Devoir de mémoire ou le regard de Me Kouassi André sur la crise politique ivoirienne

Devoir de mémoire ou le regard de Me Kouassi André sur la crise politique ivoirienne

Le 11 avril 2011 restera à jamais gravée dans la mémoire des Ivoiriens comme le jour où toute la Côte d’Ivoire a été véritablement balafrée par les forces coalisées du mal conduite par la communauté internationale. Ce jour-là, l’armée française et les forces de l’Onu ont opéré un coup d’Etat sanglant contre le Président démocratiquement élu des Ivoiriens, Laurent Gbagbo. Manquant d’assassiner leurs principales cibles, ces forces du mal arrêtent le Président Gbagbo et son épouse Simone. Plus tard, le Président Laurent Gbagbo sera traduit devant la CPI et son épouse devant les juridictions ivoiriennes. Mais en fait, le 11 avril 2011 marque l’aboutissement honteux d’une tentative de coup de force qui a débuté en 2000. C’est ce que nous rapporte le vice-président du FPI, Me Kouassi André.

Introduction

Dans la vie des sociétés, la connaissance de la vérité est une condition indispensable à l’harmonie entre les membres de la communauté. La vérité est incontournable, parce qu’elle seule permet aux membres d’une communauté de mieux comprendre les situations objectives et de mieux lutter en toute connaissance de cause contre les tendances rétrogrades au sein de leur société. Dans un Etat moderne, le combat pour la vérité consolide la crédibilité des institutions républicaines et renforce par la même occasion la démocratie, la paix et le progrès social.

La crise politique que vit la Côte d’ivoire est dans le fond une crise pour la reconquête du pouvoir d’Etat qui a échappé à ceux qui se réclament héritiers d’Houphouët. Avant octobre 2000, cette crise était interne à ceux qui se réclamaient de la doctrine houphouétiste. Il s’agissait d’une crise relative à la succession au Président Houphouët dans le cadre de son parti. La lutte entre les héritiers d’Houphouët a commencé en novembre 1990, lorsqu’un poste de Premier ministre a été créé au niveau de l’Exécutif, et le président de l’Assemblée nationale a été fait dauphin constitutionnel. La lutte interne était larvée du vivant du Président Félix Houphouët-Boigny, elle s’est révélée au grand jour le 7 décembre 1993, à l’occasion du décès du premier Président.

En effet, certains des héritiers souhaitaient l’application des dispositions constitutionnelles, alors que d’autres militaient pour le remplacement des règles en vigueur par des arrangements politiques. La première tendance de prétendants, conduite par le dauphin constitutionnel, s’est installée dans le fauteuil présidentiel, contre la volonté des autres prétendants. Cette situation a radicalisé les contradictions au sein de l’ancien parti unique, ce qui a conduit à une rupture en 1994. Cette rupture s’est matérialisée par la création d’un nouveau parti politique, le Rassemblement Des Républicains (RDR), sorti des entrailles du Parti Démocratique de Côte d’Ivoire (PDCI) ancien parti-unique. A l’origine, sous la conduite de Djéni Kobénan, le secrétaire général fondateur, le RDR se voulait et était un parti centriste.

Après la mort de Djéni Kobénan en 1998, Alassane Ouattara fait son adhésion au RDR en août 1998 et en devient le président. Sous sa direction, le RDR adopte les pratiques des partis d’extrême droite, à savoir : la violence, la perversion de l’information, l’intoxication, le tribalisme et l’utilisation de la fibre affective des masses non formées politiquement. Le vandalisme des militants du RDR a conduit la direction de ce parti en prison en 1998, sur la base d’une loi dite anti-casseur introduite dans l’ordonnancement juridique ivoirien en 1992 par Alassane Ouattara lorsqu’il était Premier ministre de 1990 à 1993.

Les arrestations des dirigeants du RDR et le mandat d’arrêt international, lancé par le gouvernement Konan Bédié contre Alassane Ouattara en 1999 aggravent la crise entre ceux qui se réclament de l’héritage d’Houphouët. Alassane Ouattara a alors menacé de frapper le régime d’Abidjan de le frapper pour le faire tomber. Le 24 décembre 1999, le régime Bédié tombe effectivement par un coup d’Etat sous l’action de soldats en majorité proches de M. Alassane Ouattara. Mais, les militaires pro-Ouattara n’ont pas été en mesure de placer leur mentor au sommet du pouvoir d’Etat du fait des contradictions internes à la junte militaire.

Le RDR reste toutefois le parti dominant avec ses alliés dans le premier gouvernement de la transition militaire. Mais, ce qui intéressait le RDR était que M. Alassane Ouattara soit le chef de l’Etat. Pour parvenir à cette fin, les militaires proches du RDR et de M. Ouattara ont à plusieurs reprises tenté de renverser le chef de la junte militaire. Toutes ces initiatives ont été sans succès et les auteurs et complices ont déserté l’armée pour se réfugier au Burkina Faso, où ils s’organisaient pour attaquer la Côte d’Ivoire. Il apparaît donc clairement que, pendant la durée de la transition militaire (10 mois), la tension est restée vive entre ceux qui voulaient remettre le pouvoir au chef du RDR et ceux qui y étaient opposés. Les contradictions vont toutefois se déplacer, lorsqu’à la fin de la transition militaire, la chambre constitutionnelle de la cour suprême a rejeté les dossiers des candidats du PDCI et RDR à l’élection du Président de la République.

En effet, à défaut des anciens gouvernants du PDCI et du RDR toutes les classes économiquement dominantes, aussi bien en France qu’en Côte d’Ivoire, espéraient une victoire du candidat de la junte qui était lui aussi un prétendant à l’héritage politique d’Houphouët. En Côte d’Ivoire, le PDCI et le RDR espéraient secrètement que le chef de la junte militaire allait confisquer le pouvoir en cas de défaite électorale. Ce souhait reposait sur deux considérations qui sont que :

– Le PDCI et le RDR n’ont pas accepté et intégré dans leur conscience l’idée de l’alternance pacifique des partis politiques au pouvoir, par le jeu démocratique de l’élection. Or, cette pratique, est une conséquence du multipartisme ;

-La droite française et ses alliés houphouétistes de Côte d’Ivoire, étaient opposés à une remise en cause de l’ordre économique et politique établi au lendemain de l’indépendance.

