Devoir de mémoire: Quand la presse française faisait l’éloge des tueurs de Ouattara à Abobo

L’histoire de la Côte d’Ivoire a ceci d’intéressant que les faits et gestes de plusieurs acteurs ont été consignés dans des récits. C’es le cas actes posés par les milices pro-Ouattara pour qui la presse francaise avait pris pris faits et causes. Pour cela, cette presse leur a fait la part belle dans la couverture des évènement en Côte d’Ivoire. Cela a également permis que nous ayons beaucoup d’information sur les actes barbares auxquels ils s’étaient adonnés.

Eburnienews.net vous présente ici une serie d’articles qui non seulement relatent les atrocités dont se sont faits coupables les milices pro-Ouattara, mais surtout ces écrits montrent également à quel point ces journalistes étrangers été déterminés à aider ces milices là.

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Avec le colonel Bauer, au QG du «Commando invisible»

Surnommé ainsi en référence à la série télévisée 24 heures chrono, il est le chef d’état-major de l’«armée» constituée après le second tour de l’élection présidentielle, afin de «libérer» l’immense bidonville situé au nord d’Abidjan et peuplé en majorité de partisans d’Alassane Ouattara.

La rencontre, entourée d’un luxe de précaution, a été organisée dans un coquet pavillon perdu en plein cœur d’Abobo. Ce bâtiment, qui appartiendrait à un cacique du régime dirigé par Laurent Gbagbo, a été «réquisitionné» voici quelques jours par les insurgés du Commando invisible. Au rez-de-chaussée, un indescriptible capharnaüm donne le sentiment que l’endroit a été pillé tandis qu’à l’étage, le visiteur découvre un confortable salon orné de poteries asiatiques. Sur une table basse, à côté des deux grenades nonchalamment abandonnées par un combattant, un aide de camp a disposé quelques verres et une bouteille de soda. Dehors, plusieurs hommes armés de kalachnikovs surveillent la ruelle déserte sur laquelle flotte une atmosphère de western.

«Maintenant que nous avons pris le contrôle d’Abobo, le moment est venu de nous dévoiler», lance le colonel Bauer, ainsi surnommé en référence à la série télévisée 24 heures chrono, lorsqu’il pénètre dans la pièce. À entendre ses subordonnés, cet homme de taille moyenne, qui porte une barbe poivre et sel et s’exprime d’une voix lente, n’est autre que le chef d’état-major de l’«armée» constituée après le second tour de l’élection présidentielle, afin de «libérer» l’immense bidonville situé au nord d’Abidjan et peuplé en majorité de partisans d’Alassane Ouattara.

«À partir du 16 décembre, lorsque les forces de Gbagbo ont commencé à tuer la population d’Abobo, nous avons décidé d’infiltrer le quartier, assure l’officier. Peu à peu, nous avons été rejoints par des volontaires, ainsi que par des éléments venus de l’armée régulière comme de la rébellion des Forces nouvelles. À chaque attaque du camp Gbagbo, nous avons récupéré des armes. Je peux donc vous annoncer que notre Force armée impartiale de Côte d’Ivoire est en mesure de lancer d’un instant à l’autre l’offensive contre nos trois objectifs stratégiques: la résidence de Laurent Gbagbo, le palais présidentiel et la Radio télévision ivoirienne.»

Pour autant qu’on puisse en juger dans la confusion qui règne en ville, les combattants dirigés par le colonel Bauer semblent effectivement avoir assis leur autorité sur des quartiers entiers d’Abobo. Ces derniers jours, ils ont été engagés dans de violents combats contre l’armée régulière dans la zone de Plateau Dokui, située à mi-chemin entre le cœur d’Abobo et le quartier résidentiel de Cocody. Toutefois, l’influence et le périmètre précis de cette structure demeurent difficiles à évaluer. «Il semble que plusieurs groupes distincts participent en fait aux affrontements», explique une source au QG d’Alassane Ouattara. Ces derniers jours, des clivages entre différentes factions seraient même apparus au sein de l’insurrection.

