Disparition de Jacques Chirac Bernard Houdin dit non aux falsifications de l’histoire (Partie 1)

Disparition de Jacques Chirac Bernard Houdin dit non aux falsifications de l’histoire (Partie 1)

Jeudi 26 septembre 2019 : jour de deuil pour la France et les Français. Jacques Chirac, sans doute le dernier « grand » homme d’Etat que le pays a connu, disparaît au terme d’une longue épreuve qui l’avait éloigné de la vie publique depuis plusieurs années.

Immédiatement la « machine » politico-médiatique s’est mise en marche pour surenchérir sur l’homme, sa vie et son destin historique. Comme s’était exclamé Henri III devant la dépouille du Duc de Guise, tout le monde proclame qu’il « est plus grand mort que vivant ! ». La France, à l’unisson, salue, sans retenue, le cinquième président de la Vème République.

Citoyen français j’éprouve naturellement une certaine émotion pour un homme qui incarnera, pour l’Histoire, une partie du roman national. Ce n’est pas un secret, ceux qui me connaissent savent que j’avais voté « Chirac » aux élections présidentielles successives où il fut candidat et je garderai pour moi ce que je ressens à cet instant. Cela fait partie d’un débat franco-français qui n’est pas le sujet de cette tribune.

Mais mon parcours personnel, qui a débuté il y a près de soixante- dix ans en Côte d’Ivoire, m’a conduit jusqu’à obtenir la nationalité ivoirienne en 2007 (je suis un « bi-national ») et à devenir Conseiller du président Laurent Gbagbo à cette époque, me permet de m’interroger, légitimement, sur la relation complexe, a minima, entre le président Chirac et l’Afrique en général et la Côte d’Ivoire en particulier.
Depuis l’annonce du décès de l’ancien président je lis et j’écoute les propos des uns et des autres en m’attachant, plus particulièrement à Chirac « l’Africain » tel qu’il est aujourd’hui dépeint. Je ne m’en tiendrais qu’au cas de la Côte d’Ivoire.

IL est certain que Chirac était dans la ligne la plus directe de la saga de la « Françafrique » dont le premier président ivoirien, Felix Houphouët-Boigny, Janus de la politique africaine de la France, était le pilier sur le continent. D’ailleurs, signe éloquent de cet attachement, l’un des premiers gestes de Chirac, élu président en 1995, sera de ramener au 2 rue de l’Elysée, siège de la « cellule Afrique » de la présidence, la figure tutélaire du système en la personne de Jacques Foccart.

Et ce que je lis et j’entends me confirme dans mon sentiment que la volonté du courant « françafricain » du monde politico-médiatique persiste, aujourd’hui encore, à écrire l’Histoire à sa façon. Je ne vais pas citer les écrits et paroles qui se répandent actuellement pour concrétiser cette « écriture ». Mais les faits sont « têtus » ! Je vais rappeler les principaux qui ont alimenté la crise franco-ivoirienne sous la présidence de Jacques Chirac que certains, dans ce moment de catharsis nationale, voudraient « vêtir de lin blanc et de probité candide ».

J’ai vécu personnellement de très près tous les évènements qui se sont succédé à partir de l’été 1999 en Côte d’Ivoire, de la préparation du Coup d’Etat contre le président Bédié survenu le 24 décembre de la même année jusqu’à la situation actuelle.

Au cours de ces vingt années tumultueuses pour les Ivoiriens, l’impact personnel de Jacques Chirac s’est affirmé sur trois épisodes majeurs : la chute de Bédié, le Coup d’Etat avorté du 19 septembre 2002 où le rôle de la France s’est étendu jusqu’à vouloir imposer aux dirigeants légitimes du pays des Accords léonins à Marcoussis le 23 janvier 2003 et la violente crise franco-ivoirienne née du bombardement de Bouaké le 6 novembre 2004.

Je ne m’étendrai pas sur le premier évènement dans lequel Chirac ne pourra jouer son rôle de sauveur de la ligne « Houphouëtiste », entravé dans les liens de la cohabitation avec la majorité socialiste arcboutée sur son dogme, à l’époque, du « ni ingérence, ni indifférence » sauf à dire que cette retenue subie sera, on va le voir, un des ferments du Coup de 2002.

En septembre 2002 la Côte d’Ivoire, deux ans après l’élection au suffrage universel de Laurent Gbagbo, au terme de dix mois chaotiques de transition militaire que le Général Robert GueÏ, installé à la tête du pronunciamento à Noël 1999, tentera de « confisquer » après le verdict clair des urnes, panse ses plaies et, dans la foulée d’un Forum de réconciliation nationale initié par le président élu, se remet à espérer le retour à un vivre ensemble pacifié. Le gouvernement en place est d’ailleurs le reflet de cette volonté d’apaisement (où siègent, déjà, plusieurs ministres qui sont aujourd’hui des membres éminents du régime Ouattara).

Et, soudain, dans la nuit du 18 au 19 septembre 2002, une attaque d’envergure, touchant à la fois le Nord, le Centre et le Sud du pays tente de renverser le pouvoir en place alors que le président Gbagbo est lui-même en déplacement en Italie.. A l’époque je suis un dirigeant français d’une entreprise à Abidjan et en voyage, pour des raisons personnelles, dans le Sud de la France…

Paris, le 2 9septembre 2019

Bernard Houdin

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