Devoir de mémoire et l’enjeu 2020 (Libre opinion de Alice-Rosine Bécan Tiékpa, 2ème partie)

Les dates du 9 au 10 septembre et le 17 septembre 2017 ont servi de  cadres pour tenir d’une part, le 3ème congrès ordinaire du RDR et d’autre part, la 3ème édition de l’« APPEL de Daoukro » ; un plus que Super Congrès Ordinaire pour le PDCI-RDA. A ces occasions, les deux supers régnants sur notre pauvre pays, la Côte d’Ivoire,  (Konan Bédié et Dramane Ouattara) s’adressant à leurs obligés respectifs ont délivré des messages qui se télescopent  comme dans un dialogue de sourds ; suivons-les  alternativement dans ces morceaux choisis :

Dramane Ouattara : « Les conditions étaient difficiles, incroyablement difficiles à cette époque. Mais notre parti a survécu et prospéré grâce à vos énormes sacrifices et à votre forte mobilisation. Ces moments intenses et exceptionnels nous ont permis d’avancer. Ils doivent nous inspirer aujourd’hui, au moment de la relance de notre dynamique » ;  « Chers frères, chères sœurs, chers jeunes, ce troisième congrès, qui intervient après les Congrès ordinaires d’août 1994 et de février 2008 et les Congrès extraordinaires de janvier 1999 et d’août 1999, témoigne de la vitalité et du dynamisme du RDR ».  « Je suis heureux de constater que le RDR est resté debout, fidèle aux valeurs que nous avons défendues dès le début, à savoir la fraternité, la solidarité, la justice sociale. En même temps, elles nous ont donné des atouts pour la conquête du pouvoir ». « Comme le comité scientifique du congrès l’a établi, le RDR ne s’est pas battu pour seulement gagner les élections, nous nous sommes également battus pour le vote à 18 ans, pour des urnes transparentes, pour une plus grande responsabilité des bureaux de vote »

Konan  Bédié : « Tout d’abord, personne ne peut oublier la crise postélectorale qui a coûté la vie à nombre de nos frères et sœurs, jeté nos enfants et nos femmes dans les rues. Le sang a largement coulé et certains de nos frères sont toujours en exil. Je tiens à rappeler que dans un couple ou dans une alliance, il y a toujours des hauts et des bas. Une anecdote bien de chez nous apprend que la langue et les dents se trouvent dans une même cavité, la bouche ; il arrive aux dents, de temps à autre, de mordre la langue qui ne sort pas pour autant, de cette cavité. C’est la nature des choses. C’est pourquoi nous devons tous désarmer nos plumes et nos langues, taire nos querelles de clocher, nos verbiages creux et nos dérives langagières, pour aller vers un seul objectif, celui de renforcer notre alliance, le RHDP pour assurer la paix que nous a léguée le père de la nation, le Président Félix Houphouët –Boigny ».

Mon exercice critique-Dramane Ouattara : En évoquant, à travers ce qui suit, le passé douloureux du RDR sous les régimes prétendus autocratiques qui l’ont précédé, Dramane, en commandant en chef, magnifie l’exploit sanguinaire que sa troupe RDR a réalisé comme représailles contre les populations issues des tenants de ces régimes mis à l’index.  « Les conditions étaient difficiles, […] Mais notre parti a survécu et prospéré grâce à vos énormes sacrifices et à votre forte mobilisation. […] nous ont permis d’avancer. Ils doivent nous inspirer aujourd’hui, au moment de la relance de notre dynamique »  A mots couverts, il invite ses militants à intégrer qu’il n’est pas question, au moment de relancer leur dynamique, d’oublier ni d’abandonner les gourdins, les sabres, les mousquets, les kalachnikovs et autres armes de tueries et de tricheries qui ont permis son arrivée à la tête du pays, car, on ne chance pas l’équipe et les stratégies qui font gagner. Le 3ème mandat que je veux obtenir en 2020 en dépend se l’imagine-t-il. Dramane poursuit en s’engouffrant dans une funeste litanie et se gargarise du souvenir de ces hauts faits dramatiques à coup de morts d’innocents ivoiriens.

Ainsi chronologiquement, 1994 correspond à l’instrumentalisation du FPI par Dramane dans le cadre du front républicain (RDR-FPI) qui a débouché sur le boycott actif des présidentielles de 1995 en incubation ; sur des tueries en masse et exodes des paysans de l’ethnie du Président en exercice Henri Konan Bédié ; sur la tentative avortée du 1er coup d’Etat. 1999 évoque la maturité du coup d’Etat habile qui sera perpétré avec succès dans moins de 4 mois, soit le 24 décembre 1999. Et 2008 se rapporte au bilan d’étape satisfaisant  de la rébellion meurtrière (19 septembre 2002) et de l’évaluation du niveau d’atteinte consensuelle du complot international pour opérer le rapt sur les présidentielles d’octobre-novembre 2010 en faveur de Dramane. Un tel flash back ne peut que pousser Dramane à jubiler sur ses non valeurs : « […] témoigne de la vitalité et du dynamisme du RDR ». « Je suis heureux […] le RDR est resté debout, fidèle aux valeurs que nous avons défendues dès le début, […] En même temps, elles nous ont donné des atouts pour la conquête du pouvoir ». De quelles valeurs parle-t-il ce Dramane ? Tout cela n’est que de l’extravagance morale parfumée par la démagogie excessive du guerrier et guerroyeur  Dramane. Qu’en est-il de mes critiques sur le discours de Bédié ?