Le 25 octobre 2000, l’armée a effectivement tenté de confisquer le pouvoir, mais à la grande surprise des autorités françaises et des houphouétistes ivoiriens, une mobilisation extraordinaire du peuple ivoirien a empêché le hold-up électoral de la junte militaire. Ainsi, la Commission nationale électorale (CNE) a pu continuer son travail de compilation des résultats et le candidat Laurent Gbagbo a été déclaré élu avec plus de 59% des suffrages exprimés. C’est alors que la direction du RDR fait descendre ses militants dans la rue en vue de prendre le pouvoir par la force. Cette entreprise s’est soldée par un échec, mais la mise en place des institutions de la Deuxième République a été difficile.

I/ Une difficile mise en place des institutions de la IIème République

  1. La campagne de diabolisation

Après sa défaite dans la rue face à la population, le RDR s’est engagé dans une campagne médiatique contre le nouveau pouvoir, pour le discréditer. Le 27 octobre 2000, pendant que le premier Président de la Deuxième République mettait en place son premier gouvernement, le RDR concevait et réalisait le premier acte de diabolisation du nouveau régime. En effet, ce qui a été baptisé «charnier de Yopougon» était un montage grossier du RDR, dont la presse française avait servi de relais pour porter l’intoxication et la désinformation sur la réalité des faits sociaux en Côte d’Ivoire. A cette époque déjà, les Houphouétistes et leurs complices français fabriquaient les éléments de toutes les accusations politiques, destinées à préparer l’opinion internationale à accepter un coup d’Etat contre la Président Laurent Gbagbo.

Après le «charnier de Yopougon», la presse étrangère, française en particulier, avait propagé de nombreux autres préjugés, tels que : «Côte d’Ivoire poudrière identitaire» de Bénoît Schauer, «Les escadrons de la mort», «L’utilisation des enfants esclaves dans la production du cacao et café», «L’affaire Guy André Kieffer» etc. Toutes ces fausses accusations du camp Ouattara servaient de prétexte aux forces politiques françaises de la droite officielle et celles de la droite qui s’ignorent, de conclure sans enquête préalable, que le Président Laurent Gbagbo était «infréquentable». Pendant que la presse des partis houphouétistes et les médias français continuaient de propager les fausses accusations contre le Président Laurent Gbagbo, son gouvernement, les membres de sa famille et ses proches collaborateurs, le RDR multipliait les actes insurrectionnels.

Le PDCI présent à l’Assemblée nationale tentait de son côté de bloquer la mise en place des institutions de la Deuxième République. Certains syndicats ou centrales syndicales proches des Houphouétistes, avaient la charge de mettre le pouvoir en difficulté dans ses relations avec les milieux des travailleurs.

– S’agissant des actions du RDR, elles avaient toutes un caractère insurrectionnel. Elles ont été nombreuses avant le 19 septembre 2002. Nous pouvons rappeler l’insurrection manquée du 4 décembre 2000 relative au refus de participer aux élections législatives. A l’occasion de cette manifestation, le RDR a utilisé les méthodes de violence des partis fascistes. Les militants du RDR ont en effet, tué des agents de police et égorgé un fonctionnaire civil d’une régie financière. Le RDR a aussi à sa charge, les tentatives de coup d’Etat du 7 janvier 2001 et du 7 février 2001 et le coup d’Etat de la Mercédès noire.

– S’agissant du PDCI, ce parti avait refusé de voter les lois sur la décentralisation. Le PDCI avait aussi refusé de voter les lois organiques relatives à la mise en place des juridictions supérieures que sont la cour de cassation, le conseil d’Etat et la cour des comptes. Le PDCI s’est aussi illustré par sa tentative de prise en otage des conseils généraux de départements. Le PDCI ne souhaitait pas que les textes sur la décentralisation soient adoptés sous la gouvernance du Président Laurent Gbagbo qui n’est pas un produit du creuset du parti unique. Mais une fois le texte voté, certains cadres du PDCI ont lutté pour prendre la tête des conseils généraux, pour tenter de faire croire que l’initiative de leur création n’était pas une bonne idée. Toutefois, les quelques cadres du PDCI qui avaient à cœur les intérêts de leurs populations ont fait de grandes réalisations sociales grâce aux conseils généraux.

– S’agissant du front social, l’avènement du Président Laurent Gbagbo au pouvoir d’Etat en Côte d’Ivoire, a permis de briser le mythe de la doctrine du syndicalisme de participation de l’Union Générale des Travailleurs de Côte d’Ivoire (UGTCI). Rappelons qu’après sa création en 1962, l’Union Générale des Travailleurs de Côte d’Ivoire n’a fait grève qu’en 1967. Depuis lors, l’UGTCI a mis en relief sa doctrine syndicale et a déposé chaque année à l’occasion de la Fête du Travail, le 1er Mai, son cahier de doléances au chef de l’Etat. Mais subitement, avec l’arrivée au pouvoir du Président Laurent Gbagbo, l’UGTCI a abandonné sa doctrine initiale de syndicalisme de participation pour emprunter la méthode du syndicalisme de revendication. Ainsi, l’UGTCI a eu l’initiative de nombreuses grèves dans la fonction publique même pendant la période de la rébellion de 2002 à 2010. Or par pudeur, certains leaders syndicaux ne voulaient pas recourir à la grève, à cause de la situation de guerre. En réalité, les grèves de l’UGTCI, celles du CNEC de M. Traoré Flavien, celles du SYNESCI (Soro Mamadou), et celles du MIDD de Komoé Mesmin, contribuaient toutes à mettre en difficulté la gouvernance du Président Laurent Gbagbo. De manière consciente pour les uns et de façon naïve pour d’autres, les syndicats et centrales syndicales qui organisaient les grèves ont contribué à fragiliser le pouvoir de la Refondation sur le front social. L’attaque terroriste du 19 septembre 2002 a montré clairement que les anciens dirigeants du pays et la droite française préparaient en secret d’un commun accord, une attaque armée contre la Côte d’Ivoire. A l’avènement du Président Laurent Gbagbo au pouvoir le 26 octobre 2000, la Côte d’Ivoire était en cessation de paiement de sa dette extérieure. Elle s’élevait à plus de 6000 milliards FCFA. Aussi, les institutions financières internationales avaient-elles rompu leur coopération avec la Côte d’Ivoire. En effet, suite au scandale des 18 milliards FCFA de l’Union Européenne gérés par le ministère de la Santé publique et face à l’incapacité du pays à honorer les échéances de sa dette extérieure, l’Union Européenne et à sa suite la Banque Mondiale et le Fonds Monétaire International ont abandonné l’Etat ivoirien. Les différents secteurs de l’économie nationale, le secteur des finances en particulier, était dans un état de délabrement avancé et cela a été un handicap pour le premier gouvernement de la Deuxième République. Les ennemis du Président Laurent Gbagbo espéraient pouvoir profiter des faiblesses de l’économie ivoirienne pour créer des remous sociaux. Mais les performances du gouvernement dans la réforme de l’économie et des finances ont dérouté ceux qui rêvaient de voir le Président Laurent Gbagbo être chassé par des soulèvements sociaux. En effet, au 31 décembre 2001, le gouvernement qui avait adopté un budget basé sur les ressources propres du pays (budget sécurisé), était parvenu à solder tous les arriérés de dettes laissés par ses prédécesseurs. Déboussolés par le succès de la politique de la Refondation, les Houphouétistes et leurs alliés français ont préparé en secret l’agression contre les institutions de la IIème République.

