Désiré Porquet… : Le témoignage du Ministre Lia Bi DOUAYOUA

Désiré Porquet… : Le témoignage du Ministre Lia Bi DOUAYOUA

Pourquoi devons nous mourir, nous qui ne demandons qu’à vivre ? Pourquoi sommes nous abonnés à la mort, nous  qui par notre engagement politique ne recherchions qu’à faire vivre  les ivoiriens. Notre credo : la transition pacifique à la démocratie est pourtant bien connu de tous.

Oui, Désiré Porquet ne cherchait qu’à vivre. Tout simplement. C’est du reste  pourquoi, en avril 2011, pour échapper à la mort qui arpentait les rues et les domiciles d’Abidjan , Désiré a trouvé refuge au Ghana voisin. Malgré toute la sollicitude des autorités et du peuple Ghanéen, Désiré Porquet voulait retourner vivre dans son pays la Côte d’ivoire. Après donc plus de 3 ans d’exil et  la confirmation des charges contre le président Laurent Gbagbo, son ami de tous les temps, Désiré Porquet , comme nous autres, a été confronté à une lancinante, douloureuse, angoissante et difficile équation à plusieurs inconnues : rester ou partir ? Mettre fin à l’exil ou le prolonger ? Se laisser gagner par les appels au retour ou y résister ? Quitter ses camarades et prendre une décision solitaire ? A quel moment précis prendre cette décision cruciale du retour au pays natal , empreinte d’incertitudes ?

Avec  nous, ses compagnons d’infortune, nous avons fini par faire le pas ce lundi 10 Novembre 2014. Nous les 6 candidats volontaires au retour : Désiré Porquet, Lia Bi Douayoua, Yapo Atsé Benjamin, Edmond William Atteby, Ervé Siaba, Nadeaud Clément . Nous avons été précédés quelque semaines plutôt par  Le Dr Touré Amara, Chairman Francis  Guéi et Thierry Bouikalo… et nous avons été suivis plus tard par le Dr  Assoa Adou, Odette Bako Likikouet, Michel Guédé Zadi, Hubert Oulaye, Jacques Kacou et Brou Amessan Pierre. Des milliers d’autres Ivoiriens croupissent encore sous des tentes de fortune des camps de réfugiés du HCR au Ghana, Libéria, Togo, Bénin et dans plusieurs villes à travers le monde.

Cinq  jours avant notre arrivée, visiblement pressé de regagner son pays , la Côte d’Ivoire, Désiré Porquet avait quitté son ami Assoa Adou à Accra pour nous précéder à la frontière d’Elibou afin de  s’assurer des  conditions d’hébergement et des garanties sécuritaires. Comme Lele Gadoh Marguerite, la mère du président Gbagbo, Désiré Porquet ne savait pas qu’il prenait ainsi rendez vous avec la mort.

Laurent Gbagbo, Assoa Adou  et Desiré Porquet sont des amis de même génération. Ils sont presque tous nés au cours de la même année. C’est pourquoi ,même en exil,  Désiré Porquet partait constamment à la Haye pour rendre visite à Laurent Gbagbo . C’est aussi pourquoi Assoa Adou et Désiré Porquet ont partagé, plus de 3annés durant, le même hôtel  et la même résidence à Accra. Oui Désiré Porquet est mort en partie à cause de la force de ses convictions politiques et  de la profondeur de son amitié à un homme, Assoa Adou. Désiré Porquet n’a assurément pas supporté que l’homme, avec lequel il a partagé tant de jours difficiles en exil, soit arrêté ce Mercredi 7 janvier à 20H45, à son domicile, par un détachement de plusieurs agents des forces de l’ordre escortés par des chars . Désiré  Porquet, qui suivait heure après heure  cette rocambolesque affaire, a craqué ce vendredi 9 janvier quand Assoa Adou a été transféré à la Maison d’arrêt et  de correction d’Abidjan. Inculpé de cinq chefs d’accusation :

1-atteinte à la sûreté de l’état

2-complot contre la sûreté de l’état

3-organisation d’une bande criminelle

4-participation à une bande criminelle

5-Meurtres et complicité de toutes ces infractions

 Ce même jour fatidique, Désiré Porquet, victime d’un accident vasculaire  cérébral, ne s’est plus remis et nous a quitté, pour toujours, le 31 janvier 2015. Payant ainsi le prix le plus fort de l’engagement et de l’amitié. Lui, dans le bureau duquel trottaient  à la fois les Photos d’Ernesto Che Guevara, d’Ahmed Sekou Touré, de Kwamé N’kruma mais aussi un poster avec Laurent Gbagbo et  un autre avec Felix Houphouët Boigny. Oui, c’est bien dans ce bureau que dès notre retour d’exil, un mois durant, nous faisions régulièrement le point de nos démarches de facilitation à la crise profonde que traverse notre parti le FPI. Dans la recherche effrénée de solution à cette crise interne, Désiré Porquet, selon l’image populaire, était comme les mille pattes : il n’avait ni coté droit ni coté gauche. Il voulait  tout simplement aller à un congrès unitaire ,à une fête comme nous en avions toujours organisée au Fpi. Helas ! Désiré Porquet avait même fait une réservation dans une agence de voyage pour retourner rencontrer Laurent Gbagbo à la Haye en cas de nécessité. Double fois héla !

Desiré, l’église catholique de Côte d’Ivoire, ton église, termine chaque dimanche sa prière pour la paix, tirée de la Prière de Saint François d’Assise  par  ces termes : C’est en pardonnant qu’on est pardonné. C’est en mourant qu’on ressuscite à la vie éternelle .Te connaissant, Désiré, nous savons que tu as déjà tout pardonné.

Que donc  en retour, le Seigneur, dans sa bonté infinie, te pardonne aussi toutes tes fautes et te ressuscite à la vie faite de plénitude.

Nos condoléances à Hélène ton épouse , à tes enfants,  à Romain et à toute la famille Porquet.

Désiré , nous ne t’oublierons jamais . Ne nous oublie pas non plus. N’oublie pas  tes camarades encore en prison et en exil.

Adieu Désiré…c’est sûr, nous nous retrouverons un jour de l’autre côté.

Pour tes amis

Le Ministre Lia Bi DOUAYOUA

 

 

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