  pendant quelques mois en 2009 les fonctions d’ambassadeur au Nigeria, est devenu l’un des hommes les plus influents autour de John Dramani Mahama. Et ce, dès la prise de fonction de ce dernier en juillet 2012. Baba Issufu Kamara a pu trouver, côté ivoirien, un partenaire de négociation. Le dossier des proches du pouvoir Gbagbo  établis à Accra après 2011 a ainsi été traité par le conseiller diplomatique  du président Alassane Ouattara jusqu’en 2015, Mamadi Diané. Le duo Kamara-Diané a notamment permis l’extradition de Charles Blé Goudé,  ainsi que celle d’autres personnalités de rang moins élevé dans la hiérarchie de l’ancien pouvoir. A cette époque, les principaux acteurs de ces extraditions  ont pu trouver les moyens de profiter de ce système, avec  l’accord de leurs patrons respectifs », constate l’Ifri dans sa note.

John Dramani Mahama a prêté le flanc pour l’extradition de proches de Gbagbo. Un acte contraire aux idéaux du peuple ghanéen

Côté ghanéen, l’ancien président John Dramani Mahama a prêté le flanc pour l’extradition de proches de Laurent Gbagbo. Un acte qui est contraire aux idéaux du peuple ghanéen. Peuple souverain et nationaliste. C’est grâce à ce nationalisme et cette souveraineté qu’aujourd’hui, l’extradition des pro-Gbagbo du Ghana connait un sérieux coup d’arrêt. Malgré les agissements et pressions du régime ivoirien contre les autorités ghanéennes, fait savoir le document. « Aujourd’hui, le processus de retour des ex-gbagbistes est à l’arrêt car les présidents et leurs conseillers ont changé et la volonté politique de poursuivre ces retours vers Abidjan a largement disparu », nous apprend l’institut français.

Ouattara a de plus en plus de mal à faire extrader les proches de Laurent Gbagbo du Ghana

Il indique en effet que Ouattara a de plus en plus de mal à faire extrader les proches de Laurent Gbagbo du Ghana. Car les nouvelles autorités ghanéennes sont dans une nouvelle disposition d’esprit.  « En effet, Alassane Ouattara, réélu en 2015,  éprouve beaucoup plus de difficultés à obtenir de nouvelles extraditions de proches de Laurent Gbagbo de la part de John Akufo-Addo, élu en décembre 2016. L’un des  derniers épisodes à ce sujet est éclairant », écrit l’Ifri.  Avant d’entrer les détails pour démontrer à la face du monde comment ce régime Ouattara est animé d’une haine indicible envers les partisans du président Laurent Gbagbo. Plus de six ans après la fin de la crise postélectorale de 2010. Par des pratiques dénuées de toute légalité et légitimité, le régime Ouattara use de ses relations avec la présidence Ghanéenne pour tenter d’arrêter et extrader des pro-Gbagbo. Et, ceci se déroule en 2017.  «  Avant son séjour à Accra en octobre 2017, Alassane Ouattara  a envoyé en éclaireur  l’un de ses proches, Adama Toungara pour «sonder» John Akufo-Addo au sujet de nouvelles demandes d’extradition vers la Côte d’Ivoire. L’ex-ministre du Pétrole ivoirien était notamment en possession d’une longue liste de noms intéresse particulièrement son pays. S’il  a bien transmis le document  aux autorités ghanéennes, les résultats escomptés ont été plutôt décevants pour la présidence ivoirienne », révèle cet organisme international de renom.

John Akufo-Addo refuse de livrer Guiérélou, Katinan, Damana Pickass, Koré Moïse, Alphonse Mangly

Pour une affaire d’extradition, c’est le ministre du Pétrole ivoirien qui est missionné au Ghana. Et non ceux de la Justice, ou de l’Intérieur. Malheureusement pour Ouattara, l’actuel président ghanéen, John Akufo-Addo a envoyé paître son fameux émissaire. En lui faisant croire que les personnalités qui figurent sur la lugubre liste du régime Ouattara, ne sont plus présents au Ghana. « Selon des sources proches du dossier,  la liste transmise  aux autorités ghanéennes  par Adama Toungara comprenait notamment le nom des anciens ministres des mines et de l’énergie, Emmanuel Léon Monnet, de l’intérieur, Emile Guiérélou, du budget Justin Koné Katinan, l’ex-président des jeunes du parti de Gbagbo, Damana Pickass, un ex-conseiller de Laurent Gbagbo, Koré Moïse, ainsi que l’ex-directeur général des douanes, Alphonse Mangly », dévoile l’institut français.