2.L’attaque du 19 septembre 2002

Dans la nuit du 18 au 19 septembre 2002, quelques déserteurs de l’armée ivoirienne, aidés par des mercenaires de la sous-région ouest africaine ont tenté de renverser le Président Laurent Gbagbo. Mais, ce coup d’Etat a été un échec, du fait de la résistance des forces loyalistes. Les assaillants ont été repoussés jusqu’à Bouaké au Centre du pays. Le gouvernement ivoirien était sur le point de chasser ces assaillants de la ville de Bouaké, lorsque le gouvernement français a demandé à l’Etat ivoirien de lui laisser le temps d’évacuer ses ressortissants de cette ville. La France a mis à profit le temps qui lui a été laissé en vue d’évacuer ses nationaux, pour doter en armes et organiser les assaillants pour constituer une rébellion à partir de Bouaké. La rébellion du MPCI s’attaquait de manière ciblée à certaines ethnies (Bété, Akyé, Abey, Dida, Gouro, Guéré). Ils s’attaquaient surtout aux militants du FPI toutes ethnies confondues. Les agresseurs ont réduit en ruines plusieurs villes, villages et campements, et ont délesté de nombreuses familles de leurs biens accumulés sur plusieurs générations. Après l’attaque du 19 septembre 2002, la France ne souhaitait pas la restauration de l’autorité de l’Etat en Côte d’Ivoire. Elle voulait la réinstauration d’un ordre politique et économique néocolonial. C’est dans ce but que les autorités françaises ont organisé l’échec des négociations de Lomé, pour prendre le dossier en main.

i / L’accord de Linas Marcoussis ou le «coup d’Etat en gants blancs»

  • La réunion des partis politiques et des groupes rebelles en France

L’accord de Linas Marcoussis avait pour unique but de confier la réalité du pouvoir d’Etat aux alliés de la France en Côte d’Ivoire. Il a été conclu en l’absence de l’Etat de Côte d’Ivoire. Tous les rappels de l’attachement à la constitution et au principe de l’accession au pouvoir par des moyens démocratiques dans cet accord n’étaient que de la pure démagogie. La préoccupation réelle des dirigeants français étaient d’éjecter le Président Laurent Gbagbo du pouvoir, en vue de redonner à la françafrique ses droits en Côte d’Ivoire. Tous les accords politiques voulus par la France visaient comme objectif, de renverser le Président Laurent Gbagbo ou au minimum, le transformer en une «Reine d’Angleterre», c’est-à-dire faire de lui un chef d’Etat, sans véritable rôle politique. Toutes les résolutions du conseil de sécurité de l’Onu sur la Côte d’Ivoire visaient le même but qui était d’affaiblir le Président de la République choisi par les Ivoiriens. L’acharnement des autorités françaises contre le Président Laurent Gbagbo s’expliquait par le fait que, la droite française qui détient le pouvoir politique réel, voyait dans l’idée de la Refondation et les réformes dont elle était porteuse, une menace pour ses privilèges acquis à l’époque coloniale. S’agissant de ceux qui se réclamaient de l’héritage politique d’Houphouët, c’était la popularité croissante du Président Laurent Gbagbo et de son parti le FPI qui les inquiétaient. En effet, pour les anciens dirigeants issus du parti unique, l’enracinement de la démocratie au sein des masses était perçu comme une menace pour leur éventuel retour au sommet de l’Etat. Ces individus qui n’ont pas accepté et intériorisé la notion de l’alternance des partis au pouvoir, estimaient qu’attendre cinq années pour participer à des élections dont l’issue est incertaine pour eux, était courir un trop grand risque. S’agissant des autorités françaises, elles redoutaient cinq années de Refondation, dans un environnement paisible, avec de nombreuses réformes possibles, dans l’intérêt de l’Etat et du peuple. Des réformes de cette nature pouvaient mettre fin à l’exploitation impitoyable de tous les travailleurs (ouvriers et paysans en particulier) qui est une importante source de profits, pour le Trésor français. En effet, l’appropriation sans contrepartie des ressources diverses (naturelles, humaines etc.) du pays est toujours une importante source de profits pour les entreprises françaises qui veulent préserver ces ressources. Notons que c’est la grande mobilisation du peuple ivoirien, qui a provoqué l’échec de toutes ces tentatives de coup d’Etat en «gants blancs» (coups d’Etat diplomatiques).