Konan  Bédié : Par sagesse et soucieux d’aller de l’avant, Konan Bédié s’est limité à la crise postélectorale de 2011 sans évoquer la rébellion et les autres circonstances de tueries qui auréolent Dramane des joailleries de démon et du parfum de Satan le diable : « Tout d’abord, personne ne peut oublier la crise postélectorale qui a coûté la vie à nombre de nos frères et sœurs, jeté nos enfants et nos femmes dans les rues. Le sang a largement coulé et certains de nos frères sont toujours en exil. […] dans un couple ou dans une alliance, il y a toujours des hauts et des bas. […] la langue et les dents se trouvent dans une même cavité, […] ; il arrive aux dents, […], de mordre la langue qui ne sort pas pour autant, de cette cavité. […].[…].Bédié ne partage pas l’idée de Dramane qui consiste à recourir systématiquement à prendre le maquis et en ressortir comme une panthère pour verser le sang comme si c’était la meilleure arme de dialogue politique. C’est ainsi qu’il lui a retourné le miroir de ses horreurs de 2011. Bédié n’admet pas non plus que son petit frère superfétatoire ou (abus du verbe) conçoive que, ses ambitions superposées les unes aux autres ont commencé aux abîmes pour arriver au firmament de sa gloire avec son club RDR. Bédié de recadrer Dramane ainsi : « nous devons tous désarmer nos plumes et nos langues, taire nos querelles de clocher, nos verbiages creux et nos dérives langagières ».

En effet, pour Bédié, il n’est plus question que Dramane entraine ses suiveurs du RDR et la communauté internationale dans un encerclement d’esprit. Forfaiture cousue de démagogie, de mensonges et d’orfraies en vue de monter toute une armée pour manœuvrer contre les populations suffisamment éprouvées par la gouvernance dramanocratique à visage d’enfer. Une gouvernance de purge financière, ethnique, morale, sociale, religieuse, tribale et de travail. Ce qui sous-entend que le couvert-catastrophe de Dramane n’aura plus lieu d’être remis pour 2020. En criant aux orfraies pour ameuter ses loups ravageurs de vies humaines, à sa solde ; Dramane oublie que le coup d’Etat de 1999 et la rébellion de 2002 sont les sources de déflagration du climat sociopolitique en Côte d’Ivoire. Car, chaque fait a une cause comme chaque métal a une mine. Bédié enfonce le clou et détourne Dramane de ses non-valeurs en lui indiquant que le vrai combat essentiel d’aujourd’hui est ailleurs : « aller vers un seul objectif, celui de renforcer notre alliance, le RHDP pour assurer la paix que nous a léguée le père de la nation, le Président Félix Houphouët –Boigny ». Ô paix Houphouëtienne que Dramane oublie trop souvent.

Conclusion : Souventes fois, les propos de Dramane me font penser au récit du Sage Amadou Hampâté Ba dans son recueil de contes « La Poignée de Poussière ». Parmi ces beaux contes, celui-ci : SATAN ET LA FOIRE CATASTROPHE campe parfaitement Dramane dans toutes ses dimensions. Dans ce conte, il est mis en exergue les vilains sentiments tels le goût prononcé à ne jamais être reconnaissant de rien à personne ; tout ce qui pousse l’homme à braver par orgueil un péril sans nécessité réelle  et le déplaisir que l’homme éprouve à voir un autre réussir. On déduit de ce conte, l’égoïsme (Dramane étant Voltaïque ‘’Burkinabè’’« cette thèse a été confirmée par une voix de notoriété mondialement crédible lors des dernières assises de l’ONU », il ne peut admettre qu’un Ivoirien bon teint réussisse dans son propre pays qu’il lui a volé) ; tout doit être pour lui et son clan et rien pour les autres. L’ingratitude (Dramane a payé Houphouët, Bédié et Gbagbo par son ingratitude, (eux qui l’ont fait roi par naïveté politique de bonne foi) et l’obstination exagérée à braver le péril (était-il nécessaire pour un être humain né d’une femme de chair humaine de déployer des grêles de plombs enflammées sur les populations d’un pays comme moyen d’accès au pouvoir) ? Or, Dramane l’a fait.

Par ailleurs, Dramane peut-il affirmer sans sourciller ceci : « […], le RDR ne s’est pas battu pour seulement gagner les élections, […] à 18 ans, […] transparentes, […] plus grande responsabilité des bureaux de vote ».  Un tel désaccord avec la vérité pour le pas dire conflit perpétuel avec la vérité que Dramane affiche et entretient au grand jour lui fait perdre le peu de crédit qui lui reste. Nous savons tous que les acquis électoraux qui se traduisent par le vote à 18 ans, les urnes transparentes et la responsabilité des bureaux de vote sont à mettre à l’actif conjoint des Présidents Gbagbo Laurent et  Houphouët-Boigny avec, bien sûr, la bénédiction du PDCI-RDA et du FPI. Au-delà d’un tel mensonge indigeste et constipant, Dramane  peut-il soutenir que sous Youssouf Bakayoko (CEI) et Mamadou Koné (Conseil Constitutionnel), toutes les élections, depuis 2010, ont obéi aux standards de crédibilité, de transparence, d’inclusivité et de sécurité pour permettre aux bureaux de vote d’exercer leur responsabilité afin que la vérité des urnes jaillisse ? Ivoiriennes, Ivoiriens, plus le temps s’égraine, plus Dramane nous recouvre de son épais manteau noir qui éloigne notre horizon de la portée de notre vue ; mais tout finit et, jamais, Dramane ne sera des nôtres. A bientôt pour la 3ème partie de ma libre opinion.

Alice-Rosine Bécan Tiékpa

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