Devoir de mémoire: Mardi 27 Octobre 1987. Ce jour qui rappelle le carnage du regime Compaoré à Koudougou

Devoir de mémoire: Mardi 27 Octobre 1987. Ce jour qui rappelle le carnage du regime Compaoré à Koudougou

La scène est insoutenable. Elle montre, selon notre source, un sous-lieutenant de l’armée burkinabé, un certain Gaspard Somé, sauter la cervelle d’un officier du Bataillon d’intervention aéroportée (BIA), en captivité.

“Le 27 octobre, au petit matin, Koudougou est assiégé. d’Est en Ouest, du Nord au Sud, des coups de canons retentissent dans la ville. Une peur générale s’empare de ses habitants. Quelques temps après, nous ne saurons combien exactement, les troupes au sol font leur pénétration.

Malgré le chaos, certains tentent de fuir la ville. Surpris par les évènements, Yaméogo Zougréma Mathias, maçon de son état, est littéralement tué par un obus, alors qu’il prenait sa calebassée de dolo avant de se rendre à son chantier. La radio nationale avait pourtant annoncé qu’il n’y avait pas eu de victimes parmi les civils. Mensonge. Le lieutenant Somé Gaspard et ses hommes n’ont laissé aucune chance de survie aux militaires du BIA.” (Cf. Libérateur n°27 du 05 novembre 2006).

Des militaires reconvertis en assassins !

Parmi les libérateurs de Koudougou, on distingue des officiers de haut rang, tous promus aujourd’hui par le pouvoir en place, à des postes de responsabilité différente. A l’époque, parmi les cerveaux qui ont organisé le carnage koudougoulais, on peut citer Gilbert Diendéré, Laurent Sedogo, Gaspard Somé, le neveu de Somé Yorian Gabriel, assassiné après le 4 août 1983.

D’autres militaires venus de Pô, Ouagadougou, Bobo et d’autres régions ont également participé à la traque des hommes du BIA. Au total, 6 officiers, 5 sous-officiers et hommes du rang ont été exécutés, les corps brûlés, et entassés à même le sol. Parmi les tués, il y a Ky Bertoa, Sanogo Elysée, Sanou Jonas, Sakandé Abdramane, Oubda Timothée, Daniel Kéré, Sango Ousmane, Yaméogo Zouli, etc.

La ville de Koudougou, selon le quotidien d’Etat Sidwaya, dans sa livraison N°° 889 du vendredi 30 octobre 87, s’apprêterait à vivre une guerre qui opposerait les hommes de Boukary Kaboré, commandant à l’époque du BIA, aux autres troupes libératrices venues de Ouagadougou. La propagande gouvernementale avait été mise au service de militaires reconvertis en assassins, pour justifier le carnage de Kiogo.

Des sources concordantes, il n’y a jamais eu d’affrontement entre les éléments du BIA et le reste de l’armée. Ceux-ci se sont simplement rendus pour éviter aux civils de payer un lourd tribut dans un règlement de comptes politico-militaires.

Une question revient donc : pourquoi a-t-on assassiné des militaires sans armes, qui s’étaient d’ailleurs rendus ?

En examinant de très près la question, on se rend compte qu’elle trouve une réponse partielle dans les événements du 15 octobre : le nouveau régime était “venu pour tuer “. Les rares survivants de cette violence l’ont été soit par miracle, soit par la volonté de certains hommes qui, à la dernière minute, ont tenté de faire preuve d’humanisme. Ensuite, faut-il le dire, le BIA était connu sur son soutien indéfectible à Thomas.

Au lendemain du 15 octobre, le capitaine Boukary Kaboré dit le Lion avait déclaré ceci : “Nous ne pouvons à la fois pleurer Sankara et apporter notre soutien à ceux qui l’ont tué”. Le pouvoir en place a considéré ces paroles comme une déclaration de guerre. Ils étaient décidés à sauver leur fauteuil, au risque de “rayer Koudougou” de la carte du Burkina.

Que ressent le colonel Bonkian aujourd’hui, lui qui a participé au massacre de Koudougou ?

Que ressentent Gilbert Diendéré, Laurent Sedego et tous les officiers qui ont exécuté cette mission macabre ?

Promus par Blaise Compaoré, peuvent- ils oublier l’odeur de ces corps brûlés à la paille, cette bâché transportant les cadavres fraîchement mis en sac, pour le reste de leur vie ?

De sources dignes de foi, les militaires s’étaient saoulés avant de faire cette sale besogne. Cependant, l’effet de l’alcool fut éphémère. Après, la réalité de la vie les a rattrapés : ils sont dans une prison d’où ils ne sortiront jamais indemne. La preuve, aucun d’entre eux n’évoque cette période, qui leur colle pourtant dans leur rêve. Cauchemar, démence, ivresse du luxe, leur rappelle chaque jour qu’ils vont solder leurs comptes, ici-bas.

Ils essaient tout, sans jamais parvenir à ôter certains souvenirs de leur mémoire. Puis, ils finissent par demander secours à la religion, deviennent tout d’un coup généreux.
Certes, l’un des cerveaux de ces exécutions, Gaspard Somé, n’est plus de ce monde. Mais le reste est là, ils doivent parler. Tôt ou tard, les survivants vont parler, ils vont raconter dans les moindres détails ce qui s’est réellement passé à Koudougou le 27 octobre 1987. Même si certains d’entre eux sont mourants, ils ne vont pas tous s’en aller.

C’est pourquoi nous demeurons convaincus que la vérité se saura un jour, avec ou sans Blaise Compaoré. C’est après cette vérité que la vraie réconciliation jaillira, et, enfin, comme l’avait imaginé le poète allemand Friedrich Novalis:

“les astres reviendront visiter la terre d’où ils se sont éloignés pendant nos temps obscurs ; le soleil déposera son spectre sévère, redeviendra étoile parmi les étoiles, toutes les races du monde se rassembleront à nouveau, après une longue séparation, les vieilles familles orphelines se retrouveront et chaque jour verra de nouvelles retrouvailles, de nouveaux embrassements ; alors les habitants du temps jadis reviendront vers la terre, en chaque tombe se réveillera la cendre éteinte, partout brûleront à nouveau les flammes de la vie, les vieilles demeures seront rebâties, les temps anciens se renouvelleront et l’ histoire sera le rêve d’un présent à l’étendue infinie”.


 Devoir de mémoire: Mardi 27 Octobre 1987. Ce jour qui rappelle le carnage du regime Compaoré à Koudougou

Source : Le libérateur N°43 du 05 au 19 novembre 2007

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