En effet, selon un extrait du livre «Pour la vérité et la justice» publié par le quotidien LA VOIE ORIGINALE, le ministre français des Affaires étrangères, Dominique De Villepin, a tenté sans succès d’imposer au Président Laurent Gbagbo, la secrétaire générale du RDR, Henriette Dagri Diabaté, comme Premier ministre. Il a également essayé de confier les ministères de la Défense et de l’Intérieur aux rebelles. Lors de la conférence de Linas Marcoussis, en janvier 2003, la France avait mis la rébellion sur le même pied d’égalité que le pouvoir légitime du peuple de Côte d’Ivoire. Les Ivoiriens ont donc compris que toutes les références à la constitution, à la souveraineté et à la démocratie, contenues dans l’accord de Linas Marcoussis n’étaient que de la pure démagogie. Aussi, une rupture radicale des liens affectifs avec la France s’est-elle opérée dans la conscience de la majorité des Ivoiriens. Désormais, le pays est clairement divisé avec d’un côté ceux qui approuvent les agissements de la France en Côte d’Ivoire et de l’autre, ceux qui condamnent ces mêmes agissements. Face à la résistance du peuple de Côte d’Ivoire, la France a instrumentalisé le conseil de sécurité de l’Onu dont elle est un membre permanent pour faire exécuter ses décisions par l’Etat. Or, dans le même temps, les autorités françaises encourageaient les rebelles à ne pas honorer le seul engagement qui était à leur charge au regard de l’accord de Linas Marcoussis, à savoir le désarmement des groupes rebelles. Conscients du soutien sans faille des autorités françaises et de celui d’une partie de la classe politique ivoirienne (les Houphouétistes), les rebelles n’ont pas désarmé jusqu’à l’élection présidentielle d’octobre et novembre 2010. Or, les partis politiques proches des rebelles demandaient que l’accord de Marcoussis soit appliqué bêtement. Tous les accords conclus en Afrique (Accra, Pretoria) n’ont eu aucun effet en faveur du désarmement des rebelles, parce que les autorités françaises et leurs d’alliés d’Afrique de l’Ouest, voulaient en fonction de l’environnement national et international, utiliser simultanément la méthode de la violence et celle de la diplomatie. Face au refus de désarmer des rebelles, le Président Laurent Gbagbo a initié l’Accord Politique de Ouagadougou (APO) qui a échappé au contrôle de la France.

ii/ L’accord politique de Ouagadougou et le processus électoral

L’Accord Politique de Ouagadougou avait été fait sans l’aval de la France, mais la référence express faite à Linas Marcoussis et aux résolutions du conseil de sécurité laissait une ouverture à l’intervention de cette puissance. Sur recommandation express de la France, les organisations sous-régionales africaines impliquées dans la mise en œuvre de l’A.P.O étaient toutes des soutiens aux rebelles. Même le facilitateur de l’APO était un des parrains de la rébellion. Il y avait une certitude, c’était la volonté commune de la France et de ses alliés africains de piéger le Président Laurent Gbagbo, dans le processus électoral. Aussi, le programme de désarmement des rebelles n’a-t-il pas été réalisé. Le mensonge, la fraude, la désinformation et l’intoxication étaient la toile de fond du discours et des actes et attitudes préélectorales de la France et de ses alliés africains. Pour rassembler les forces anti-Gbagbo, les partis politiques qui soutenaient la rébellion ont créé à Paris, sous l’injonction des autorités françaises, le Rassemblement des Houphouétistes pour la démocratie et pour la Paix (RHDP). A l’analyse, cette organisation n’adhère pas aux valeurs de la démocratie et n’œuvre pas pour la paix. En effet, tous les partis membres du groupe des sept (G7), étaient partie prenante à la rébellion. La création du RHDP répondait à un besoin de rassemblement des formations anti-Gbagbo, parce que la France voulait constituer un front : «Tout Sauf Gbagbo».

L’objectif visé par la France et ses alliés locaux, était de maintenir le pays ingouvernable jusqu’à la chute du Président Laurent Gbagbo. A cet effet, ils ont plongé les Ivoiriens dans une misère matérielle, morale et intellectuelle sans nom. En adoptant une politique de complicité avec la France et les rebelles, les partis membres du RHDP montraient clairement qu’ils avaient choisi de trahir les intérêts vitaux du peuple ivoirien. Ces partis se sont volontairement attaqués à la dignité, à l’intégrité physique et morale du peuple ivoirien, en déversant avec la complicité de la société Trafigura (bateau Probo Koala) des déchets toxiques à Abidjan. Etant opposés à la souveraineté de la Côte d’Ivoire et à la dignité du peuple, ces partis n’ont pas accepté que le FPI exerce dans la quiétude, le mandat de cinq ans que le peuple ivoirien a accordé au Président Laurent Gbagbo. Ces partis ne souhaitaient pas que le peuple renouvelle sa confiance au Président Laurent Gbagbo, parce qu’ils redoutent l’enracinement de la démocratie en Côte d’Ivoire. Les partis membres du RHDP, refusaient de respecter la constitution et les lois en vigueur, parce que les valeurs de la démocratie leur sont totalement étrangères. Certains leaders de ces partis n’ont été candidats à l’élection présidentielle de 2010 que par des arrangements politiques. En effet, les deux principaux candidats du RHDP n’étaient pas éligibles, parce que, l’un avait dépassé la limite d’âge de 75 ans et l’autre ne remplissait pas les conditions de nationalité, au regard d’un arrêt de la chambre constitutionnelle de la cour suprême, pris sur le fondement de l’article 35 de la constitution du 1er août 2000. Il faut noter que pour les autorités françaises, la décision était ferme, d’éjecter le Président Laurent Gbagbo du pouvoir, quel que soit le cas de figure. C’est dans ce but que, malgré tous les accords signés, les alliés des rebelles n’ont pas rendu possible leur désarmement avant l’élection présidentielle.

III- Le coup d’Etat du 11 avril 2011

Selon certaines indiscrétions, c’est sur la recommandation express de l’ambassadeur de France en Côte d’Ivoire que la Commission électorale indépendante (CEI) a désigné Alassane Ouattara pour participer au deuxième tour de l’élection présidentielle. La raison de ce choix est qu’au moment des faits, seul Alassane Ouattara disposait d’une armée pour faire la guerre en cas de défaite électorale. C’est donc Alassane Ouattara qui a été l’adversaire du Président Laurent Gbagbo au second tour de l’élection présidentielle le 28 novembre 2010. La particularité du deuxième tour de cette élection est qu’elle a été violente dans les zones Centre, Nord, Ouest (C.N.O) sous le contrôle des rebelles. Dans ces zones, les représentants du candidat Laurent Gbagbo n’ont pas été admis dans les lieux de vote. Et en leur absence, des fraudes massives ont été opérées. Ainsi, dans de nombreuses régions C.N.O, le nombre de votants était supérieur au nombre d’inscrits dans de nombreux bureaux de vote. De nombreuses personnes, qui ont manifesté leur intention de voter pour le Président Laurent Gbagbo, ont été agressées et il y a eu de nombreux blessés et des morts. Les observateurs électoraux de l’Union Européenne ne se sont pas rendus à l’intérieur du pays et ont prétendu que cette élection s’était correctement déroulée. A l’évidence, l’Union Européenne était impliquée dans le complot international contre le Président Laurent Gbagbo. Les observateurs de l’Union Africaine étaient d’avis que cette élection a été émaillée de nombreuses fraudes dans les zones sous contrôle de la rébellion. Mais l’Union Africaine est passée outre le rapport de ses propres observateurs pour rejoindre la position de la France et des autres comploteurs. Les fraudes étaient évidentes, mais certains acteurs principaux de cette élection, en particulier le président de la CEI et le représentant spécial du secrétaire général de l’Onu, avaient des attitudes ambigües. Le président de la CEI et sa structure, au regard des multiples fraudes, n’a pas été en mesure de donner les résultats provisoires dans les délais de trois jours prescrits. La CEI était donc forclose et c’était au Conseil constitutionnel que revenait la décision d’analyser les dossiers et de proclamer le résultat définitif. Mais contre toute attente, en violation des règles qui régissent l’institution qu’il dirige, le président de la CEI s’est présenté seul au quartier général de campagne du candidat Alassane Ouattara pour déclarer sans aucune démonstration que Ouattara est vainqueur de l’élection. La télévision France24, média de service public, était le seul organe d’information présent.

