Du rattrapage à la xénophobie: Evoluons-nous vers le rétablissement de la carte de séjour en Côte d’Ivoire?

Du rattrapage à la xénophobie: Evoluons-nous vers le rétablissement de la carte de séjour en Côte d’Ivoire?

« La Côte d’Ivoire ne laissera pas rentrer sur son territoire, une personne si elle n’a pas un document fiable (biométrique)», a fait savoir Hamed Bakayoko, ministre de la sécurité du régime Ouattara lors d’une conférence de presse le 22 mars 2016.

Monsieur Bakayoko exprimait ainsi l’intention du gouvernement Ouattara de durcir le ton sur la question des contrôles d’identité. Ce qui à vrai dire est tout à fait normal. Sauf que ce relâchement des contrôles est la conséquence d’une honteuse exploitation politique de la question des étrangers dans le pays pendant que le RDR étant dans l’opposition.

Et pour joindre l’acte à la parole, les services de monsieur Bakayoko ont déjà indexé des ressortissants maliens comme étant les cerveaux de l’attentat du 13 mars 2016 à Bassam. En effet, seulement une semaine après l’attentat de Bassam, trois Maliens, soupçonnés d’avoir des liens avec des djihadistes, ont été appréhendés à Adjouffou, un quartier précaire de Port-Bouet. Pourtant, selon AQMI, l’un des trois assailants serait un local, donc ivoirien. Qui dit même que les deux peuhls du groupe n’étaient pas eux-même ivoiriens?

Lors d’une rencontre avec le Conseil supérieur des imams (Cosim), le minstre Hamed Bakayoko a dénoncé l’existence d’un “processus de radicalisation dans certaines parties du pays”.

Le cocktail explosif est réuni: les étrangers venant des pays fontaliers du Nord de la Côte d’Ivoire et les populations musulmanes constitueraient la menace en Côte d’Ivoire.

Cest le retour dès lundi à la carte de sejour Du rattrapage à la xénophobie: Evoluons nous vers le rétablissement de la carte de séjour en Côte d’Ivoire?

Qui aurait cru que ces récriminations viendraient d’un pouvoir qui se veut le représentant de cette partie de la population ivoirienne?

Moi, je n’en suis pas surpris. Ce que je crains cependant c‘est la répétition des exactions contre ces mêmes populations, comme ce fut le cas en 1991, à la suite de l’instauration de la carte de séjour.

Pour expliquer la raison de la prise des armes contre le pouvoir Gbagbo et créer le chaos social en Côte d’Ivoire, Guillaume Soro avait publié son livre-confession intitule “Pourquoi je suis devenu un rebelle”. Dans ce livre, l’ancien leader étudiant expliquait qu’il se sentait le devoir d’agir pour sauver son pays qui serait au bord d’un génocide du fait du concept de l’ivoirité, le concept qui a conduit à l’exclusion d’une partie du peuple ivoirien : les nordistes. Guillaume Soro se plaisait toujours à expliquer qu’il faisait l’objet de contrôle de ses pièces d’identité parce qu’il vient du Nord de la Côte d’Ivoire.

A la vérité les contrôles auxquels fait allusion Guillaume Soro proviennent de l’application du décret n°91-631 du 2 octobre 1991 renforcant la loi n°90-437 du 29 mai 1990 relative à l’entrée et au séjour des étrangers en Côte d’Ivoire par des policiers zélés.

L’histoire de l’instauration de la carte de séjour par Alassane Dtamane Ouattara en Côte d’Ivoire

En mais 1990, la Côte d’Ivoire a, sous l’impulsion de monsieur Alassane Dramane Ouattara, Premier Ministre d’alors, fait voté la loi n° 90-437 du 29 mai 1990 relative à l’entrée et au séjour des étrangers en Côte d’Ivoire qui dispose en son article 6 : « A tout Etranger âgé de plus de 16 ans doit, s’il séjourne en Côte d’Ivoire et après l’expiration d’un délai de 3 mois depuis son entrée sur le territoire ivoirien, à être muni d’une Carte de Séjour»

Cette loi prévoit les cas d’expulsion, la procédure de recours et détermine les catégories de personnes pouvant faire l’objet d’un arrêté d’expulsion (mineurs de 21 ans, etc.). Elle fixe également les sanctions pénales applicables aux étrangers entrés ou séjournant irrégulièrement sur le territoire et aux personnes ayant facilité, directement ou non, ces infractions.

Il faut préciser que les (9) députés du FPI conduits par Laurent Gbagbo, alors député de Ouragahio, se sont opposés à l’adoption de cette loi. Leurs homologues du PDCI-RDA l’ont quant à eux adoptée à une écrasante majorité.

Le projet sus-cité est inédit en Côte d’Ivoire car il établit la différence entre Ivoiriens et étrangers. Comme le précise Laurent Dona Fologo dans une interview à “Jeune Afrique” le 04 septembre 2007, les concepteurs avaient pour objectif de mieux maîtriser le flux migratoire et faire en sorte que ceux qui viennent sur le territoire ivoirien puissent être identifiés.

En application de la loi n°90-437 du 29 mai 1990, le décret n°91-631 du 2 octobre 1991 a été pris. Ce décret prévoit que les étrangers doivent toujours être en mesure de présenter leur carte de séjour à toute réquisition des agents habilités de l’administration ainsi que pour l’accomplissement de certains actes de la vie civile auprès du service de l’emploi.

C’est en application de cette disposition de la loi que le ministère de la Sécurité intérieure dirigé à l’époque par le général Lassana Palenfo, s’est lancé dans une traque sans précédent aux étrangers. L’une de ces traques a eu pour effet la descente musclée de la police dans une mosquée d’Abobo en 1991 pour contrôler la carte de séjour des fidèles d’origine étrangère pendant que ceux-ci étaient en pleine prière. La descente brutale de la police a occasionné de nombreux blessés ce jour là.

C’est donc plus l’application abusive de la loi n°90-437 du 29 mai 1990, que le concept de l’ivoirité, une simple élucubration d’intellectuels proches du PDCI, qui a mis à mal la cohésion nationale.

Faisons donc attention à ce que les même causes ne produisent pas les même effets.

Tanoh

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