Djibrill Bassolé:  Une arête en travers de la gorge

Djibrill Bassolé: Une arête en travers de la gorge

Djibrill Bassolé est une arête en travers de la gorge de Roch Marc Christian Kaboré. Présumé impliqué dans le putsch du 16 septembre 2015 avec des éléments, il faut le dire légers, aujourd’hui, le détenu Bassolé est un véritable problème pour le pouvoir Kaboré. Bassolé libre de ses mouvements et de sa liberté est un danger politique, diplomatique et même économique pour le pouvoir en place. Le garder embastillé sans éléments dans son dossier est également un danger politique, diplomatique et économique pour le pouvoir en place et pire, il faut le dire, cela entache sur l’image du pays. Un véritable dilemme qui pourri l’atmosphère au sein du pouvoir.

Ceux qui que rendent visite au Général Djibril Bassolé à la MACA sont tous unanimes, l’homme est serein. « Il a même pris du poids… » Lâche une de ses proches. Mieux, pendant les weekends, il faut patienter deux, voire trois heures, pour pouvoir le rencontrer. Tellement les visiteurs se bousculent. Il en est de même pour le Général Gilbert Diendéré. Mais qu’est ce qui peut faire « grossir » un prisonnier impliqué dans un crime pour le moins très grave ? De deux choses l’une. Soit il est sûr de son innocence, soit, il est coupable. Pour le cas Bassolé, tout porte à croire qu’il est dans le premier cas. Un innocent qui en prime détient un carnet d’adresse et d’une notoriété qui dépasse les frontières du Burkina. « Il n’est un secret pour personne que le Général Bassolé est très introduit dans les grandes sphères diplomatiques internationales… Je ne vous ferez pas l’injure de vous dire qu’il a un réseau diplomatique plus étoffé que celui des gouvernants actuels … », confie un diplomate en poste à Ouagadougou.

Des charges qui s’effritent

En effet, dernier ministre des affaires étrangères de Blaise COMPAORE, Djibril Bassolé s’est tissé une image d’un diplomate chevronné, aguerri, et surtout sérieux. Ce n’est pas pour rien qu’il est le représentant spécial de l’OCI (organisation de la conférence islamique) en Afrique de l’Ouest et que, même inculpé dans le cadre du putsch, l’homme n’a pas été débarqué à ce poste. Mieux, il bénéficie de l’appui et du soutien des premiers responsables de l’organisation.

A ce sujet des oreilles bien introduites nous renseignent que, lors de la conférence de l’OCI à laquelle le président Roch a participé en Turquie, dans un ton diplomatique : « il a été demandé au président Burkinabè Roch Kaboré d’user de ses prérogatives pour que le représentant spécial de l’OCI puisse jouir de sa liberté, si son implication n’est pas avérée dans le dossier du putsch.. » Pour faire simple, le Burkina ne bénéficiera de l’appui financier de l’OCI, que si « Djibi » est libre. Même le passage du Secrétaire général de l’ONU M Ban Ki Moon courant début mars 2016 dans notre pays avait pour raison officieuse, le cas Djibril Bassolé.

Il faut donc le dire tout net, Bassolé dehors est une grave menace pour le pouvoir car, l’homme est très influent, dispose d’une assise financière non négligeable et à la stature d’un homme d’Etat. En effet, Djibril Bassolet est dans les arcanes du pouvoir depuis plus d’une vingtaine d’années. Si à cela on ajoute le fait qu’il est gendarme, qu’il a été ministre de la sécurité, donc qu’il a certainement son propre service de renseignement, l’on comprend pourquoi il est craint. L’on comprend aussi pourquoi, tout est fait pour garder l’homme dans les liens de la prévention.

L’on se rappelle encore qu’en 2015, devant des milliers de jeunes partisans, il avait confié ceci : « il y a un temps pour tout. Et le temps viendra où l’on va dire la vérité au peuple Burkinabè et surtout à vous jeunes la vérité sur ce qui s’est passé dans notre pays. Qui a fait quoi ? Qui a dit quoi ? Qui était avec qui et quand ? Comment ? Je vais parler pour l’histoire, je vais tous dire… »

Et à la vérité, l’homme sait des choses. Au cœur de la sécurité et du renseignement de 1983 jusque dans dans les années 2010, l’homme en sait trop et comme il le dit, il connait le rôle de chaque acteur sur les dossiers juridiques en instance et bloqués au Burkina Faso. Et c’est certainement pour ça que sa place est à la MACA, pour l’empêcher de parler.

Surtout qu’à la suite de ce montage grossier d’écoutes téléphoniques qui passe difficilement, l’homme doit être remonté. Remonté contre ceux qui l’ont exclu de la course à la présidence et qui ont fini par l’embourber dans cette affaire de putsch foireux.