«Sous les seuls ordres d’IB»

«Pour notre part, nous combattons sous les seuls ordres du général Ibrahim Coulibaly, dit IB», assure le colonel Bauer, en référence à celui qui fut présenté comme l’un des instigateurs de la tentative de coup d’État lancée le 19 septembre 2002 contre Laurent Gbagbo. Depuis lors, «IB» a rompu tout contact avec la direction des Forces nouvelles, mais, selon un diplomate en poste à Abidjan, il chercherait actuellement à profiter de la crise pour se réimplanter dans le paysage local. Au risque, poursuit la même source, d’ajouter à la tension ambiante.

Lorsqu’on l’interroge sur ses buts de guerre, de fait, le colonel Bauer se garde bien d’évoquer l’installation d’Alassane Ouattara au palais présidentiel du Plateau. «Selon nous, le dernier scrutin a été entaché de trop d’incidents, explique-t-il. Il sera donc indispensable d’en passer par une transition dirigée par le général Coulibaly. Ensuite, seulement, Alassane Ouattara pourra se présenter à de nouvelles élections.»

Baroque, dans un pays qui attend une sortie de crise depuis près de huit ans, l’analyse n’est évidemment pas partagée par les partisans du président élu qui, on le devine, espèrent bien pouvoir contrôler l’insurrection d’Abobo. Reste à savoir s’ils parviendront à s’émanciper à temps de la relative impuissance à laquelle semble les condamner leur résidence forcée à l’hôtel du Golf.

Par Cyrille Louis

Source: Lefigaro.fr

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Dans Abobo, sous le contrôle du «commando invisible»

Des combats ont lieu chaque jour dans cette cité d’Abidjan, fief des partisans d’Alassane Ouattara.

Passé le portail de fer gris qui clôture cette ruelle de terre battue, on en viendrait presque à douter qu’Abobo vit depuis bientôt deux mois au rythme des affrontements entre partisans du président élu, Alassane Ouattara, et forces de l’ordre loyales à Laurent Gbagbo. Au pied des baraques coiffées de tôle, une ribambelle d’enfants gambade au milieu des chèvres tandis que des femmes au regard las vaquent aux tâches ménagères. Dans la pénombre de la pièce à vivre, les hommes de la famille Koné devisent avec gravité de l’avenir de la Côte d’Ivoire et saluent le «courage» d’Alassane Ouattara. «Même si c’est risqué pour lui, il a eu raison de se rendre à Addis Abeba pour y rencontrer les chefs d’État de l’Union africaine», estime un ami de la famille, Abou Kourouma. Lorsque, soudain, des coups de feu claquent à l’extérieur, Tesse, le patriarche, se penche machinalement sur sa montre. «11 heures, lâche-t-il, consterné. Ils n’attendent même plus le début d’après-midi pour commencer à tirer.»

Théâtre d’une insurrection qui ne cesse de prendre de l’ampleur malgré la répression opérée par les Forces de défense et de sécurité, l’immense bidonville d’Abobo, situé dans la banlieue nord d’Abidjan, semble par la force des choses s’être accoutumé à ces combats quotidiens. Pour y pénétrer, il faut franchir un premier barrage tenu par de jeunes supporteurs encagoulés d’Alassane Ouattara puis zigzaguer entre les épaves de voiture calcinées. «Les contrôles sont assurés par les petits mais les soldats du commando invisible ne sont jamais bien loin, prêts à intervenir en cas de problème», assurent la population. À l’entendre, ces combattants issus des Forces nouvelles, qui occupent la moitié nord du pays depuis la tentative de coup d’État du 19 septembre 2002, auraient discrètement gagné Abobo au cours des dernières semaines afin d’y harceler la police de Laurent Gbagbo.

