Depuis San-Pédro, Ouattara annonce la « modification globale de la constitution » (Lu sur Lebanco.net – pro-Ouattara)

Depuis San-Pédro, Ouattara annonce la « modification globale de la constitution » (Lu sur Lebanco.net – pro-Ouattara)

La constitution ivoirienne sera globalement modifiée, a déclaré le président de la République, Alassane Ouattara lors de la conférence de presse bilan qu’il a animé à San-Pedro. Selon lui, cette modification connaitra sa phase exécutoire après les élections générales. «Mais nous ferons une modification constitutionnelle globale après les élections. Parce-que nous devons incorporer dans la constitution, tous les amendements qui sont déjà utilisés de facto, mais qui n’ont pas pu être modifiés, parce que le référendum n’a pas été fait. Mais leur utilisation pour les élections de 2010, vaut consultation de la voix populaire. Par conséquent, il n’y a pas lieu de se précipiter à changer l’article 35. Ce sera fait. Et ce sera peut-être l’occasion d’avoir un débat constitutionnel. Pour avoir une troisième République, pourquoi pas. Ce sont des questions qu’il faut étudier sereinement» a révélé le président Ouattara quand on lui demande son avis sur la modification de l’article 35 de la constitution ivoirienne. Cependant, Alassane Ouattara indique qu’il n’y a «aucune raison de modifier l’article 35. Je crois qu’il faut laisser le Conseil constitutionnel et la Commission électorale indépendante (Cei) faire leur travail. Je considère par contre, qu’il y a des modifications à apporter à l’article 35 qui sont de facto et qui ont déjà été utilisés pour les élections de 2010. On aurait pu faire le nettoyage en faisant un référendum. Mais un référendum, c’est coûteux. Mais en droit, on dit qu’il y a ce qu’on appelle jurisprudence. A partir du moment où ces dispositions ont été appliquées, elles seront applicables» a-t-il conclu.

Bosco de Paré, envoyé spécial

Source: Lebanco.net
————————————————-
Nous ferons une modification constitutionnelle globale après les élections.

Comme d’habitude, à la fin de la visite d’Etat dans une région, le Président de la République Alassane Ouattara a accordé un entretien avec la presse. En plus des questions liées au district du Bas-Sassandra, le Chef de l’Etat a abordé les questions liées à l’actualité nationale, notamment la révision de la Constitution, le parti unifié au sein du Rassemblement des houphouétistes pour la démocratie et la paix (Rhdp) et ses choix dans les nominations.

Propos liminaires

Bonjour et bonne fête à toutes les dames, bonne fête à tous. Je suis heureux que nous soyons tous ensemble après cette belle cérémonie de la fête des femmes, la Journée internationale de la femme. Nous voici au terme de la visite d’État que nous avons effectuée dans le district du Bas-Sassandra qui nous a conduit successivement à Soubré, Yacolidabouo, Méagui, Meyo,Sassandra, Fresco, Tabou et San Pedro. A chacune de ces étapes, j’ai reçu un accueil particulièrement chaleureux. Et de nombreux témoignages d’amitié, de fraternité, je dirai même d’affection. Au nom de mon épouse et de toute la délégation qui m’a accompagné, je voudrais remercier les populations du Bas-Sassandra pour cet accueil et toutes les marques d’attention. Avant de dresser le bilan de ma visite, je voudrais, à l’occasion de la Journée internationale de la femme, rendre un vibrant hommage à toutes les femmes de Côte d’Ivoire et du monde.

Je voudrais saluer leur dynamisme, leur courage, leur contribution au développement du pays. Et comme je l’ai indiqué lors de l’installation du Conseil national de la femme, le lundi 02 mars à Abidjan, le rôle et l’action de la femme ont été décisifs dans les étapes de la vie de notre nation. C’est pourquoi nous devons consolider davantage ses droits. Nous devons veiller à la protection, à la promotion et aussi à l’autonomisation des femmes. S’agissant maintenant du Bas-Sassandra, cette visite a été l’occasion de voir l’état d’avancement des travaux dans ce district et de présenter aux populations les grands projets que nous avons pour la région. Nous avons de grandes ambitions pour cette région du sud-ouest. Notre objectif est de lui donner un nouvel élan et d’en faire un grand pool de développement du pôle énergétique de la Côte d’Ivoire.