Le Conseil constitutionnel, après analyse des dossiers, a proclamé le Président Laurent Gbagbo vainqueur de l’élection présidentielle et celui-ci a prêté serment en audience solennelle. Mais la France avait choisi Alassane Ouattara qui prétendait lui aussi avoir gagné cette même élection. Pour soutenir les prétentions de la France et de Ouattara, le représentant spécial du secrétaire général de l’Onu s’est livré à une étrange opération arithmétique. Cet exercice consistait à prendre les procès-verbaux des bureaux de vote où le nombre de votants était supérieur au nombre d’inscrits et supprimer le nombre de votants supplémentaires. Ainsi le nombre de «suffrages exprimés» correspondant au nombre d’inscrits était attribué au candidat Alassane Ouattara. La pratique du représentant spécial du secrétaire général de l’Onu ne respectait pas les règles en vigueur en Côte d’Ivoire, mais elle faisait partie du complot international contre le Président Laurent Gbagbo. De façon artificielle, la France et la communauté internationale avaient créé une situation où deux individus revendiquaient un même fauteuil de Président de la République. La question posée était : Qui a effectivement gagné l’élection ? Dans un Etat de droit la réponse à cette question ne relève pas de l’arithmétique, mais des procédures de droit. Le Président Laurent Gbagbo a proposé la méthode du recomptage des voix pour départager les deux candidats. Mais, le secrétaire général de l’Onu a prétendu que le recomptage des voix serait une injustice pour Alassane Ouattara. La France, l’Onu et Ouattara lui-même ont donc choisi de faire la guerre pour évincer le Président Laurent Gbagbo du pouvoir. Tous doivent des explications au peuple ivoirien.

A partir du mois de décembre 2010, la France, l’Onu, l’Union Africaine, la Cedeao, utilisaient des pressions politiques et diplomatiques pour installer Alassane Ouattara au pouvoir en Côte d’Ivoire. Or, le peuple de Côte d’Ivoire soutenait le Président Laurent Gbagbo, à la différence de la France et de la communauté internationale qui voulaient absolument imposer Alassane Ouattara aux Ivoiriens. Pour retourner le peuple contre le Président Laurent Gbagbo, la France, la communauté internationale, les rebelles et les partis membres du RHDP, ont décidé de faire vivre la misère aux Ivoiriens. Pour atteindre ce but, ils ont décidé d’un certain nombre de mesures. Ces mesures ont eu des conséquences inoubliables pour de nombreuses familles. La coalition internationale anti-Gbagbo voulait la destruction de l’Etat de Côte d’Ivoire et les actions déployées étaient pour l’essentiel les suivantes :

– Alassane Ouattara avait demandé à tous les travailleurs du secteur public d’arrêter de travailler, tant que le Président Laurent Gbagbo est au pouvoir. Mais seuls les militants extrémistes du RHDP ont respecté ce mot d’ordre ;

– Alassane Ouattara avait demandé la fermeture de l’agence nationale de la Banque Centrale des Etats de l’Afrique de l’Ouest (Bceao). Mais avec l’aide du gouverneur de cette banque centrale, le gouvernement ivoirien est parvenu à sauver l’essentiel ;

– Alassane Ouattara a demandé la fermeture de toutes les banques commerciales. Les banques françaises ont mis leur personnel en congés pour appliquer ce mot d’ordre. Ce sont les institutions financières de l’Etat qui ont assuré le paiement des salaires des agents de l’Etat.

– Alassane Ouattara, en accord avec l’Union Européenne, a décidé d’un embargo sur les médicaments en direction de la Côte d’Ivoire. Cette décision a entraîné la mort de nombreuses personnes dépendantes de certains médicaments.

– Alassane Ouattara et l’Union Européenne avaient aussi décidé de l’embargo sur les ports ivoiriens d’Abidjan et de San-Pedro.

Toutes ces pressions politiques et diplomatiques ne sont pas parvenues à vaincre la solidarité entre le peuple ivoirien et le Président Laurent Gbagbo, son élu.

En définitive, les pressions politiques et diplomatiques ne sont pas parvenues à invalider la nécessité du recomptage des voix. Or, plus le temps passe et la vérité cherche à faire valoir ses droits. Cela n’est jamais à l’avantage des forces qui ne prospèrent que dans l’ombre. C’est pourquoi à la mi-mars 2011, les rebelles ont ouvertement et officiellement repris la guerre contre le Président Laurent Gbagbo. Aussi, ont-ils traversé le pays du Nord au Sud, sans une grande résistance des forces loyalistes. Toutefois, Abidjan était difficile à prendre par les rebelles malgré la complicité, parfois ouverte, parfois discrète, des forces françaises et celles de l’Onu. C’est pourquoi, la France et l’Onu sont parvenues à faire rentrer les rebelles à l’intérieur d’Abidjan. Mais, jusqu’à la fin du mois de mars 2011, la Garde Républicaine défendait les points stratégiques d’Abidjan, la capitale politique. C’est cette disposition d’esprit qui vaut au Général Dogbo Blé, ces nombreux procès sous le gouvernement de l’imposture de M. Ouattara.

