Du pardon de Soro Guillaume (Par Tagro Tapé Innocent)

Du pardon de Soro Guillaume (Par Tagro Tapé Innocent)

1) Le 03 avril 2017, du haut du perchoir de l’Assemblée nationale dont il est le président pour son deuxième mandat d’affilée, Soro Guillaume lança un appel à la réconciliation, au pardon et à l’union des Ivoiriens, pour qu’il y ait enfin la paix en Côte-d’Ivoire.

C’est cet appel au rassemblement des Ivoiriens qui, parmi ses compagnons de lutte, va déboucher, le 09-06-2017, sur le Mouvement dit « Alliance du 03 avril », lequel donnera naissance un peu plus tard à l’Union Des Soroïstes (UDS).

2) Vers la fin de la présente semaine (précisément le jeudi 20-07-2017), de retour d’une tournée en Europe, dans le cadre de ses fonctions de chef du Parlement ivoirien, tournée au cours de laquelle il dit avoir été élu 1er vice-président de l’Assemblée Parlementaire de la Francophonie, il a réitéré son intention et sa volonté de nous conduire au pardon, à la réconciliation et donc à l’union et à la paix.

Pardon, Réconciliation, Paix !

Trois mots merveilleux !

Et pourtant trois mots rares puisque systématiquement refusés depuis le 11-04-2011 à l’immense majorité de ces Ivoiriens qui ont choisi de se mettre du côté de la République de Côte-d’Ivoire, et donc de Laurent Gbagbo, alors dirigeant d’un pays aux prises depuis le 18 septembre 2002 avec une rébellion dont Soro Guillaume s’était lui-même déclaré le chef.

Pardon, Réconciliation, Paix !

Trois mots merveilleux !

Trois mots importants, indispensables et chers aux Ivoiriens !

Car en fait, qui serait contre le pardon, contre la réconciliation et contre la paix dans un pays où le traumatisme né des emprisonnements et des tueries est notre quotidien depuis qu’en 2011 la France et l’ONU ont renversé militairement Laurent Gbagbo?

Qui ne voudrait pas que tout change enfin dans le bon sens et que ne soit plus qu’un mauvais souvenir à vite oublier, ce qu’il voit des restes de son beau pays déchiré et dont se repaissent tous ces charognards ?

Qui ne serait pas en faveur du pardon pour enfin tourner la page de la mise à mort -de sang froid-, des milliers de nos compatriotes tués simplement parce qu’ils défendaient leur patrie contre une rébellion injustifiée, impitoyable et sanguinaire ?

Non, mais, qui s’opposerait à la réconciliation d’hommes et de femmes, naguère unis et qui, depuis le 11-04-2011, se regardent en chiens de faïence du fait d’une politique de « rattrapage » officialisée par ceux-là mêmes qui devraient prôner notre union à tous?

Qui rejetterait la paix qui permettrait –enfin- aux habitants de ce pays de renouer avec leurs bonnes vieilles habitudes de bonhomie et d’hospitalité, et de se consacrer à la recherche du bien-être de chacun ?

Non, personne –décemment- ne pourrait vouloir contrecarrer une telle initiative en faveur du rassemblement de tous nos compatriotes.
En tout cas, parmi tous ces prisonniers, tous ces veufs, tous ces orphelins, tous ces exilés, tous ces hommes et femmes dont ils ont tué les enfants ou à qui ils ont pris les terres de force, tous ces oubliés du développement, personne ne serait opposé au vœu de Soro Guillaume.
Bien au contraire !

Etant donné que par le pardon, par la réconciliation et par la paix, les habitants de ce pays, ayant mesuré les conséquences de leur descente aux enfers, auraient là une bonne occasion de vivre plus fraternellement et de s’engager à ne plus jamais se laisser diviser pour des ambitions politiques égoïstes !

Puisque ce serait-là, l’occasion de reprendre enfin une vie normale !