Les 6000 milliards que nous avons l’intention d’investir d’ici 2020 vont transformer la région, accroître son attractivité auprès des investisseurs et surtout créer des emplois. Nous avons déjà obtenu les financements de certains de ces projets avec des partenaires bilatéraux dans le cadre du Partenariat public-privé (Ppp). Comme vous le savez, j’ai cité un certain nombre de projets comme la construction d’une université à compter de septembre 2015, l’autoroute Abidjan-San Pedro, la construction de la gare routière, de l’aéroport international de San Pedro, l’augmentation de la capacité énergétique de la région pour en faire le pool énergétique de notre pays grâce à la construction de plusieurs centrales thermiques et de barrages hydroélectriques. J’ai donné tous ces détails lors de mes discours. Il y a aussi l’extension du port de San Pedro pour en faire un véritable outil de développement de toute la région. Nous avons donc des projets importants qui se chiffre à plus de 5 milliards 500 millions, plus la question du bitumage des routes, cela nous ramène à un total de près de 6000 milliards de Fcfa sur les prochaines années, jusqu’en 2020. Je voudrais remercier tous les journalistes pour leur disponibilité. L’information a été diffusée avec beaucoup de professionnalisme. C’est grâce à vous que la population ivoirienne et au-delà, le monde entier, a pu suivre cette visite. Je voudrais dire merci au Premier ministre, aux membres du gouvernement, aux élus locaux et à tous les cadres qui ont contribué à la réussite de cette mission.

Durant votre séjour dans le district du Bas-Sassandra, vous avez parlé de la construction d’une université. Qu’en est-il de la promesse faite à Man concernant l’ouverture de l’université prévue en 2014 ?

Notre objectif est de travailler à ce que chacun des districts ait, à terme, une université. Nous avons comme ambition d’ouvrir une université dans chaque chef-lieu de district. Nous en avons, bien évidemment, plusieurs, déjà à Abidjan et Bouaké. L’université de Korhogo qui a ouvert. A Man, les travaux sont en cours, l’université devrait ouvrir en octobre cette année. Pour San Pedro, les travaux commenceront en septembre et l’université pourra ouvrir en octobre 2016. Nous continuerons ce programme, bien sûr, dans d’autres villes, notamment Bondoukou, Abengourou.

Quelles sont les mesures prises par l’État pour lutter contre l’érosion, vu l’important investissement pour le Port autonome de San Pedro, pour que les 6000 milliards ne soient pas engloutis ?

Le tracé de l’autoroute devra tenir compte de toutes ces contraintes. Nous avons beaucoup d’expérience en la matière. L’environnement et le développement durable sont maintenant une priorité pour nous tous. Nous devons protéger, bien sûr, la zone et la flore. Il n’y a pas de souci de ce côté.

Excellence M. le Président, à Bonoua, à l’occasion de l’inauguration du centre d’alimentation d’eau potable de la ville d’Abidjan, vous indiquiez votre appartenance au Pdci. A Sassandra, au cours de votre meeting, vous avez réitéré votre désir de parvenir à un parti unifié. Votre retour à votre parti originel est-il envisageable ? Et qu’en sera-t-il des partis alliés (Mfa, Udpci) et l’Upci ?

Pour ce qui est de mon appartenance au Pdci-Rda, je crois que c’est évident. J’en ai été le numéro 2. Par conséquent, nous sommes tous du Pdci, je crois, dans cette salle. Le Premier ministre, Daniel Kablan Duncan, Amadou Gon. Je pense qu’il n’y a pas de développement à faire sur cette question. Il n’y a pas d’implication à en tirer.

Essy Amara a fait une sortie, récemment, où il disait que les jeunes musulmans désœuvrés pourraient appartenir à Boko Haram en Côte d’Ivoire. Pour vous qui êtes le Chef de l’exécutif, quelle est votre réaction à cette sortie qui sonne comme un appel à la formation de bandes armées en Côte d’Ivoire ?

Je n’ai pas pris connaissance des propos d’Amara Essy. Je ne vais donc pas les commenter.

La présence de Blaise Compaoré en Côte d’Ivoire est critiquée par les autorités burkinabè. M. le Président, quel est son statut ?

Blaise Compaoré est chez lui en Côte d’Ivoire.