L’espoir d’une solution diplomatique

«Nous ne nous laisserons pas tuer sans résister par les hommes de Gbagbo», justifie Tesse Koné, qui se dit « très fatigué » par l’interminable crise postélectorale imposée à la Côte d’Ivoire. Comme la majorité des habitants de ce faubourg tentaculaire, ce chauffeur routier est un ardent partisan d’Alassane Ouattara, dont l’élection a été reconnue par les Nations unies. «Gbagbo doit partir», plaide aussi son fils, Lassina. Le menuisier Driss Fofana, venu en voisin, espère quant à lui que «la situation va vite se débloquer». «Voici presque un mois que je ne suis pas allé travailler à cause des combats», s’inquiète-t-il. Sur les murs d’une épicerie située cent mètres plus loin, plusieurs dizaines d’impacts de balle témoignent des combats qui ont récemment embrasé le quartier. Exaspérés par l’attitude de Laurent Gbagbo, qui se cramponne au pouvoir depuis l’élection du 28 novembre, Tesse Koné et ses amis veulent encore croire à une solution diplomatique. Peu importe, à leurs yeux, que le camp Gbagbo ait rejeté jeudi les propositions formulées par l’Union africaine à Addis Abeba. «L’essentiel, c’est que l’élection d’Alassane Ouattara ait été reconnue par les autres chefs d’État africains», jure Lassina.

L’interdiction faite aux hélicoptères de l’Onuci et de la force française Licorne de survoler le sol ivoirien, dernière trouvaille en date du camp Gbagbo, ne semble pas davantage émouvoir les habitants d’Abobo. «On sait que Gbagbo ne sera pas assez stupide pour faire tirer sur un appareil de l’ONU», rigole Fofana. Comme lui, les responsables de l’Onuci semblent ne pas prendre les menaces du président sortant très au sérieux. Jeudi, l’ONU a annoncé son intention de poursuivre ses vols normalement, tandis que Paris jugeait la décision du président sortant «nulle et non avenue».

Par Cyrille Louis

Source: Lefigaro.fr

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Qui sont les “commandos invisibles” d’Abobo ?

Ces forces armées n’ont qu’un seul but : faire tomber le président Laurent Gbagbo, par tous les moyens, y compris les plus radicaux. 800 000 habitants ont déjà préféré fuir Abidjan devant les risques qu’ils encourent.

On l’appelle le commandant Esprit. C’est l’un des chefs des “commandos invisibles”. Il se bat depuis plusieurs semaines dans le quartier d’Abobo, à Abidjan, pour faire tomber le président sortant Laurent Gbagbo, qui refuse de quitter le pouvoir depuis le scrutin présidentiel de novembre dernier.

“Ce n’est pas la France ou un autre pays étranger qui va venir enlever Gbagbo. C’est nous-mêmes, tous ceux qui se sentent ivoiriens”, déclare le chef de guerre, encadré par deux hommes en armes, au micro de FRANCE 24.

Dans une ville défigurée par la guerre, il faut prendre un hélicoptère pour se rendre à l’hôtel du Golfe, où réside depuis quatre mois Alassane Ouattara, le président dont l’élection a été reconnue par la quasi-totalité de la communauté internationale. Ici, on parle de révolte populaire.

“Ce n’est pas une guérilla voulue et organisée par Ouattara. C’est une réaction d’une certaine frange de la population excédée”, estime-t-on dans le camp du rival de Gbagbo. Le gouvernement d’Alassane Ouattara ne reconnaît pas officiellement les commandos invisibles, mais appelle la population à continuer à résister.

“On va frapper très fort”

De l’autre côté de la ville, le camp Gbagbo assure que ces commandos, dont le contingent est composé pour l’essentiel des ex-rebelles des Force nouvelles (FN), sont incontrôlables et dangereux.

“Ces personnes qui se disent rebelles ont décidé de tuer et estiment qu’il est normal de commettre des exactions”, s’inquiète un proche de Laurent Gbagbo, interrogé par FRANCE 24.

Combien sont-ils ? À qui obéissent-ils ? À Abobo, les commandos affirment n’avoir qu’un objectif : le départ de Laurent Gbagbo. “Nous sommes partout, et nous allons frapper très fort”, prévient le chef de guerre Esprit.

Pour éviter la bataille d’Abidjan qui se prépare, près de 800 000 personnes ont déjà quitté la capitale économique.

Source: France24

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Les forces pro-Gbagbo reculent à Abidjan

Après de violents heurts, les combattants pro-Ouattara contrôlent le quartier d’Abobo.