C’est donc pour cela que, même après ces quinze terribles, longues, atroces et inoubliables années de souffrances, de barbarie et d’animalisation qui vont de 2002 à 2017, tous sont d’accord avec l’intention de Soro Guillaume.

Tous veulent aller à la paix !

Mais, tous se méfient !

Tant il est vrai que chat échaudé craint même l’eau froide !
Car, qui parle, au juste, de réconciliation, de paix et de pardon ?
C’est Soro Guillaume !

Et, heureusement pour nous –malgré les « circonvolutions de l’homme politique » qu’il est devenu- il se présente lui-même comme étant «un acteur majeur de la crise de 2002 » en Côte-d’Ivoire, nous donnant ainsi l’occasion de revisiter avec lui, le parcours d’acteur majeur de la crise qu’il fut ces dernières années !

Et force est de constater qu’il a été plutôt un véritable poison pour les Ivoiriens, ses compatriotes !

Alors, on revoit cet homme, « l’Intrépide Soro Guillaume » qui revendiqua la paternité de la rébellion de 2002 -le Mouvement Patriotique de Côte-d’Ivoire- et tous ses démembrements ; des bandes armées de rebelles qui menèrent la razzia sans pitié au sein des populations ivoiriennes opposées au renversement des institutions de notre République !

On revoit également celui qui –bien que chef rebelle- fut nommé premier ministre, par Gbagbo en 2007, au sortir de l’Accord de Paix de Ouagadougou dans l’espoir que, ainsi, nous irions plus facilement à la paix.

Mais, on a aussi souvenance du fait que c’est officiellement lui, « Soro, l’Intransigeant », qui, jamais, au grand jamais, n’accepta franchement le désarmement de sa rébellion, la seule véritable obligation de l’Accord lui incombant et qui aurait permis, depuis ce temps-là, d’aboutir à la paix en Côte-d’Ivoire.

Or, il était bien conscient que –lui faisant toujours confiance- Gbagbo et l’Etat de Côte-d’Ivoire s’acquittaient, quant à eux, de leur part de responsabilités imposée par ledit Accord pour espérer arriver à la paix, à la réconciliation et au pardon.

Pour nous résumer, en ce temps-là où le pays tout entier attendait cela de lui, Soro Guillaume s’était refusé à comprendre la nécessité d’accepter la main que lui tendait, par sa nomination comme premier ministre de Côte-d’Ivoire, une République qu’il n’avait eu aucun scrupule à poignarder par traîtrise.

Car ce Soro-là, c’est bien lui et la rébellion qu’il dirigeait qui continuèrent –sans remords- de saper les bases de la République bien qu’ayant bénéficié également d’une amnistie de la part de Laurent Gbagbo, malgré tous leurs actes criminels contre les institutions ivoiriennes.

C’est encore lui, « Soro Guillaume, l‘Homme de mission », le chef politique d’abord puis militaire de la rébellion, qui prit les armes, à la tête de sa rébellion pour imposer aux Ivoiriens, le 11 avril 2011, aux côtés des armées de la France et de l’ONU, une classe de dirigeants à la base de tous leurs malheurs.

C’est donc pour cela que ce Soro Kigbafori Guillaume-là, il est logiquement encore perçu par la majorité des Ivoiriens comme un rebelle et comme le principal responsable politique par qui est arrivé le malheur de notre pays !

Alors, il est normal de se demander quelle mouche a bien pu piquer ce Soro Guillaume-là, maintenant, en 2017, après avoir fait tant de mal à la Côte-d’Ivoire?

Oui, quelle mouche l’a donc piqué pour qu’il se mette subitement à parler aujourd’hui de pardon, de réconciliation et de paix, lui qui a refusé tout cela pendant quinze ans ?

Et pourquoi est-ce maintenant, en 2017, qu’il ouvre les yeux sur les souffrances de tous ceux qui ne sont pas de son camp ?

