Derrière les “migrants”, le Capital, ses gouvernements, et l’Union Européenne…

Derrière les “migrants”, le Capital, ses gouvernements, et l’Union Européenne…

Menton-Vintimille… Depuis le début de l’été, les polices française et italienne sont  déployées sur la frontière. Entre les deux des centaines de « migrants », des réfugiés boat-people qui défraient la chronique estivale lorsque rescapés sur leur rafiot de fortune, ils viennent s’échouer sur le rivage méditerranéen.

Spectacle terrible, insupportable, qui se joue sous les yeux de vacanciers inquiets. La misère étalée au grand jour lorsque le gouvernement français –celui de Hollande, Valls, Cazeneuve aujourd’hui comme celui de Sarkozy, Fillon, Hortefeux hier- porte une part de responsabilités et fait régner l’ordre de l’apartheid européen…

L’apartheid européen

L’Union européenne est bien rôdée. Malgré les cris d’effroi qui se font parfois entendre lorsqu’en Hongrie un mur est érigé ou lorsqu’une gare est fermée pour interdire aux populations de bouger,  lorsque sur les rivages un enfant kurde de 3 ans est découvert noyé, tout est bien orchestré. Alors que les capitaux peuvent circuler sans contrôle, d’un simple clic, les femmes, hommes et enfants sont bloqués et peuvent crever. La fleur de la jeunesse africaine, syrienne, afghane, kurde, … fuyant les guerres ou les destructions climatiques dites « naturelles » vient s’empaler sur les barbelés de l’union européenne érigés par des gouvernements qui évacuent évidemment leurs propres responsabilités.

Les médias, commentateurs et hommes politiques parlent à l’unisson des « migrants ». Discours orwellien dont les mots permettent de camoufler la réalité. Des « migrants », et pourquoi pas de simples voyageurs victimes des aléas climatiques ? Il s’agit en fait pour l’essentiel de réfugiés qui cherchent à sauver leur peau en fuyant les conséquences d’un capitalisme avide, responsable de la situation tragique vécu à nos frontières.

– D’abord les guerres qui ravagent bon nombre de pays d’où partent des millions d’hommes, de femmes et d’enfants, trouvent leur origine dans la colonisation et ses violences. Par exemple, la Syrie, pays artificiel créé par les accords Syke-Picot (France-Grande Bretagne 1920), le Soudan pays non moins artificiel créé par les anglais qui mirent ensuite sous domination arabe un territoire peuplé à 80% de Nations noires, l’Afghanistan, mis à feu et à sang par ses différents envahisseurs, russes, yankee, et Otan…

Et sans remonter si loin, les aventures guerrières dans lesquelles se sont engagés Nicolas Sarkozy, François Hollande, la droite et la gauche réunies dans un même élan, (Lybie 2011 ou Mali 2013 par exemple) détruisant les Nations et les états, ont créé vide, trouble et désarroi dont les centaines de milliers de « rescapés » sont une des expressions visibles.

– Ensuite, la destruction climatique, chaque jour plus visible et dévastatrice, qui ravage avant tout les pays du sud. La loi du capital s’exprime là en toute clarté, mettant en danger tous les éléments constitutifs de la vie. Les accords de libre échange internationaux (le TAFTA par exemple) organisent le pillage des pays du sud. L’Union européenne et les Etats-Unis portent la responsabilité politique, économique, climatique du drame, des inondations et sécheresses qui menacent des millions d’êtres humains.

Ainsi l’Union européenne et nos gouvernements laissent aux frontières femmes, hommes et enfants qu’ils ont jetés sur les routes et sur les mers ! Alors ? Les « réfugiés » ne sont-ils pas l’expression d’un mode de développement, du capitalisme prédateur, des gouvernements avides de protéger les intérêts du capital financier, d’une architecture totalement bureaucratique et technocratique mise en place, telle l’union européenne, pour la seule protection du capital au détriment des intérêts des peuples toutes nationalités confondues….

Derrière les mots, des actes…

« C’est une tragédie mais aussi une interpellation » a déclaré François Hollande parlant de l’enfant de 3 ans noyé dont la photo a fait la « une » de la presse notamment dans les pays anglo-saxons. Et comme pour sauver la face, le gouvernement français se dit favorable à des « quotas » pour établir un nombre « acceptable » de « migrants accueillis ».

N’y a t’il pas derrière les mots un cynisme mal caché ?

La France n’aurait pas les moyens d’accueillir ces réfugiés comme des êtres humains sinon selon des quotas très limités alors que le Liban par exemple en accueille un nombre équivalent au tiers de sa population !