Concernant le Rdr dont vous êtes toujours le président…

Ce n’est pas vrai, je ne suis pas le président du Rdr. Vous devez lire la Constitution. Je suis au-dessus des partis. Je suis avec tous les partis, je suis donc Pdci, Rdr, Fpi, je suis tout le monde. (…). Soyez certains que j’agis en conformité avec la Constitution. Mais je trouve que ce n’est pas une bonne idée de dire qu’un Président de la République ne peut pas appartenir à un parti. C’est illusoire. J’espère qu’il y aura une modification constitutionnelle pour régler la question. Aux États-Unis d’Amérique, Barack Obama est au parti démocrate, tout le monde le sait. En France, François Hollande est au parti socialiste et tout le monde le sait. Alors, quelle est cette hypocrisie de dire que le Président n’appartient à aucun parti ! Je respecte la Constitution telle qu’elle est aujourd’hui, mais je souhaite qu’elle soit modifiée. Je veux la transparence dans les relations humaines et politiques. Je suis Pdci, Rdr, Udpci, Rhdp, je suis avec tout le monde, Fpi, Pit. Il y en a encore d’autres, je crois. Pour le moment, je suis avec tout le monde.

Concernant les procès en assises des pro-Gbagbo, vous avez dit qu’il y aurait des poursuites dans tous les camps. La Commission nationale d’enquête a achevé ses travaux et déposé un rapport qui stipule qu’il y a eu des tueries dans les deux camps. A quand les poursuites dans le vôtre ?

Le camp de qui ? Je n’ai pas de camp. Il faut que les questions soient bien précises. Je suis le Président de tous les Ivoiriens, je n’ai pas de camp. (…) Pour les procès, ils ont commencé, mais ce n’est pas encore terminé. Je voudrais vous demander de faire preuve de moins de sévérité à l’endroit de notre justice. Il y a des progrès considérables qui ont été accomplis. L’ancien Président se trouve à La Haye. Son procès n’a même pas encore commencé, pourtant personne ne dit mot. On trouve cela tout à fait normal, mais on veut que la justice ivoirienne règle des centaines de cas en un an ou deux ans. En 2011 et 2012, notre justice était totalement inexistante. Beaucoup de magistrats avaient fui, les salles n’étaient pas disponibles. Tout un travail a été fait. Des procès ont lieu et d’autres suivront. Tous ceux qui ont été mis à l’index dans le rapport de la commission nationale d’enquête devront répondre devant la justice. Les interrogatoires ont d’ailleurs commencé, si j’ai bonne information. Par conséquent, ne pensez pas que c’est une affaire de justice contre certains. Les victimes se trouvent dans les deux camps, si vous voulez parler de camps. Il faut donc que tous ceux qui ont commis des crimes de sang, notamment, puissent être jugés. Je le réaffirme : il n’y aura pas d’exception.

Peut-on dire que vous êtes un homme heureux, puisque vous venez de remporter la Can et que le Pdci vient de vous choisir comme son candidat ?

Je suis un homme comblé. Et comme je le disais aux Eléphants, à l’entraîneur, à la Fif, je serais encore plus heureux si l’on remportait la Can en 2017. Ce serait formidable.

Vous avez annoncé un investissement de 6000 milliards. Pourtant, vous avez dit que la Côte d’Ivoire ne s’endettera pas à l’extérieur. Cela ne va-t-il pas entraîner une hausse des impôts pour le financement de ces investissements ?

Concernant les 6000 milliards, je n’ai pas voulu vous ennuyer avec les détails, tout à l’heure, mais nous avons fait le compte exact. Il y a la construction de l’université qui fait 84 milliards et qui commence en septembre 2015 sur financement multilatéral. C’est un partenariat public-privé, il n’y a donc pas de problème. La construction de l’autoroute Abidjan-San Pedro, 740 milliards, c’est également un partenariat public-privé. Des grosses sociétés internationales qui ont de l’expérience, après appel d’offres, vont le faire et comme le pont Henri Konan Bédié, ce sera une autoroute à péage. Ça se finance donc tout seul. La construction de la gare routière, je ne sais pas comment elle va s’appeler, mais là, ce n’est pas un montant excessif. Par conséquent, l’État pourra s’en charger selon une combinaison public-privé. La construction de l’aéroport international de San Pedro se fera également selon un partenariat public-privé, autour d’une centaine de milliards.