Oui, pourquoi est-ce maintenant qu’il se penche sur le sort de tous ces hommes et femmes qui sont depuis 2002 la cible des hommes de son camp qu’il a contribué à mettre au pouvoir?

Question légitime car nous sommes à maintenant trois petites années de l’an 2020 –année considérée partout et par tous comme politiquement décisive-

Cette soudaine préoccupation de Soro Guillaume pour la réconciliation, pour le pardon et pour la paix, ne serait-ce pas pour pouvoir ratisser large au sein de la population ivoirienne désemparée qu’il sait aspirant de tous ses vœux à la paix, quand on sait que son « Alliance du 3 Avril » s’est muée en un mouvement plus large à l’allure de parti politique: l’UDS, justement à l’approche des échéances électorales de 2020 ?

Alors, Pardon, Réconciliation, Paix !

Ce sont, il est vrai, trois mots merveilleux et à charge positive !
Mais, trois mots hautement suspects dans la bouche de Soro Guillaume !

Et c’est cela qui justifie la méfiance de tous ces Ivoiriens qui ont souffert le martyre et qui continuent de pâtir des suites des actes de « de l’acteur majeur de la crise depuis 2002 » qu’est Soro Guillaume.
Et tous se demandent si ce n’est pas cette échéance électorale capitale-là qui fait courir Soro Guillaume.

D’où, nous le répétons, la suspicion légitime qui entache le désir de pardon, de réconciliation et de repentance de Soro Guillaume.
Cela dit, il est évidemment toujours bien de savoir que Soro Guillaume veut se repentir –même si c’est sur le tard- de tout le mal que ses hommes et lui-même ont fait à la Côte-d’Ivoire « consciemment ou inconsciemment ».

Cela nous semble important et nous l’encourageons déjà dans ce sens.
Car prendre conscience de ses fautes et, surtout vouloir les réparer est un acte fort, louable, un pas dans la bonne direction et nous voulons bien croire qu’il est sincère.

Mais, qu’il ne s’y trompe pas, ce n’est pas un blanc-seing que nous lui donnons.

Il a dit lui-même que dans les jours à venir, il va prendre l’initiative de demander pardon au peuple ivoirien, à Alassane Ouattara, à Konan Bédié, « et même » à Laurent Gbagbo !

C’est donc une invite à le regarder agir et un engagement fort que Soro Kigbafori Guillaume prend envers le peuple ivoirien et nous attendons qu’il fasse la preuve de sa bonne foi puisqu’il le dit si bien lui-même : « personne n’a intérêt à jouer contre la paix en Côte-d’Ivoire…il faut que nous allions à la paix car la division fait du tort à tous ».

Parmi les initiatives qu’il envisage de prendre pour prouver qu’il veut aller à la réconciliation, il parle :

1) «De demander pardon au peuple ivoirien ».
Nous attendons donc de voir quels contours cela va prendre mais nous lui suggérons déjà de reconnaitre officiellement et publiquement les torts qu’il a fait à tous les Ivoiriens depuis qu’il dirigeait la rébellion des Forces nouvelles jusqu’à sa dernière « Bataille d’Abidjan de 2011».

2) D’« aller demander pardon à Alassane et à Bédié ».
Nous voulons croire que le non-dit de cette rencontre c’est d’abord de leur faire comprendre l’ampleur des dégâts qu’ils ont, tous les trois, causés au pays, puis, de leur demander ensuite, pardon -à Alassane et à Bédié- afin qu’ils le rejoignent effectivement et le soutiennent réellement dans son effort de réconcilier les Ivoiriens qu’ils ont tant fait souffrir.

Car de fait, Alassane Ouattara et Henri Konan Bédié ont été ses complices dans la guerre qu’il a menée contre notre pays.
Et aussi loin que remontent nos souvenirs, dans cette douloureuse période de septembre 2002 au 11-04-2011, aucun mal ne leur a été fait à tous les deux par Soro Guillaume !

Bien au contraire !

Ne sont-ils pas les véritables bénéficiaires de la rébellion conduite par Soro Guillaume?