En effet si le premier Général de gendarmerie de notre pays est dans les geôles de la MACA, c’est parce qu’il aurait été en communication téléphonique avec le président de l’Assemblée nationale Ivoirienne Guillaume SORO pendant le putsch. Une communication téléphonique non authentifiée et qui n’a aucune base légale car, n’ayant pas été « commandé » par un juge. Sur la base de ces écoutes téléphoniques contestées « sauvages », non « authentiques » et non « authentifiables , Djibrill Bassolé a été mis aux arrêts et un mandat d’arrêt a été lancé contre Guillaume SORO. Ce mandat d’arrêt étant aujourd’hui annulé, il n’y avait pas de raisons valables de garder le général Bassolé dans les liens de la prévention. Mais voilà, des « juges dociles » ont remplacé les « juges zélés de Zida » pour conduire une justice « mouta-mouta ».

Ambitions politiques sous boisseau contre liberté

Ci fait que, à l’audience du 21 juin 2016, Djibrill Bassolé est convoqué pour se faire notifier une nouvelle charge on ne peut plus rocambolesque à savoir qu’il est accusé : “d’incitation de tiers à soutenir le putsch”. En effet dans le même dossier des fameuses écoutes téléphoniques, Zida et ses hommes auraient interceptés, en plus des conversations attribuées à Soro et Bassolé, une conversation que ce dernier aurait eue avec Commandant Paul Henri Damiba. Une conversation qu’un journal de la place a déjà fait étalage dans ses colonnes et qui se résume :

Paul Henri Damiba: Allô, Bonjour mon général !

Djibrill Bassolé: Vous devez intervenir contre le RSP parait-il ?

Paul Henri Damiba: Je n’ai pas reçu d’instruction de la hiérarchie à ce sujet. Avez-vous besoin de quelque chose de particulier ?

Djibrill Bassolé: Non !

Fin de la conversation.

C’est cette conversation qui a été requalifié en : “d’incitation de tiers à soutenir le putsch”. Cela a suffi pour que la chambre de contrôle du tribunal militaire rejette la demande de liberté provisoire déposée par les avocats du Général.

A la vérité, il ne pouvait en être autrement. Et pour cause, Djibrill Bassolé, tout comme biens d’autres personnalités du régime Compaoré dérangent les tenants du pouvoir actuel. Cette crainte de Bassolé et des autres tient du fait que les tenants du pouvoir actuel ont tout bâti sur le faux, le mensonge, et la violence pour accéder au pouvoir. Tout a commencé les 30 et 31 octobre où, sous le prétexte de la défense de la démocratie, des domiciles privés, des institutions publiques, des entreprises ont été passés au feu. Mais cela n’a pas suffi, il a fallu exclure des personnalités qui comptent sur l’échiquier politique national pour s’assurer la victoire. Ils ont concocté avec la bénédiction d’avocats et de personnalités véreux de la transition, la loi d’exclusion afin d’écarter de la course, tous ceux qui pouvaient représenter des challengers sérieux.

Bassolé était le plus visé et en sera frappé. Bassolé avait pourtant des arguments comme il le confiait à un journal malien : « Il est important de préserver au Burkina un environnement de paix, de stabilité et de sécurité. Parce que le mouvement insurrectionnel, le changement brutal de régime, ne devrait pas avoir des conséquences fâcheuses pour notre équilibre, pour notre stabilité. Ensuite, il faut régler les contentieux de certains nombres de dossiers, qui probablement ont retenu l’attention de la grande majorité des Burkinabés comme étant des dossiers pas jugés ou mal jugés. » Il avait aussi les ressorts financiers, relationnels certains pour vaincre. L’on comprend aujourd’hui l’acharnement dont il est l’objet.

Djibrill Bassolé peut être libéré. Mais acceptera-il de faire profil bas comme ces nombreux ministres, maires, présidents d’institution du régime Compaoré qui depuis fin octobre sont devenus muets comme des carpes et rasent les murs ? Ils sont nombreux ces personnalités que les tenants du pouvoir actuel ont contraint au silence, certains après quelques mois de prison, d’autres avec des menaces précises.

Peut-il être de même pour Djibrill Bassolé ? Ce n’est pas sûr. Roch le sait, Salif et Simon aussi. C’est pourquoi des émissaires sont envoyés dans la discrétion totale pour négocier le silence du Général contre sa liberté. « C’est sous le manguier du Général à la MACA que les négociations se mènent » Nous a confié une source qui a accompagné un émissaire. Djibrill Bassolé ne veut pas négocier sa liberté. Il n’est pas non plus prêt à enterrer ses ambitions politiques pour accepter une liberté qui s’apparentera à une grâce présidentielle. Il préfère être une arête dans gorge de Roch et les siens.

TTR

L’œil du Faso

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