Concernant l’augmentation de la capacité énergétique de la région, d’abord, il y a le barrage de Soubré qui coûte 330 milliards; les deux centrales thermiques à charbon, 700 milliards, toujours en partenariat public-privé. Pour le barrage de Soubré, notre partenaire, c’est avec la Chine, c’est un prêt constitutionnel. Les quatre autres barrages: Louga, Botoubré, Blibopopoli et Tiboto, pour 3700 milliards, ce sera également avec les Chinois. Vous voyez, les partenariats public-privé, le privé, ce sont des pays comme la Chine qui font le travail avec le financement chinois. Bien-sûr, il y a la contribution de la Côte d’Ivoire, mais elle est faible. C’est pour cela que je dis que ça n’entraîne pas d’endettements excessifs. Nous allons continuer, malgré les bonnes performances, avec le Fonds monétaire international, pour appuyer le fait que notre pays est bien géré et que nous n’avons pas de souci à nous faire. Aujourd’hui, le ratio de la dette Pib est aux alentours de 40 pour cent. Par conséquent, fondamentalement, nous n’avons pas de problème de dette extérieure. Tous ces projets se financent tout seuls. Et s’il y a tout ça, c’est parce qu’il y a une certaine confiance.

Si les opérateurs de la Chine, de l’Union européenne, des États-Unis n’avaient pas confiance en la capacité managériale du gouvernement, on n’aurait jamais ces projets. C’est d’abord la confiance qui fait que nous avons ces financements. Les 6000 milliards seront essentiellement financés, bien évidemment, par l’extérieur. Mais là où seules les ressources constitutionnelles n’accroissent pas la dette de manière indue et par les privés qui financent sur leurs propres ressources et se font rembourser. Parce que c’est des constructions qu’on appelle Bot (Build opérate and transfer). Ils se paient sur la structure construite pendant 20 ans, 30 ans et après, cela devient la propriété de l’Etat de Côte d’Ivoire. Il y a également l’extension du port de San Pedro qui fait 950 milliards, c’est également un partenariat public-privé. Nous sommes très regardants sur la gestion macro-économique. Nous avons l’un des meilleurs cadrages macro-économiques dans le monde, si bien au niveau du déficit sur la dette publique et de la dette sur le Pib, qu’au niveau de l’inflation, du taux de croissance. Et nous entendons maintenir ces bonnes performances.

En plus, vous avez un grand banquier à la tête du pays et un grand économiste, Daniel Kablan Duncan, vous n’avez pas de souci à vous faire. Il n’y aura pas de hausse d’impôts, bien au contraire, mon objectif c’est de les baisser. Je vais baisser les impôts au fur et à mesure que la base imposable va s’améliorer. Et même convaincre les pays de l’Uemoa d’accepter qu’on commence à baisser les droits de douane. Il n’y a donc pas de souci sur le financement, sur l’impact sur la dette extérieure et sur le cadrage macro-économique.

Vous avez récemment dit, concernant la lutte contre Boko Haram, que c’est une menace réelle pour notre pays et la sous-région. Vous avez exprimé également votre solidarité à l’endroit des pays engagés dans la lutte contre cette secte. Quelle sera la part concrète de la Côte d’Ivoire dans cette lutte ?

La Côte d’Ivoire a joué, dans la lutte contre Boko Haram, une part importante, d’abord quand j’étais le Président en exercice de la Conférence de la Cedeao. Nous avons organisé des interventions internationales pour libérer le Nord Mali. Nous avons aussi été à côté de nos frères du Nigeria et même du Niger. Il n’y a pas plus de deux semaines, nous avons envoyé une mission à Niamey pour marquer notre solidarité et nous travaillons avec les deux zones, Cedeao et Ceac, pour avoir une approche commune, de sorte qu’elle ne soit pas limitée aux pays du lac Tchad, c’est-à-dire le Nigeria, le Niger, le Tchad et le Cameroun. Il faut l’élargir à tous les autres pays. Parce qu’évidement, cette menace terroriste ne se limite pas seulement aux pays voisins du Nigeria. J’espère que dès ce mois de mars, nous pourrons organiser un sommet Afrique centrale-Afrique de l’Ouest, pour être un peu plus précis sur les modalités de contribution des uns et des autres. Le Conseil de paix et de sécurité de l’Union africaine a adopté, il y a quelques jours, un projet de résolution à faire adopter par les Nations unies pour demander 10 000 hommes. La Côte d’Ivoire n’a pas encore été sollicitée. Mais si c’était le cas, bien sûr, les ministres compétents et l’armée ivoirienne nous feront des recommandations.