  • La France attaque la Côte d’Ivoire sans déclaration de guerre

A l’analyse, les Ivoiriens se rendaient compte six ans plus tard, que la destruction de l’aviation ivoirienne, en novembre 2004 et l’adoption de l’embargo sur les armes en direction des forces régulières, étaient le début de la préparation de la guerre de la France contre la Côte d’Ivoire. La Côte d’Ivoire était privée de moyens de défense face à l’attaque rebelle, mais le professionnalisme des Forces de Défense et de Sécurité (FDS) empêchait les rebelles d’avancer vers leur but, qui était le renversement du Président Laurent Gbagbo. Jusqu’à la fin du mois de mars 2011, la progression des rebelles était insignifiante. Alors, pour aider les rebelles sans aucune déclaration de guerre, la France et l’ONU sont rentrées ouvertement dans les combats à Abidjan. En effet, le peuple ivoirien s’était mobilisé pour opposer une héroïque résistance patriotique aux mains nues. Face à cette mobilisation générale des masses, l’échec des rebelles était prévisible. Conscients de leur faiblesse face aux forces de défenses et de sécurité loyales au Président Laurent Gbagbo, les rebelles ont développé dans la commune d’Abobo-gare, la tactique du «commando invisible». Grosso modo le commando invisible était un groupe de rebelles infiltrés dans la ville d’Abidjan et qui menaient une guerre de guérilla contre les forces régulières de la République et contre les populations civiles supposées favorables au Président Laurent Gbagbo. Le commando invisible opérait en tenue civile dans les lieux de grands attroupements des populations. Ces membres étaient confondus aux populations civiles et les armes étaient soigneusement cachées avec la complicité de certaines personnes habitant les lieux. Ainsi, ils étaient dans une position favorable pour tuer les militaires, les gendarmes et les policiers qui étaient de passage. Lorsqu’ils sont découverts et tués, ils étaient présentés comme des civils tués sans raison. Après une opération, le matériel de combat du commando était transféré sur un autre théâtre des opérations par des supplétifs dont l’âge variait entre 8 ans et 16 ans. Ces supplétifs du commando invisible sont devenus les «microbes» qui sévissent dans les rues d’Abidjan depuis l’arrivée d’Alassane Ouattara au pouvoir. La bataille d’Abidjan a été rude parce que la résistance patriotique aux mains nues était déterminée et seule la force de feu de l’aviation française et onusienne pouvait la briser. La résistance patriotique a perdu beaucoup d’hommes dans les rues d’Abidjan, en particulier dans les environs de la résidence officielle du Président de la République. Le chiffre de 3.000 morts exhibé par le pouvoir Ouattara est ridicule par rapport au nombre de personnes effectivement tuées de mars à avril 2011 à Abidjan seulement. Le 11 avril 2011, la France et l’Onu renversent le Président Laurent Gbagbo. De nombreux responsables de l’Etat et des dirigeants du Front Populaire Ivoirien (FPI) ont été arrêtés ou enlevés par les forces étrangères, françaises en particulier. Ces personnalités étaient soient transférées à l’hôtel du Golf, quartier général d’Alassane Ouattara pour être maltraitées ; ce fut le cas du Président Laurent Gbagbo et de son épouse. Ils étaient soit livrées aux rebelles pour un sort déterminé. Ainsi, de nombreux patriotes civils et militaires ont trouvé la mort dans les représailles des premiers jours du régime Ouattara. Par la suite, c’était dans les camps de torture des rebelles devenus «Forces Républicaines de Côte d’Ivoire (FRCI)», que les Ivoiriens qui n’étaient pas à première vue des militants du RHDP, étaient torturés souvent jusqu’à ce que mort s’en suive.

IV- La terreur des deux premières années du pouvoir Ouattara

Les années 2011 et 2012 sont celles, très tristes, dont se souviendront encore pendant longtemps de nombreux Ivoiriens. Lorsque le 11 avril 2011, par la violence, donc de manière anti-démocratique et anti-populaire, la France a installé Alassane Ouattara au pouvoir en Côte d’Ivoire, la communauté internationale s’attendait à une répression violente contre les partisans réels ou supposés du Président Laurent Gbagbo. L’objectif visé était de faire disparaître définitivement l’image du Président Laurent Gbagbo et de supprimer pour toujours le parti qu’il a fondé de la mémoire des Ivoiriens. Pour atteindre cet objectif, beaucoup de domiciles appartenant à des personnalités proches du Président Gbagbo ou à des militants du FPI, ont été pillés. De nombreuses résidences ont été occupées par les FRCI.

A travers le pays, des véhicules (voitures ou motos) ont été soit arrachés de force par les envahisseurs FRCI, soit volés par les supplétifs du RHDP. De nombreuses personnes ont fait l’objet d’exécutions sommaires, simplement parce que des photos, ou des tee-shirts à l’effigie du Président Laurent Gbagbo ont été trouvés chez elles. Ainsi, des milliers de civils ont été méthodiquement exterminés. Face à cette féroce répression de ceux qui se reconnaissaient en Laurent GBAGBO, de nombreux militants ou cadres FPI ont procédé à la destruction de tout ce qui pouvait révéler leur lien avec le FPI, ou avec le Président Laurent Gbagbo. Pour échapper à une mort certaine, des cadres du FPI et de hauts fonctionnaires de l’Etat ont été obligés de prendre le chemin de l’exil vers des pays voisins ou lointains. De nombreux cadres du FPI sont rentrés dans la clandestinité pendant des mois ou des années pour échapper aux représailles. Ceux qui ont été découverts dans leurs cachettes et ceux qui se sont volontairement placés sous la protection des forces de l’Onuci ont été conduits dans les différentes prisons du pays. Des centaines de milliers d’autres ont quitté leurs lieux de résidences habituels pour trouver refuge dans les lieux où ils sont peu connus. A la suite de cette vaste répression, le représentant spécial du secrétaire général de l’Onu, le Coréen Choi, a exprimé sa satisfaction de voir que : le FPI ne représente plus rien dans le paysage politique ivoirien. A l’évidence, il avait «vendu la peau de l’ours avant de l’avoir tué». En effet, à partir de 2013, un des aspects du programme de gouvernement de M. Alassane Ouattara était de vider le FPI de sa substance. Pour atteindre cet objectif, le régime a recruté des collaborateurs au sein des organes dirigeants du parti. Les alliés du régime au sein des organes du FPI avaient pour mission d’affaiblir le parti, en l’alignant sur les positions pro-impérialistes et anti-démocratiques du RHDP, et à défaut en le divisant pour l’empêcher de fonctionner correctement. La même attitude a été utilisée pour déstabiliser d’autres partis politiques. Ainsi, le Parti Ivoirien des Travailleurs (PIT) et le Mouvement des Forces Avenir (MFA) ont fait l’objet de division systématique, avec deux directions, dont l’une proclame son attachement au pouvoir Ouattara. La branche dissidente du PIT a adhéré en mars 2017 au RHDP, groupement politique de droite, alors que le PIT originel était un parti politique de la gauche démocratique.

