Dominique Strauss-Kahn critique la politique de sanctions à l’égard de la Russie

Dominique Strauss-Kahn critique la politique de sanctions à l’égard de la Russie

Dominique Strauss-Kahn, le 12 septembre à Kiev :

Pendant que quatorze parlementaires français faisaient le voyage à Moscou pour apporter leur soutien à la Russie, Dominique Strauss-Kahn, lui, se trouvait à Kiev, vendredi 12 septembre, où il a fait passer à peu près le même message, bien que de manière plus subtile.

Invité à participer à la conférence annuelle « Yalta European Strategy », organisée par la fondation du milliardaire ukrainien pro-européen Viktor Pintchouk, l’ancien directeur général du Fonds monétaire international, aujourd’hui à la tête d’une société de conseil en investissement (LSK), a fait valoir que, si les sanctions occidentales à l’égard de responsables et de sociétés russes commençaient à être efficaces, elles « ne changeraient rien à l’attitude de la Russie ».

« Elles vont être néfastes pour l’économie russe, mais elles vont être aussi néfastes pour l’économie européenne », a-t-il poursuivi. Les éventuelles mesures de rétorsion russes sur la fourniture de gaz ne « feront qu’empirer les choses pour l’Ukraine ». « Ce que les sanctions vont changer, en revanche, c’est qu’elles vont pousser la Russie vers la Chine », a-t-il poursuivi.

Selon les médias officiels russes, M. Strauss-Kahn siège depuis juillet 2013 au conseil de surveillance de deux banques russes, le fonds des investissements directs de Russie, filiale de la Vnechekonombank (l’équivalent de la Caisse des dépôts) et la Banque russe pour le développement des régions, qui appartient au géant pétrolier Rosneft. Rosneft est l’une des entités aujourd’hui visées par les sanctions de l’UE et qui n’aura, de ce fait, plus accès aux capitaux européens.

« LES DISCOURS SONT LES DISCOURS »

M. Strauss-Kahn s’est aussi étonné de « la force et l’imagination » déployées par l’UE pour « sanctionner la Russie », au lieu d’en faire autant pour aider l’Ukraine. « Toute cette affaire a été très mal gérée par l’Europe et c’est vous, Ukrainiens, qui en payez le prix », a-t-il dit.

« Si vous voulez changer le cours de l’Histoire, ça ne me gêne pas, mais faites-le plutôt par la négociation que par la guerre (…). Parce que, évidemment, les Européens ne sont pas prêts à mourir pour l’Ukraine : vous êtes seuls. Ici, les gens me demandent : “Mais où est l’argent ?” Car les discours sont les discours, mais pendant ce temps, vous, les amis, vous êtes en train de vous noyer. »

Traditionnellement organisée à Yalta, en Crimée, depuis onze ans, cette conférence s’est déplacée cette année à Kiev, puisque la Crimée est à présent occupée par la Russie. Contrairement aux autres intervenants, M. Strauss-Kahn s’est abstenu de dénoncer cette annexion.

Sylvie Kauffmann, correspondante à Kiev

Source: Le Monde.fr

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