Disparition de Jacques Chirac Bernard Houdin dit non aux falsifications de l’histoire (Partie 2)

Disparition de Jacques Chirac Bernard Houdin dit non aux falsifications de l’histoire (Partie 2)

Rentré à Paris le lundi 23 septembre, je prends contact avec Denis Tillinac, un proche du président Chirac. Je sais qu’il a participé en tant que conseiller pour l’Afrique à la récente campagne présidentielle, qui a vu la réélection du président sortant, contre Jean-Marie Le Pen, avec un score de « potentat africain », selon l’expression de la presse française à l’époque, après la déroute inattendue du « favori » socialiste, Lionel Jospin, qui s’était tellement préparé à sa victoire qu’il ne se remettra pas de ce coup du sort et quittera la vie politique. De plus, par ses origines corréziennes, Tillinac jouit d’une relation très personnelle avec le Président. Il me reçoit très vite, sans doute par politesse au départ, le rendez-vous ayant été organisé par un de ses amis.

Il m’avertit qu’il a peu de temps à me consacrer. Nous passerons plus de deux heures ensemble et il me recevra, ensuite, plusieurs fois.

Sans tergiverser, je lui demande : « Pourquoi la France a fait ça ? » À ma grande surprise, il ne dément pas. Il m’explique que Chirac vient de gagner haut la main et qu’à l’Assemblée nationale siège une majorité écrasante de députés de droite qui « défilent tous à l’Élysée en répétant : on a viré (sic) Jospin, virons (re-sic) ses amis socialistes en Afrique ! ».

Désabusé devant cette position géopolitique primaire, je lui exprime poliment mon désaveu affirmant que ce n’est sûrement pas la bonne manière de faire prospérer des relations enfin adultes avec l’Afrique. Et j’ajoute, quant à la Côte d’Ivoire, que je pense que « Gbagbo sera encore Président quand Chirac ne le sera plus en France » ! Débarrassée des entraves de la cohabitation qui l’avait « neutralisée » en décembre 1999, la Françafrique s’est très vite ressaisie dès que l’occasion lui en a été donnée.

Je reverrai Tillinac beaucoup plus tard, en janvier 2007, alors que Chirac termine son dernier mandat. Il m’avouera ne même plus prononcer « le nom de la Côte d’Ivoire devant lui » tellement le président français est exaspéré par la tournure des évènements. (Gbagbo vient d’engager avec le chef rebelle Guillaume Soro un dialogue ivoiro-ivoirien qui va déboucher sur l’Accord de Ouagadougou –APO- qui conduira à l’élection présidentielle de 2010 que la France torpillera au sens le plus élémentaire du terme).

Le 6 décembre 2012, en écho aux propos du très chiraquien Denis Tillinac, le député socialiste François Loncle, qui connaît bien l’Afrique et préside alors le groupe d’amitié France-Burkina à l’Assemblée nationale, donne une interview dans son bureau du Palais-Bourbon. Répondant à une question évoquant l’éventuelle responsabilité du président burkinabé, Blaise Compaoré dans le Coup de septembre 2002, il dit clairement ce qui sonne comme une confirmation « française » :
« La France a davantage de responsabilités dans cette affaire, et on le verra. Ce qui est certain, c’est que les milieux gouvernementaux français de l’époque ne voulaient plus de Laurent Gbagbo et on connaît les méthodes françaises dans ces cas-là. Vieilles méthodes issues des pires travers du gaullisme, des méthodes Foccart, etc., et ça a perduré. Pour ça, ils trouvent toujours de bons professionnels.»

Le Coup d’Etat n’ayant pas prospéré, la France chiraquienne va s’entêter à soutenir le camp rebelle en essayant d’enfermer le pouvoir ivoirien dans le carcan d’un Accord signé aux forceps à Marcoussis le 23 janvier 2003 et qui prévoit un partage du pouvoir à Abidjan entre les différentes factions.

Mais avant de se prononcer sur les Accords de Marcoussis, dont il n’est pas signataire, Laurent Gbagbo viendra à Paris pour assister à la Table Ronde de Kléber les 25 et 26 janvier 2003. Après des tractations à rebondissement, Gbagbo obtient que Seydou Elimane Diarra (qui avait déjà présidé le Forum de Réconciliation en 2001) soit nommé premier ministre. Soro exigera, alors, les deux postes de souveraineté que sont les ministères de la Défense et celui de l’Intérieur. Bravache ou impatient, il le révèle devant les micros de la presse internationale sur le trottoir du Centre de Conférences, entrainant une réaction en chaine en Côte d’Ivoire, où l’opinion publique ne peut concevoir que ce « cadeau » soit fait aux rebelles. Gbagbo rentrera précipitamment à Abidjan, pour calmer la rue, et il attendra quelques jours avant de se prononcer finalement début février.

Lire aussi: “Disparition de Jacques Chirac Bernard Houdin dit non aux falsifications de l’histoire (Partie 1)

Paris, le 2 9septembre 2019

Bernard Houdin

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