V- Pourquoi le régime installé par la France ne peut pas faire le bonheur des Ivoiriens

La réponse est qu’un régime ne peut pas dans un contexte de néo-colonialisme, faire à la fois le bonheur des puissances exploiteuses et celui du peuple exploité et opprimé. En d’autres termes, un même régime ne peut pas en même temps préserver les intérêts du peuple et les intérêts de l’étranger. Ces deux catégories d’intérêts sont généralement en conflit. Le régime du 11 avril 2011 a deux tares congénitales qui sont sa dépendance vis-à-vis de l’extérieur et ses lacunes personnelles dans les domaines de la démocratie et des droits humains.

  • La dépendance des puissances extérieures

Le pouvoir d’Alassane Ouattara, n’est pas le fruit de la volonté du peuple ivoirien. M. Ouattara a été installé à la tête de la Côte d’Ivoire par la volonté unilatérale des autorités françaises, contre la volonté du peuple ivoirien. Le leader du RHDP, qui disait sur les télévisions françaises le 11 avril 2011, qu’il y avait une liesse populaire après la chute du Président Laurent Gbagbo par les troupes françaises, savait qu’il était en train de mentir à la communauté internationale. Les Ivoiriens savent que c’est dans le seul esprit de cet individu, qu’il y a l’illusion que des personnes normales ont fêté la chute du Président Gbagbo. En effet, c’était le phénomène contraire, c’est-à-dire la tristesse qui avait été constatée, par la majorité des Ivoiriens. A son arrivée au pouvoir, le régime Ouattara était conscient qu’il était illégal, illégitime, anti-national et anti-populaire. A son départ, déjà le régime Ouattara avait conscience qu’il ne pouvait pas avoir le soutien conscient du peuple. La violence et la répression introduites avaient pour but de créer la soumission du peuple sous l’effet de la terreur. C’est pourquoi le régime est particulièrement violent et pour masquer ses défauts anti-démocratiques, il a adopté la démagogie et le mensonge comme procédés de communication. Le régime Ouattara a l’art de dire ce qu’il ne fait pas et de faire ce qu’il ne dit pas, ce qu’il cache. Ce régime est le modèle achevé de la perversion. Par conséquent, il faut avoir à l’esprit que la vérité est toujours le contraire de ce que ce régime déclare ou affirme. L’ordre nouveau établi par la France le 11 avril 2011 est un régime de pillage, de violence, et d’accaparement des biens sociaux et individuels du peuple ivoirien. Les véritables ambitions de tous les dirigeants du pouvoir RHDP, c’est l’égoïste choix de l’enrichissement personnel des membres d’un clan. Pour atteindre cet objectif, des lois taillées sur mesure sont établies, pour encadrer la politique tribaliste du rattrapage ethnique. Cette politique vise à spolier les nationaux, Ivoiriens, au profit des ressortissants de la sous-région. Rappelons que pour l’occupation économique des terres dans les régions de l’Ouest, le pays Wê en particulier, Ouattara et ses alliés ont adopté la doctrine nazie de l’espace vital. La mise en œuvre de cette doctrine consiste à identifier les terres à conquérir et à exterminer par la suite les populations qui occupent ces terres ; une fois ces populations exterminées, elles sont remplacées par des populations venues d’ailleurs. L’ordre néocolonial actuel en Côte d’Ivoire signifie la suppression de tous les acquis démocratiques et aussi la suppression de tous les acquis sociaux. La priorité du régime est de procéder au remboursement de ceux qui ont financé la rébellion, et de ce fait, les Ivoiriens craignent que le destin de leur pays et leur propre destin se jouent désormais en dehors de leur territoire. En cinq ans de pouvoir Ouattara, le pays est endetté au-delà du seuil raisonnable. Le 11 avril 2011, les acteurs politiques attachés à la souveraineté du pays ont perdu la guerre en Côte d’Ivoire et l’avenir de ce pays est devenu incertain entre les mains de gouvernants arrivistes ne sachant quoi faire de positif.

vi / Le régime du 11 avril 2011 a éloigné le pays des valeurs républicaines

Le premier élément qui s’est dégradé est la sécurité des personnes et des biens. Le désordre qui s’était installé dans les zones centre, nord, ouest (CNO) s’est généralisé le 11 avril 2011, sur toute l’étendue du territoire national. Il y a eu d’abord la prolifération des armes et des individus armés non formés au maniement des armes. La sécurité des Ivoiriens est depuis lors confiée à des anciens prisonniers de droit commun, à des apprentis chauffeurs et apprentis mécaniciens, dont la moralité est suspecte. A cette situation déjà préoccupante, il faut ajouter la présence des chasseurs traditionnels (dozos), dans des milieux qui ne sont pas leurs zones d’exercice traditionnel de leurs activités. Tous ces individus, qui n’ont aucun droit de tenir une arme, rendent des jugements expéditifs et procèdent à des exécutions sommaires. Les gendarmes et les policiers formés pour protéger les populations sont depuis 2011 jusqu’à ce jour sans arme. L’armée de M. Ouattara, constituée de Frci et de dozos, se livrent toujours à des expropriations et à des exploitations illégales des terres et des plantations. Des forêts classées ont été exploitées de manière illégale avec la complicité du pouvoir Ouattara. C’est sur le terrain de la démocratie et du respect des libertés individuelles et collectives que le régime Ouattara est le plus défaillant depuis son installation par la France. La démocratie commence par le respect des règles établies. Or, M. Alassane Ouattara n’a respecté aucune des règles qui régissent le fonctionnement des institutions de la République. Depuis 2011, en violation de la constitution, il continue d’être le président du RDR, alors que la constitution du 1er août 2000 interdit à celui qui assume les fonctions de chef de l’Etat d’être en même temps le chef d’un parti politique.