Après deux mois de violences presque ininterrompues dans le gigantesque faubourg nord d’Abidjan, la bataille d’Abobo semble être entrée ce week-end dans une phase décisive. Samedi après-midi, les Forces de défense et de sécurité (FDS) loyales à Laurent Gbagbo, ont lancé une «grande offensive» contre les insurgés. Dans la zone de Plateau Dokui, à mi-chemin entre le cœur de ce vaste bidonville et le quartier résidentiel de Cocody, où se trouve la résidence du président sortant, les tirs à l’arme lourde ont retenti jusqu’en fin de soirée. L’assaut, qui a fait au moins une dizaine de morts selon un décompte établi par l’AFP, semble finalement avoir été «contenu» par les insurgés. «Nous attendons maintenant le feu vert de notre hiérarchie pour passer à l’offensive et marcher sur le centre d’Abidjan», assurait dimanche le lieutenant David Boigny, que les combattants rebelles présentent comme un de leurs chefs.

Baptisés «commandos invisibles» en raison de la discrétion qu’ils ont d’abord cultivée, ces combattants hostiles à Laurent Gbagbo s’affichent désormais sans complexe aux quatre coins d’Abobo. Vêtus de guenilles ou de fragments d’uniforme dérobés aux policiers et aux militaires ennemis tombés sous leurs balles, les simples soldats sont armés de kalachnikovs, de fusils de chasse, de couteaux ou d’antiques pistolets qui semblent tout droit sortis d’un film de pirates. Pour toute protection, la plupart d’entre eux portent sous leur T-shirt ou autour de leur biceps des «petits habits», ces fétiches supposés les préserver du mal.

À y regarder de près, cependant, cette armée de fortune s’appuie sur un certain savoir-faire et semble avoir reçu un soutien matériel non négligeable. Radios, détecteurs de métaux et autres pick-up sans plaque minéralogique sont ainsi apparus du jour au lendemain sur les pistes d’Abobo. Du bout des lèvres, tel officier vêtu d’un gilet pare-balles flambant neuf admet par ailleurs que ses combattants disposent d’armes lourdes pour affronter les FDS. Ce qui contribue sans nul doute à expliquer que les «commandos invisibles» aient, en quelques semaines, réussi à repousser leurs adversaires à la lisière du quartier.

Entre 2 500 et 3 000 hommes

«C’est Gbagbo lui-même qui nous arme, sourit Yaya Bamba, un autre “chef”. Chaque fois que nous mettons ses troupes en déroute, nous récupérons des uniformes, des kalach, des RPG et parfois des mitrailleuses.» Énigmatique, il complète : «Une partie de notre matériel provient de personnes de bonne volonté…» S’agit-il des rebelles des Forces nouvelles ? Ou de quelque pays étranger ? Yaya Bamba n’en dira pas plus et il demeure impossible d’identifier les soutiens de cette jeune armée – sauf à prêter foi à la propagande débridée du camp Gbagbo, qui accuse l’Onuci et la France de leur livrer du matériel militaire. «Le plus important, c’est que notre armée s’est constituée à partir de soldats venant de tous les horizons pour apporter enfin la liberté et la démocratie en Côte d’Ivoire», insiste le lieutenant Boigny.

Âgé de 31 ans, cet ancien officier des FDS dit avoir fait défection le 18 décembre dernier, lorsque, deux semaines après l’élection d’Alassane Ouattara, la police a ouvert le feu sur des manifestants à Abobo. «Ce jour-là, j’ai pris mon uniforme, mon arme de service et j’ai quitté mon camp de Cocody pour venir ici», raconte-t-il. Jonglant avec ses deux téléphones portables qui sonnent en permanence, l’officier affirme aujourd’hui se trouver à la tête de 500 combattants dans la zone d’Abobo, sur un effectif global qui serait compris entre 2 500 et 3 000 hommes. «Nous combattons pour déposer Laurent Gbagbo», assure-t-il, jurant que d’autres combattants attendent un «feu vert» pour se soulever dans les quartiers pro-Gbagbo de Yopougon ou de Port-Bouët.

