Des femmes voilées privées de plage à Wissous : Une posture islamophobe outrancière

Trois femmes portant le voile ont été refoulées de la plage de Wissous (Essonne) samedi 5 juillet. Le motif : le règlement intérieur de Wissous plage, mis en place par le maire Richard Trinquier (UMP), interdit le port de signes religieux. Le Collectif Contre l’Islamophobie en France (CCIF) a été saisi par un collectif de citoyens indignés. Sa porte-parole, Elsa Ray, ne comprend pas cette interdiction.

 

Comme chaque été, la commune de Wissous (Essonne) a mis à la disposition de ses habitants et des vacanciers une plage éphémère.

 

Samedi dernier, une mère de famille accompagnée de sa sœur ont été refoulées de la plage par le maire lui-même, Richard Trinquier. La raison : elles portaient toutes les deux le voile.

 

Choquées et ne comprenant pas les arguments avancés par la mairie, ses femmes ont été contraintes de rebrousser chemin.

 

Le Collectif Al Madina de Wissous a alors saisi le CCIF et demandé immédiatement un rendez-vous avec M.Trinquier, qui est malheureusement resté campé sur ses positions. Pour nous, les arguments avancés par le maire de la commune sont totalement fallacieux. En voici les raisons.

 

1- Une “erreur” sur le vocabulaire employé

 

Le règlement de Wissous Plage stipule que “les signes religieux ostensibles sont interdits”. Richard Trinquier a posté sur son mur Facebook que cette interdiction concernait notamment les hijab, tchador et khimar. Vraisemblablement, le maire ne sait pas de quoi il parle.

 

Le “hijab” et le “khimar” désignent bien le voile que certaines femmes musulmanes portent sur leurs cheveux, laissant le visage apparent. En revanche, le “tchador” désigne une longue pièce de tissu qui recouvre intégralement certaines femmes vivant en Asie centrale (Afghanistan et Iran). Il n’existe pas en France. Or, M. Trinquier a précisé dans son post que les deux femmes qu’il avait refoulées portaient “le tchador”.

 

Les deux femmes en question portaient pourtant un simple foulard qui couvrait leurs cheveux !

 

Pourquoi utiliser ce terme, quand on sait tout ce qu’il recouvre ? Pourquoi déformer la vérité ?

 

2- La plage ce n’est pas l’école

 

Mais cela ne s’arrête pas là. M. Trinquier évoque dans ses déclarations la loi du 15 mars 2004, le joujou préféré des islamophobes qui s’en servent à tout va pour justifier leurs actes de discrimination.  Or, n’importe qui peut consulter un moteur de recherche et voir que la loi de 2004 dit ceci :

 

“Dans les écoles, les collèges et les lycées publics, le port de signes ou tenues par lesquels les élèves manifestent ostensiblement une appartenance religieuse est interdit.”

 

Or, jusqu’à preuve du contraire, Wissous Plage n’est pas une école et les femmes qui y venaient avec leurs enfants ne sont pas des élèves.

 

Le maire de Wissous s’emmêle les pinceaux, pensant justifier un acte de toute façon injustifiable. Il applique une loi qui s’adresse aux élèves inscrits dans les établissements du primaire et du secondaire à des usagers d’un lieu de loisirs. Évoquant évidemment – ça donne toujours du poids à un argumentaire creux – le principe de laïcité qui pourtant n’a strictement rien à voir là-dedans.

 

Si Wissous Plage est un établissement recevant du public (ERP) comme il nous l’explique, alors il suffit encore une fois de taper ERP dans n’importe quel moteur de recherche pour constater qu’un ERP, c’est tout simplement un endroit qui reçoit du public pour une activité donnée. Comme un supermarché, un fast-food, un cinéma, etc. Doit-on enlever sa kippa, sa croix ou son voile pour aller faire ses courses M. Trinquier ?

 

3- Un foulard n’est pas un voile intégral

 

Le maire va encore plus loin puisqu’il appuie également sa défense sur la loi du 11 octobre 2010, qui interdit la dissimulation du visage dans un espace public.

 

Un foulard recouvre vos cheveux, votre cou, peut-être vos épaules, mais ne cache en rien votre visage qui lui reste à découvert et parfaitement visible. On ne comprend donc pas bien ce que la loi du 11 octobre 2010 vient faire là-dedans.

 

Outré par cette manipulation juridique, le Collectif Al Madina a souhaité rencontrer le maire de Wissous en début de semaine. Ce dernier l’a reçu, mais campe sur ses positions.

 

M. Trinquier s’était déjà fait remarquer par le passé. En 1996, il s’octroyait le droit de porter une arme. En 2005, il réclamait l’interdiction du Parti communiste car il avait “trop de sang sur les mains”. Aujourd’hui, il s’en prend au voile.

 

Et la liberté de conscience ?

 

J’estime que lorsqu’un maire refuse à des citoyens l’accès à un lieu de loisirs ouverts à tous, il se doit d’expliquer correctement sa décision. Ici, ses arguments ne tiennent pas.

 

Dans notre Constitution, il existe cette chose trop souvent oubliée qui s’appelle la liberté de conscience. Ce principe fondamental, seul un législateur peut le restreindre, non un représentant du pouvoir exécutif. Et surtout pas dans de telles conditions ou sous de tels prétextes idéologiques.

 

Il est de son devoir de s’excuser

Si le maire reste campé sur ses positions, le CCIF engagera une action en justice pour faire casser ce règlement discriminatoire.

 

François Lamy, député PS de l’Essonne, a de son côté réagi en invitant “tous les démocrates de son conseil municipal à quitter sa majorité et à s’opposer à cette mesure.” “Je soutiendrai bien entendu toute initiative visant à faire annuler son arrêté par la justice” a t-il ajouté.

 

Tout le monde peut avoir des failles et se tromper, mais l’ignorance de M. Trinquier, premier magistrat de la commune, a tout de même un impact sur l’ensemble des Wissoussiens et s’apparente davantage à une posture islamophobe outrancière plutôt qu’à une simple erreur.

 

En est-on revenu au temps de l’apartheid ? Où certaines catégories de personnes n’ont pas accès aux mêmes lieux, aux mêmes services que les autres ? Est-ce normal que des enfants n’aient pas pu profiter des jeux comme les autres enfants parce que les convictions personnelles de leurs mamans indisposent le maire ?

 

Cet incident doit servir de leçon ! On ne peut pas discriminer des personnes en raison de leurs convictions religieuses en toute impunité, en utilisant la loi comme bon nous semble. A fortiori lorsqu’on est un élu de la République.

 

Lorsque ce règlement aura été invalidé, il sera de son devoir de s’excuser. C’est la moindre des choses.

 

Propos recueillis par Louise Auvitu.

 

Source: Leplus.nouvelobs

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