Vous avez nommé Koné Mamadou à la tête du Conseil constitutionnel. Des voix s’élèvent pour dire que vous avez choisi une personnalité du Rdr qui peut travailler selon votre vouloir. Quel commentaire ?

Les gens doivent comprendre une chose, je n’interfère pas dans la gestion des institutions. Je veux des institutions qui soient autonomes, fortes et qui donnent la crédibilité à notre nation. Barack Obama l’a dit il y a déjà plusieurs années. J’ai déjà indiqué que ce qui se passe au Conseil constitutionnel n’a rien à voir avec le Président de la République. Le président du Conseil constitutionnel a décidé de me remettre sa démission, compte tenu des problèmes de fonctionnement à l’intérieur de cette institution. Je ne pouvais que l’accepter. J’ai essayé de trouver les meilleurs magistrats possibles. Celui qui a été nommé, je ne sais pas comment vous voulez l’étiqueter. Moi, ce qui m’intéresse, c’est la compétence des uns et des autres. Après tout, quand j’ai nommé Francis Wodié, personne n’en a fait un problème. Pourtant, il n’est pas de mon parti. Il est même d’un parti de gauche. Je l’ai choisi pour sa compétence. Celui qui lui a succédé a été major à l’école de magistrature de Paris. C’est quand même un magistrat respecté qui a été directeur de cabinet sous plusieurs régimes. Il a travaillé quasiment avec tous les partis politiques. Il a été ministre de la Justice sous Laurent Gbagbo, etc. Je n’ai pas d’a priori. Je considère que les bons magistrats diront toujours le droit. J’ai mis à la Cour suprême un autre grand magistrat, Aphing Kouassi, qui est aussi respecté. J’essaye de trouver le meilleur à chaque poste. Je pense que j’ai choisi, en mon âme et conscience, les meilleurs pour ces deux postes.

M. le Président, allons-nous atteindre la parité hommes-femmes ?

Cette question est difficile. Je n’aime pas faire de promesses que je ne peux pas tenir. Je crois qu’il faut un débat sur cette question. Il est important de faire évoluer, de manière positive, la place et le rôle de la femme dans notre société. La loi sur le mariage a créé un problème au sein de l’Assemblée nationale. A tel point que cela m’a conduit à faire un remaniement ministériel. Il y avait beaucoup de gens qui n’étaient pas d’accord avec cette loi. Il faut tenir compte des pesanteurs de la société. Le Président de la République ne peut pas tout faire. Tout le monde doit m’accompagner. Tout le monde connaît ma volonté de modernisation. Que la femme trouve la place qui doit être la sienne dans la société.

Concernant l’alternance en 2020 avec un cadre du Pdci, que pouvez-vous dire pour rassurer les sceptiques ?

Je suis pour l’Appel de Daoukro, je l’ai indiqué publiquement. Mais la priorité que j’ai indiquée à tous, et je le répète, c’est que nous devons travailler au parti unifié parce qu’en réalité, le Pdci a éclaté en plusieurs morceaux et même à l’intérieur de chaque parti, il y a des voix discordantes. La preuve, au Pdci, il y en a 99% qui sont pour l’Appel de Daoukro et à peu près 1% n’est pas pour. C’est la démocratie. Je suis au Rdr, il y a également peut-être 99% qui seront pour et 1% contre. Une fois que le parti est unifié, le problème est plus simple à résoudre, donc je ne me fais de souci. De toute façon, nous sommes pour l’Appel de Daoukro. Je crois qu’il donne une visibilité sur la stabilité du pays, c’est cela le plus important. Les questions de personnes ne m’intéressent pas parce que je veux vraiment les meilleurs pour la Côte d’Ivoire et pour me succéder. Rassurez-vous, je ne m’accrocherai pas au pouvoir. Je peux faire autre chose et je l’ai déjà démontré.

L’article 35 pourrait-il être révisé avant les élections de 2015 ?