Par ailleurs, M. Alassane Ouattara n’a pas déclaré son patrimoine à sa prise de fonction, en mai 2011 ; il n’a pas non plus déclaré son patrimoine après son simulacre d’élection, en octobre 2015. M. Ouattara a toujours procédé à des nominations de présidents ou chefs d’institutions, sans tenir compte des dispositions constitutionnelles, légales ou réglementaires, en vigueur. En novembre 2011, Ouattara a déporté le Président Laurent Gbagbo à la CPI (la Haye), alors que la Côte d’Ivoire n’avait pas encore ratifié le statut de Rome, créant la Cour Pénale Internationale (CPI).

Depuis l’indépendance de la Côte d’Ivoire en 1960, c’est sous le régime Ouattara que la liberté de la presse a été de manière permanente, mise à rude épreuve. Certes, sous le régime Bédié, il y a eu de nombreuses privations de liberté à beaucoup de journalistes. Mais sous Alassane Ouattara, la répression des journalistes est plus spectaculaire. De nombreux journaux ont vu leurs sièges attaqués par des hommes armés du régime. Les journalistes sont emprisonnés et les journaux interdits de parution. Les premières années de pouvoir Ouattara ont été marquées par la destruction des équipements des organes de presse de l’opposition, et l’emprisonnement systématique des journalistes qui critiquaient le régime. Certains journalistes étaient même assassinés à cause des positions qu’ils défendaient. En apparence, les visiteurs étrangers peuvent penser que la situation s’est améliorée. Mais si les arrestations et les assassinats ne sont plus spectaculaires, les suspensions de journaux sont confiées au Conseil National de la Presse (CNP). A l’évidence, on ne peut pas être à la fois assaillant et fortifier la ville. Le rôle assigné par le régime à M. Raphaël Lakpé qui peut être considéré à juste titre, comme un assaillant contre la liberté de la presse est de réprimer les médias non inféodés au pouvoir Ouattara.

Au niveau du jeu électoral, depuis 2011, le pouvoir Ouattara n’a pas respecté la résolution 2062 qui recommandait la mise en place d’une commission électorale consensuelle, en Côte d’Ivoire. Mais parce que le RHDP n’est à l’aise que dans les situations floues, il est passé outre la résolution du conseil de sécurité. En juillet 2014, le pouvoir Ouattara fait voter une loi relative à une réforme de la CEI, sans tenir compte des indications de la résolution 2062 du conseil de sécurité de l’ONU. La loi a été adoptée, de manière unilatérale, par le RHDP, sans aucun consensus et le moindre respect des conditions de justice, d’équité, d’égalité et de transparence. Aussi en novembre 2016, la cour africaine des droits de l’homme et des peuples a-t-elle décidé que la loi de juillet 2014 sur la CEI n’est pas conforme aux normes internationales de transparence, d’équité et de justice. Malgré la décision de la cour africaine des droits de l’homme et des peuples, le régime Ouattara a organisé des élections législatives en décembre 2016 avec la CEI déclarée illégale et illégitime par la Cour africaine.

Au niveau de la justice, la pratique du régime Ouattara est discriminatoire. Les militants du FPI et les pro-Gbagbo sont présumés coupables. Ils font généralement l’objet d’arrestation, avant que les faits qui leur sont reprochés ne soient fabriqués par la suite.

Conclusion

Le procès de Laurent Gbagbo à la Haye, les procès successifs en assises de Madame Simone Gbagbo, et les procès du Général Dogbo Blé, relatif à l’affaire Yves Lamblin, montrent tous que dans chaque cas de poursuite dans le camp Gbagbo, les accusations sont toujours farfelues et sans fondements. Les militants du FPI et les proches du Président Laurent Gbagbo sont réprimés de manière permanente, sans aucune cause, alors que des délinquants et autres grands malfaiteurs bien connus des Ivoiriens sont promus à de hautes fonctions dans l’appareil de l’Etat.

A la Cour Pénale Internationale (CPI), l’accusation ne parvient pas à apporter la preuve des accusations qu’elle porte contre le Président Laurent Gbagbo. Au contraire, le passage des témoins à charge met en relief et démontre l’existence d’un complot international contre la Côte d’Ivoire et contre le Président Laurent Gbagbo. En Côte d’Ivoire, les différents procès en assises contre Madame Simone Ehivet Gbagbo démontrent la volonté maladive du régime de maintenir contre vents et marée, cette grande Dame dans les liens de la détention, sans aucune preuve. La décision de la cour d’assises du 28 mars 2017 n’est qu’une luciole qui ne peut pas éclairer les ténèbres des droits de l’homme en Côte d’Ivoire.

Dans l’affaire Yves Lamblin, le Général Dogbo Blé fait à l’évidence l’objet d’un faux procès. Il suffit simplement à l’accusation de se poser la question : « A qui profite le crime ?» c’est-à-dire, qui a intérêt à l’assassinat de Yves Lamblin ? Et les pistes vers la vérité vont s’ouvrir. Mais, ce n’est pas la recherche de la vérité qui préoccupe la justice ivoirienne actuelle. Le respect des droits de l’homme s’est éloigné de notre pays, parce que sous le régime Ouattara, la fonction de l’appareil judiciaire est de trouver des justificatifs, pour priver de liberté, les militants du FPI et les proches du Président Laurent Gbagbo, que le pouvoir trouve gênants. M. Ouattara était présenté par ses soutiens extérieurs et ses partisans locaux comme celui qui devait apporter une solution à tous les problèmes des Ivoiriens ; mais, une fois parvenu au pouvoir par la guerre, il a montré son inaptitude à s’inscrire dans une perspective démocratique. Il a également montré son incapacité à s’adapter au fonctionnement d’un Etat de droit.

En conséquence, nous observons que depuis le 11 avril 2011, la Côte d’Ivoire est devenue, sous Ouattara, un pays sans repère en matière de démocratie et de droits de l’homme. L’alternance politique pacifique n’est plus une réalité avec la théorie de l’éligibilité dérivée. Les droits les plus élémentaires des citoyens, comme la liberté d’expression, sont chaque jour bafoués avec l’aide de l’appareil judiciaire. Le pouvoir d’achat des Ivoiriens s’est effrité et le panier de la ménagère a été remplacé par un sachet. Le bien-être social n’existe que pour ceux qui ont fait la guerre à la Côte d’Ivoire et à leurs complices. Toutefois, l’espoir est permis parce qu’un peuple qui lutte finit toujours par triompher. Les Ivoiriens ont toujours la possibilité de reprendre leur destin en main. Dans la lutte et dans l’espoir, demain il fera beau sur le chemin.

Me Kouassi André

Vice-président du FPI

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