Plusieurs civils fauchés

Quoi qu’il en soit, il est indéniable que les insurgés ont «sécurisé» une grande partie d’Abobo, où la population civile était, il y a peu, harcelée par les FDS. A l’entrée du quartier PK-18, qui sert désormais de QG aux «commandos invisibles» de nombreuses maisons portent les stigmates des combats qui se sont tenus le 28 février dernier. «Les chars de Gbagbo avaient pris position là-haut, se souvient Alassane Touré, l’un des rares habitants de ce «village» à ne pas avoir fui, en montrant la route qui domine le périmètre. Vers 17 heures, ils ont ouvert le feu et les bombes ont commencé à pleuvoir un peu partout. On s’est tous allongés sous des matelas. Ça a duré jusqu’à 2 heures du matin…»

Samedi, une nouvelle fois, plusieurs civils ont été fauchés dans Abobo lors de l’offensive menée par les FDS. En début d’après-midi, Silué Fouzongori, commerçant en pièces détachées pour ordinateurs, a été blessé par une balle qui lui a traversé la mâchoire. «Je rentrais à la maison lorsque j’ai entendu des chars arriver derrière moi, rapporte le garçon, rencontré dans une clinique du quartier. Avec mon frère, on a tout de suite essayé de se cacher mais les tirs ont commencé. D’un coup, j’ai eu très mal au visage et j’ai vu mon sang couler.»

Le camp Ouattara a dénoncé des «tueries aveugles» de «civils innocents» tandis que le porte-parole de Laurent Gbagbo appelait la population à rester calme. Malgré l’issue encore incertaine des affrontements, le président sortant apparaît cependant chaque jour un peu plus isolé, tant au plan militaire que sur le terrain diplomatique. Vendredi, le haut représentant de l’ONU en Côte d’Ivoire, qui fut le premier à reconnaître la victoire d’Alassane Ouattara au second tour de la présidentielle, a annoncé, sibyllin : «Je n’ai jamais douté que la volonté du peuple ivoirien prévaudrait à la fin. Et la fin arrivera plus tôt qu’on ne le prévoit.»

Par Cyrille Louis

Source: Lefigaro.fr

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Côte d’Ivoire: le “commando invisible” se dévoile

Le camp Ouattara ne semble plus passif face à l’impasse politique ivoirienne. Il passe désormais aux armes, grâce à un commando “invisible”, officieusement à ses ordres.

“Il y a trois semaines, ils se glissaient en civil dans la foule, grenade en poche, enterraient leurs armes la journée pour ne les ressortir qu’à la nuit tombée. A présent, ils sont partout, depuis l’entrée d’Abobo jusque dans la banlieue d’Anyama, porte d’Abidjan vers les régions voisines”, note l’envoyé spécial du journal Le Monde à Abidjan.

“Ils”, ce sont les combattants du “commando invisible”, aujourd’hui qualifiés “d’insurgés”, et engagés dans une guerre fraticide avec les Forces de défense et de sécurité (FDS) pro-Gbagbo. Officieusement alliés au président reconnu par la communauté internationale et confirmé par l’Union Africaine (UA), Alassane Ouattara, ils ne semblent désormais plus si discrets qu’auparavant.

Depuis ce week-end, ces forces ne se limitent plus à la défense du quartier d’Abobo, fief de leur président. Le site de la radio indique que ce lundi, ces combattants ont effectué une percée infructueuse vers le sud, sur la commune d’Adjamé (voir la carte ci-dessous) en lançant une attaque sur le camp de la compagnie républicaine de sécurité de Williamsville. Dans le même temps, des tirs à l’arme lourde ont retenti dans le quartier de Yopougon, près de la résidence privée du général Philippe Mangou, chef d’état-major des forces armées fidèles au président ivoirien sortant Laurent Gbagbo.

Ces récents événements concorderaient avec la prise de quatre localités de l’Ouest du pays – dont Toulépleu et Doké -, par les Forces Nouvelles (FN), celles-ci officiellement alliées à Ouattara depuis la rébellion de 2002. Ces forces marchent désormais sur Bloléquin.