Comment le président ghanéen a humilié le régime Ouattara

Qui souligne que Ouattara a connu la même humiliation que son ministre du Pétrole. D’autant qu’il a essuyé le refus catégorique de son homologue ghanéen lors de son séjour à Accra. «Lors de son séjour à Accra, quelques jours après celui de son ministre, Alassane Ouattara a ainsi demandé à son homologue ghanéen s’il avait pu étudier la liste des personnalités qu’il souhaitait voir de retour à Abidjan.  John Akufo-Addo aurait alors répondu  qu’aucune des personnalités mentionnées ne se trouvait sur le sol ghanéen. Selon le président ghanéen, ces individus avaient bien été présents à Accra après l’arrivée de Ouattara en 2011 mais avaient tous fait leurs valises depuis longtemps.  Face à la réponse du président Akufo-Addo, le président ivoirien n’a pas insisté malgré les preuves que ses services détiennent concernant la présence de ces personnalités sur le territoire ghanéen », relève l’Ifri. Un cuisant échec pour Ouattara. Qui a été envoyé balader son homologue sans autre forme de procès. Une leçon pour lui dire de mettre fin à sa vengeance inutile contre les partisans du président Gbagbo. S’il veut donner une chance à la vraie réconciliation nationale en Côte d’Ivoire.  Etonnant tout de même la réaction ferme du Ghana, quand on sait que le président Akufo-Addo est de la même idéologie politique que Ouattara, le libéralisme. Cette proximité idéologique n’a pas profité à Ouattara et son régime. Les raisons se trouvent dans le fait que le parti du président ghanéen est très nationaliste et conservateur.

Pourquoi le Ghana dit non désormais au régime Ouattara

« Comment expliquer le peu de coopération de la part des actuelles autorités  ghanéennes ?  Un des facteurs est historique et idéologique.  Le parti de John Akufo-Addo, National Patriotic Party (Npp), plutôt libéral sur le plan économique est aussi, comme son nom l’indique, très nationaliste et conservateur  lorsqu’il s’agit de questions de souveraineté. Nombre de cadres du Npp considèrent ainsi que livrer des personnalités au pouvoir ivoirien touche à la souveraineté du Ghana », informe l’Ifri. En outre, les soutiens politiques à la candidature d’Akufo-Addo pendant la campagne de 2016, ont usé de leur pouvoir et influence pour empêcher cette opération d’extradition d’envergure que voulait vaille que vaille le régime Ouattara. « La liste des soutiens à l’actuel président ghanéen pendant la campagne électorale de 2016 a  d’ailleurs dépassé les clivages politiques habituels. Certains hommes politiques comme l’ancien président, Jerry Rawlings (1992-2000), pourtant  membre du  National Democratic Congress (Ndc)-classé  à gauche de l’échiquier politique- a ainsi soutenu Akufo-Addo, du fait de sa mésentente avec John Dramani Mahama. Or, Jerry Rawlings a beaucoup d’amis en commun avec Laurent Gbagbo car ce dernier et ses proches étaient fréquemment reçus à Accra lorsqu’ils étaient encore dans l’opposition dans les années 1980 et 1990 sous Houphouët Boigny et Henri Konan Bédié», indique l’institut français. Il remonte d’ailleurs dans l’histoire pour nous apprendre les liens existant entre l’actuel président ghanéen et les partisans du président Gbagbo. Akufo-Addo a en effet côtoyé de nombreux cadres pro-Gbagbo, quand il était ministre dans le gouvernement de John Kufuor. Du temps où le président Gbagbo était au pouvoir. « D’autre part, John Akufo-Addo était le ministre de la justice puis celui des affaires étrangères  de John Kufuor entre 2001 et 2007. Il connait ainsi très bien certaines personnalités réfugiées dans son pays qu’il a eu tout loisir de côtoyer lorsqu’ils étaient aux affaires durant la présidence de Laurent Gbagbo (2000-2011). Il  est ainsi fort probable durant le mandat de l’actuel président ghanéen, l’expulsion de proches de Laurent Gbagbo soit stoppée», conclut  l’Ifri sur ce chapitre des exilés ivoiriens au Ghana. Dont les premiers dirigeants disent non et non à toute éventuelle extradition d’un pro-Gbagbo désormais.

Fabrice Tété

Source: letempsinfos.com

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