Il n’y a aucune raison de modifier l’article 35. Je crois qu’il faut laisser le Conseil constitutionnel et la Commission électorale indépendante (Cei) faire leur travail. Je considère, par contre, qu’il y a des modifications à apporter à l’article 35 qui sont de facto et qui ont déjà été utilisés pour les élections de 2010. On aurait pu faire le nettoyage en faisant un référendum. Mais c’est coûteux. En droit, il y a ce qu’on appelle la jurisprudence. A partir du moment où ces dispositions ont été appliquées, elles seront applicables. Mais nous ferons une modification constitutionnelle globale après les élections. Parce que nous devrons incorporer dans la Constitution, tous les amendements qui sont déjà utilisés de facto, mais qui n’ont pas pu être modifiés, parce que le référendum n’a pas été fait. Mais leur utilisation pour les élections de 2010 vaut consultation populaire. Par conséquent, il n’y a pas lieu de se précipiter pour changer l’article 35. Ce sera fait. Et ce sera peut-être l’occasion d’avoir un débat constitutionnel. Pour avoir une troisième République, pourquoi pas. Ce sont des questions qu’il faut étudier sereinement.

Mon intervention va porter sur deux points. Le premier concerne la situation sécuritaire à la frontière ivoiro-libérienne, notamment dans la région de Grabo et le second point, le processus de réconciliation nationale. Dans la région de Grabo, il y a un dispositif sécuritaire, et malgré tout, l’on enregistre des attaques répétées. Lors de votre passage à Tabou, vous avez mis en garde les auteurs de ces attaques et annoncé que le dispositif sécuritaire sera renforcé. Qu’est-ce qui va changer concrètement sur le terrain ? Autrement dit, comment ce dispositif sera-t-il matérialisé pour permettre de sécuriser les populations ? Sur le second point, malgré votre appel au retour des exilés de la crise post-électorale, nombreux sont ceux qui restent en exil. Que comptez-vous faire pour les amener à rentrer au bercail, quatre ans après la crise post-électorale ?

C’est plus simple de répondre à la question concernant la réconciliation. Le fait qu’il y ait des réfugiés à l’extérieur ne traduit pas un problème de réconciliation nationale. Parce qu’au début de la crise, nous avions plus de 300.000 réfugiés à l’extérieur. Aujourd’hui, je crois que nous en sommes à 58.000 dont 38.000 au Liberia. Après la guerre dans ce pays, il y a encore des Libériens en Côte d’Ivoire. On ne peut pas forcer les gens à rentrer. Mais ce que je condamne, c’est que des gens se trouvent sur un territoire étranger et fassent des incursions ou même des attaques en Côte d’Ivoire. Et j’ai dit que dans ce cas, le Conseil national de sécurité a pris des dispositions, nous avons donné les moyens à nos forces de défense et de sécurité et nous allons nettoyer la zone. Que ce soit Tabou, Grabo, Lodjo, nous allons nettoyer ces endroits. Parce que nous considérons que tout cela doit se régler. Nous allons même demander un droit de poursuite au Liberia, aux autorités libériennes, comme c’est le cas dans la lutte contre Boko Haram.

Le Niger, le Tchad ont eu des droits de poursuite sur le territoire nigérian. Nous allons anéantir tous ces gens qui viennent périodiquement perturber la sérénité des populations à la frontière. Nous en avons les moyens. Il y avait un problème d’infrastructures. Nous avons mis des fonds à la disposition du Génie militaire pour nettoyer, dégager les pistes. Nous allons faire des battues dans les forêts, prendre toutes les dispositions que nous jugeons nécessaires pour assainir la zone. Quitte à faire de même de l’autre côté de la frontière. Une fois que cette question est réglée, ceux qui sont de bonne volonté peuvent rentrer. Antonio Guterres, le patron du Hcr me disait, la semaine dernière qu’il y a à peu près 10.000 personnes au Liberia qui sont prêtes à rentrer. Je les invite à le faire immédiatement. En réalité, s’il y a eu un ralentissement, ce n’était pas tant les problèmes sécuritaires, mais la fièvre à virus Ebola. Mais maintenant que le Liberia a réussi à éradiquer cette maladie, bien évidemment, nous prendrons des mesures pour que ces 10.000 personnes qui le veulent puissent être examinées afin de rentrer rapidement en Côte d’Ivoire. Si c’était le cas, cela voudra dire qu’on n’aurait plus qu’une vingtaine de mille réfugiés dans ce pays.

Et puis, compte tenue de la porosité des frontières et que ce sont les mêmes ethnies de part et d’autre, que certaines personnes décident de rester plus longtemps que d’autres au Liberia, c’est leur choix. On ne peut pas forcer des gens à rentrer. L’essentiel est que ces personnes se conduisent de manière pacifique. Elles peuvent venir et partir si elles le veulent, mais nous ne pourrons pas faire mieux que cela. Le dispositif a été engagé. D’ailleurs, il y a quelques jours, le chef d’état-major général et le ministre de la Défense m’en ont informé. M. le Premier ministre, j’ai dit que le jeudi (Ndlr, 12 mars) nous avons un Conseil national de sécurité au cours duquel nous prendrons des mesures complémentaires pour qu’en quelques semaines on n’ait plus à parler de cette situation.