3) Il dit aussi : « Gbagbo mérite que j’aille lui demander pardon ».
Il nous semble que pour l’instant -plutôt que d’aller jusqu’à la Haye- la meilleure façon de demander pardon à Gbagbo, ce serait tout d’abord que Soro Guillaume commence par se réconcilier avec tous ceux qui, au nom du prisonnier de la « communauté internationale », sont passés au fer ici, chez nous, en Côte-d’Ivoire : tous ces prisonniers politiques et militaires ou simplement civils qui se trouvent disséminés dans tous les cachots du pays ainsi que tous ces exilés qui ne demandent que des garanties solides de sécurité afin de pouvoir rentrer enfin au pays.

4) Nous l’avons déjà suggéré, il faudra qu’il prenne le même courage qui le pousse à vouloir se repentir maintenant, pour expliquer clairement –ici ou ailleurs- comment s’est déroulé le scrutin électoral de 2010, et qui en est réellement sorti vainqueur.

La voix de Soro Guillaume compte désormais beaucoup plus en tant que premier vice-président de l’Assemblée parlementaire de la francophonie.

Elle arrivera maintenant plus surement et sans encombre dans les hautes sphères internationales de décisions.

Il nous semble que c’est ainsi et seulement ainsi qu’il aura réellement réparé le tort fait à Gbagbo et à Blé Goudé qui croupissent injustement en prison à la CPI.

Alors et alors seulement, s’il se rend après cela à la Haye pour rencontrer Gbagbo «pour lui demander pardon », l’on pourra reconnaitre que ce n’est pas pour engranger des dividendes politiques en prévision de 2020, comme certains hommes prétendument politiques l’ont fait avant lui à l’approche de l’élection présidentielle de 2015 !

5) Soro Guillaume et tous ses soutiens devraient enfin comprendre que seule le retour de Gbagbo en Côte-d’Ivoire pourra aider à réaliser la réconciliation effective des Ivoiriens à laquelle lui aussi aspire maintenant.

Et ce, parce que, malgré les souffrances atroces qu’on leur a fait endurer à cause de leur soutien aux institutions qu’incarnait Laurent Gbagbo, la grande majorité des Ivoiriens se reconnaissent toujours en lui.

Ensuite parce que Gbagbo est un leader politique tellement populaire dans son pays que, rien de positif ne peut se faire en le tenant à l’écart de la vie politique ivoirienne.

C’est pour cela qu’il n’est pas exagéré de dire qu’un seul mot de Gbagbo contribuera à faire tomber considérablement la fièvre dans le pays et à ressouder véritablement les liens de fraternité malheureusement rompus par des politiques tribalistes.

De plus, il est préférable qu’il revienne au pays afin de libérer définitivement tous les profiteurs du système actuel qui ont peur pour leur avenir après tout le mal qu’ils ont fait sciemment à l’autre partie du peuple qui n’épousait pas leurs convictions politiques..
Car, lui seul a les mots justes pour apaiser toutes nos inquiétudes et toutes nos souffrances.

Oui, avec Laurent Gbagbo en Côte-d’Ivoire tous les « théoriciens du rattrapage et tous les rattrapés » de la politique du RHDP seront enfin rassurés sur leur sort étant donné qu’aucun sentiment de revanche ne l’habite malgré tout le mal qui leur a été fait à lui et à ses partisans.
Et cela, plus que tout autre homme politique ivoirien, Soro Kigbafori Guillaume le sait !

Toutes les réactions négatives ou dubitatives qui s’élèvent en ce moment à l’encontre de la pourtant salutaire volonté exprimée par Soro Guillaume, de maintenant aller à la repentance, au pardon, à la réconciliation et donc à la paix, viennent de là !

Alors, Soro Guillaume devra en tenir compte, s’il veut réussir sa mission !

Ce dimanche, 23-07-2017

TAGRO Tapé Innocent,

Enseignant

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