Première cible: la résidence de Laurent Gbagbo

La formation d’un “commando invisible” avait été décidée depuis plusieurs mois déjà. “À partir du 16 décembre, lorsque les forces de Gbagbo ont commencé à tuer la population d’Abobo, nous avons décidé d’infiltrer le quartier, assure un officier pro-Ouattara, interrogé par l’envoyé spécial du Figaro. La constitution de cette force opaque concorderait alors avec la “surprise” que promettait d’infliger Alassane Ouattara, il y a quelques mois sur Canal+, contre le président sortant.

Les cibles de ce commando, qui a installé son quartier général à Abobo, sont aujourd’hui claires: “Notre Force armée impartiale de Côte d’Ivoire est en mesure de lancer d’un instant à l’autre l’offensive contre nos trois objectifs stratégiques: la résidence de Laurent Gbagbo, le palais présidentiel et la Radio télévision ivoirienne”, indique l’officier en chef, interrogé par Le Figaro. Et il semble que l’attaque contre la RTI aie déjà eu lieu: fin février, cette chaîne de télévision avait été incendiée, un acte imputé au commando invisible par le camp Gbagbo.

Un commando solidement armé

La stratégie de ce commando semble être de récupérer le matériel miltaire des forces pro-Gbagbo tombées au combat. “Au début, on avait juste nos machettes. Eux, ils avaient des armes. Nous, on avait le courage. On a vu que la ‘protection’ [magique] était bonne, alors on a rejoint le commando, on a égorgé proprement des FDS et on a récupéré leur matériel”, affirment au journaliste du Monde deux adolescents pro-Ouattara. Ce qui coinciderait avec les importantes pertes de matériels observées par le camp Gbagbo ces derniers jours.

Mais cette version des faits n’est pas partagée par tous. Nombreux sont les pro-Gbagbo qui accusent l’Onuci d’armer ce commando, et de ne plus jouer son rôle d’arbitre au sein de la crise post-électorale. D’après le porte-parole du gouvernement de Laurent Gbagbo, ces forces, au nombre de 300 à 500 militaires, seraient dotés “d’armes lourdes, de lance-roquettes et de kalachnikov”. Ce week-end, et en guise de représailles, Laurent Gbagbo, qui réclame le départ des forces de l’ONU, leur a alors interdit, tout comme à la Licorne française, de survoler le territoire ivoirien. Une décision qui n’a été suivie d’aucun effet.

Un commando divisé et perméable

Toutefois ces forces de l’ombre manquent d’unité. “Il semble que plusieurs groupes distincts participent en fait aux affrontements”, explique une source au QG d’Alassane Ouattara, interrogée par Le Figaro. “Ces derniers jours, des clivages entre différentes factions seraient même apparus au sein de l’insurrection”, note enfin le journal.

Par ailleurs, Le Monde explique que “les frontières [entre les deux camps seraient même] en train de se brouiller et les changements de camp se font sans bruit: les hommes de la 13e brigade [de l’armée] ne combattront pas le commando invisible.” “Au contraire, ils nous aident avec des conseils et un peu de matériel, et si la situation devenait difficile, on pourrait compter sur eux”, observe pour sa part un des chefs du commando, le commandant Dosso.

A ce stade, le “commando invisible” et ses capacités à résoudre la crise de façon officieuse, ne font pas l’unanimité. La Cédéao (Communauté Economique des Etats d’Afrique de l’Ouest) et une partie de l’UA réfléchissent elles à une intervention davantage légitime. Quant au quotidien burkinabé L’Observatoire Paalga, il affirme que la solution est toute trouvée: cela “peut résider dans ce qu’on pourrait appeler un coup d’Etat démocratique. (…) Ni Gbagbo ni ADO [Ouattara]. Un ‘bon’ putsch (…). Scandaleux? Peut-être, mais ayons présent à l’esprit l’intérêt supérieur de la Côte d’Ivoire” où l’impasse dure depuis 3 mois et demi.

Par Pauline Tissot

Source: L’Epresse.fr

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