Tout le monde reconnaît en vous un bâtisseur et les visites d’État en Côte d’Ivoire riment avec développement. En 2015, pourrez-vous visiter avant la présidentielle toutes les autres régions qui attendent ?

Je vous remercie Sali, c’est une très bonne question. En fait, vous savez, ça ne dépend pas de moi. Ça dépend du Premier ministre et du Secrétaire général de la Présidence. Moi, je suis prêt, même si on veut la semaine prochaine qu’on aille à Séguéla, monsieur le ministre d’État, moi je suis prêt. Notre problème est que tout le monde veut que le Président aille dans sa région. Mais tous veulent également des infrastructures toute de suite. Donc, il y a un arbitrage à faire. Je prends le cas d’Odienné. Nous devions y aller, je crois, la première quinzaine d’avril. Maintenant, les gens d’Odienné me disent : « Président, il faut reporter parce que nous ne sommes pas prêts, il y a des travaux. Les responsables locaux auront à faire un choix. Moi, je peux faire tous les quinze jours, je peux passer 3, 4 jours dans une région, dans un district. Et j’ai 5 mois, il y a 10 régions. Si vous faites 2 fois 5 ça fait 10, ça devrait donc faire les 10 districts. Mais si maintenant les responsables de ces régions disent qu’ils ne sont pas prêts, parce qu’il faut qu’il y ait plus d’infrastructures, les financements sont en place. Cela dit, nous avons quand même des contraintes. Parce que nous voulons que ces travaux soient menés par des entreprises locales, qui quelquefois, n’ont pas toute la compétence requise pour faire des travaux de grande qualité que nous exigeons.

Monsieur le Premier ministre, tout dépendra de ce que vous et le Secrétaire général de la Présidence pourrez faire comme arbitrage. Encore une fois, je suis prêt à faire tous les quinze jours, 3, 4 jours dans un district ; ce qui permettra de sillonner effectivement tous les 10 districts. Mais tous les travaux peuvent-ils commencer en même temps, être réalisés suffisamment de manière avancée pour que je puisse y aller ? Je ne suis pas sûr. En tout cas, je crois qu’Hamed Bakayoko et Amadou Soumahoro sont d’accord pour que j’aille à Séguéla dans la deuxième quinzaine du mois d’avril. Ça, c’est acquis, je crois. Ce sont les gens d’Odienné qui souhaitent que la première quinzaine du mois d’avril qui leur est réservée soit reportée. Bien sûr, nous tenons compte des avis des cadres, des populations. Parce que c’est pour elles que nous faisons ces visites. Mais les travaux démarrent lentement quelquefois. Prenez le cas de San Pedro ; les fonds ont été dégagés mais il a fallu du temps pour faire tout ça. Ce n’est pas de notre faute. Mais s’agissant de la sélection des entreprises, il y a des difficultés entre les uns et les autres pour essayer de faire avancer les choses. Et puis, il y a des pluies, des intempéries, également.

Notre volonté c’est de tout faire mais je souhaite que les gens n’en fassent pas un grand problème. Si je n’ai pas le temps de le faire en 2015, compte tenu de tout ce que j’entends, je pense que nous serons encore avec vous en 2016. Donc j’aurai la période de 2016 à 2020 pour continuer les visites d’État. Moi j’aime bien le contact avec les populations. J’étais ému de voir que dans certaines régions, j’étais le premier Chef d’État à effectuer une visite d’État. Quand j’étais dans l’opposition, j’avais dit que pendant mon mandat, je visiterai toutes les régions. J’ai visité toutes les régions quand j’étais dans l’opposition. Et en tant que Président de la République, je vais visiter toutes les régions pour m’assurer que ce que j’ai promis est bien en voie de réalisation et voir quelles sont les nouvelles préoccupations, les nouvelles demandes des populations. C’est cela la politique.

Propos retranscrits par Ouattara Ouakaltio

Envoyé spécial à San Pedro

Source: Fraternité Matin

About admin

Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *

*

This site uses Akismet to reduce spam. Learn how your comment data is processed.