Le président de la république, s’il dit vrai, n’aurait-il pas les moyens d’imposer ses vues à son ministre de l’intérieur ? Lorsque sur les routes un réfugié doit parcourir une soixantaine de kilomètres pour se rendre de Vintimille en Italie à la préfecture de Nice afin de déposer un dossier, il doit ruser, trouver une voiture complaisante qui fera le chemin par la montagne afin d’éviter les barrages policiers établis sur l’autoroute où les contrôles au faciès sont devenus quotidiens.

La situation dramatique que connaissent des centaines de milliers de réfugiés ne met-elle pas en lumière le double discours qui se tient au sein de l’union européenne où les déckarations sur la coopération n’ont pas de limite, mais où les réfugiés sont dans les faits pourchassés, rejetés d’un point à un autre comme le seraient de simples déchets…

Le Cynisme, illustré par notre réfugié qui atteint les couloirs de la préfecture sans encombre pour se voir déclaré « dubliné ». C’est-à-dire refusé en France puisque initialement il a été repéré et déclaré ailleurs. En Italie en l’occurrence où le camp de la frontière, à Vintimille, est promis à un grand avenir…

Que penser alors de la déclaration présidentielle dans laquelle François Hollande déclare s’être adressé à la commission européenne et à ses homologues qui siègent dans les instances de l’UE pour qu’un « accueil acceptable » soit mis en place…

Duplicité, naïveté, ou Cynisme ? Quelle réponse ?

Plusieurs réponses sont esquissées, mais toutes risquent fort de laisser sur le bord du chemin le grand nombre de réfugiés qui attendent aide et solidarité et aspirent à être traités comme des êtres humains.

– Les quotas de François Hollande et de l’union européenne ne peuvent constituer une réponse satisfaisante pour ces centaines de milliers de réfugiés en attente de la moindre marque d’aide et de solidarité. Sans doute cela parviendra t’il à en secourir quelques-uns qui serviront alors de vitrine à l’Union Européenne pour mieux ignorer des centaines de milliers de nouveaux réfugiés qui inévitablement vont continuer d’affluer. Derrière les quotas se profile d’ailleurs les discours sur « l’immigration utile » en opposition à « l’immigration parasite » qui substitue à une considération humaine des réfugiés une simple considération de leur rentabilité.

– L’ouverture des frontières sans contrôle, la négation des nations qui seraient par nature opposées à la circulation des individus, thèmes chers aux « No Borders » qui organisent les camps aux frontières ne constituent pas plus une réponse aux « réfugiés ». Ces militants d’extrême gauche allemands, britanniques ou italiens pour l’essentiel substituent aux responsabilités politiques des gouvernants et du capital l’existence même des Nations. Une fois encore l’exemple libanais ou jordanien entre autre montre bien qu’une Nation a le pouvoir de décider pour elle-même, de s’ouvrir, d’accueillir, pour peu qu’elle le veuille. L’union européenne qui par essence combat également l’existence des nations et leur souveraineté constitue l’obstacle politique à l’accueil des réfugiés. C’est à la fois le paravent derrière lequel les Nations qui le désirent peuvent se camoufler pour ne pas prendre leurs responsabilités. François Hollande conditionne sa réponse à une rencontre avec ses homologues au sein de l’UE pour adopter une position commune. Mais que n’adopte-t-il pas une position française répondant à l’urgence, à l’éthique, à nos valeurs !

L’accueil des réfugiés politiques et climatiques en masse est moralement et humainement nécessaire. Cet accueil est par ailleurs politiquement et socialement possible contrairement à toutes les prévisions négatives concernant l’avenir de notre modèle social et de nos conquêtes ancestrales.

L’accueil des réfugiés pourraient ne pas être synonymes de destruction de notre système de santé, de redistribution, ou encore d’éducation qui est d’ailleurs déjà bien engagée.

L’accueil des réfugiés pourrait se faire non pas aux conditions du capital qui voit en réalité l’immigration toujours -et surtout si elle est clandestine- comme moyen de pression sur l’emploi, les salaires, la protection sociale, les services publics, etc…

L’accueil des réfugiés pourrait s’opérer aux conditions des salariés, des ouvriers, des jeunes pour peu qu’il soit lié à la volonté de défendre et développer les intérêts du travail et des travailleurs, quelle que soit leur nationalité.

En réalité la question des réfugiés, de leur accueil, des efforts à fournir en matière d’aide et de solidarité nous ramène une fois encore à l’essentiel : l’exigence de renforcement du cadre qui nous rassemble, la Nation, la défense de sa souveraineté, la détermination et la force à défendre et développer les principes qui nous fondent, les valeurs d’égalité, de fraternité, de liberté, de laïcité de la république, le combat pour promouvoir et faire triompher la république sociale.

Par Jacques Cotta

Source: La Sociale

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