Duékoué: A quand la fin de l’eldorado sur fond d’injustice?
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Duékoué: A quand la fin de l’eldorado sur fond d’injustice?

Dans le numéro 1764 du quotidien ivoirien ‘’Le Nouveau Courrier’’ du mercredi 10 Janvier 2018, monsieur KONE Karomoko, le Sous-Préfet de Guéhiébly, tente tant mal que bien d’expliquer une situation qui ‘’pue’’ l’injustice tout en prouvant l’existence d’une réalité qu’il dit ne pas exister (cette sordide affaire du lotissement de Michelkro).

Tout en disant grand merci à tous les médias qui ont bien voulu publier notre cri de détresse, en prenant la presse d’investigation à témoin (si cette dernière veut bien venir vérifier nos affirmations pour aider à l’éclatement de la vérité), nous, victimes de Duékoué, voudrions répéter ici que les explications de monsieur le Sous-Préfet de Guéhiébly ‘’puent une injustice criarde’’ pour toutes les raisons qui suivent :

1/ d’abord, entre nous, reconnaître de la part de monsieur le Commandant qu’un projet de lotissement d’un campement nommé Michelkro nous suffit pour dire que nous ne soyons pas de ‘’sa’’ préfecture comme il le clame, il existe bien un problème foncier dans la brousse de nos ancêtres, à Bahé-Sébo…

2/ c’est un autre cas avéré d’injustice criarde quand, sans gêne, monsieur le Sous-Préfet parle d’électrification avec adduction d’eau d’un patelin qui regorge cinq mille (5 000) âmes. Sur de telles affirmations, nous interpellons monsieur le Sous-Préfet qui nous exclue de ‘’sa’’ préfecture que c’est une injustice grossière et une volonté manifeste de décimer les autochtones Wê que nous sommes quand l’on sait qu’à la faveur de la guerre de 2002 à 2011, la quasi-totalité des villages Wê, chefs- lieux de tous ces campements d’envahisseurs non encore désarmés, ces villages Wê, disons-nous, ont été dépouillés par les rebelles de toute infrastructure électrique, sanitaire, éducative, … Pour exemple patent, son collègue Sous-Préfet de la circonscription de Bagohouo, depuis 2011, exerce dans les locaux de la Préfecture de Duékoué où il réside. En outre, que ce soit à Guéhiébly et à Bagohouo, toutes deux sous-préfectures, il n’y a pas de château d’eau ou la moindre adduction en eau potable, pour des localités dont la démographie est le double, sinon le triple des cinq mille(5 000) )âmes que monsieur le Sous-Préfet revendique à Michelkro.

3/ le fait même que ces populations se soient installées là, à Michelkro, est déjà un problème pour les populations autochtones Wê et les propriétaires de cette vaste parcelle située à quelques kilomètres du Mont-Péko. C’est déjà un problème, le Sous-Préfet le sait-il ? Oui, la question mérite d’être posée à monsieur le Sous-Préfet qui nous nie le fait d’être de ‘’sa’’ préfecture. Monsieur le Sous-Préfet sait-il que c’est à la faveur de la guerre, Michelkro, tout comme Da Najet’ à Yrozon, Dodobly près de Blodi,…, ainsi que ces dizaines de villages d’assaillants au sein du Mont-Péko, ont pris naissance ? Bien sûr, sur la puissance en armes de guerre de toutes ces poudrières, monsieur le Sous-Préfet nous criera, la main sur le cœur, qu’il y a longtemps que ces brigands et génocidaires cachés dans nos brousses ont tous déposé ou rendu leurs armes. Mais bon sang, pourquoi des autochtones Wê dont la dignité n’a pas encore foutu le camp et qui, reconnaissant trait pour trait les assassins de leurs parents ou familles, sur une injonction d’un Sous-Préfet, se pliant en quatre, vont leur céder la terre de leurs ancêtres ?

4/ tous ces villages d’allogènes et d’étrangers vivant en autarcie ou en réclusion dans les brousses ivoiriennes sont un danger, un véritable danger pour la sécurité, le développement, la cohésion sociale et la paix. Pour les raisons évidentes qui suivent : trop d’armes de guerre y circulent (le récent conflit à Guiglo et les innombrables braquages le confirment), les populations clandestines non-recensées ou non-identifiées, leur nombre inconnu plombe tout projet de développement, leur repli ethnique sur soi leur fait commettre bien souvent, dans ces brousses, des crimes ou des actes d’effroyable barbarie sur tout inconnu qui se perd en brousse et se retrouve dans leurs champs ou villages.

En outre, il y en a, de ces témoins encore en vie, dont certains, président, simple électeur ou représentant de candidat dans un bureau de vote perdu en pleine forêt, ont failli être égorgés ou massacrés après avoir été copieusement battus, en 2010, dans ces villages ou campements d’allogènes. Les élections de 1990 à 2000, ils ne se limitaient qu’à des menaces mais pour 2010, une incursion sur le terrain des faits fournira des preuves vivantes et abondantes. C’est peu dire que d’affirmer que des bureaux de vite à caractère ethnique est un grand danger pour qui veut bâtir une nation. En clair, oui, plus qu’un avis aux zélés chantres actuels d’une réconciliation sous le poids des armes et de la prison en Côte d’Ivoire, il sera toujours illusoire de parler de paix avec des gens qui, vivant en un cercle hermétiquement fermé, sur la base de leur ethnie, ont du mépris, rien que du mépris accentué ou aggravé dès la rébellion de 2002, pour les autochtones Wê sur les terres desquels ils vivent. Peut-on vivre en paix avec un hypocrite qui n’a d’yeux que pour des terres cultivables et toujours prêt à faire disparaître tout légitime propriétaire de ces terres ?

Cet appel public n’est pas le premier des victimes de Duékoué : la menace de la disparition totale (ratée par les chiens de guerre en 2011) du Wê est là, elle est réelle et il urge que d’une façon définitive, la loi sur le foncier rural reprenne de sa vigueur pour qu’enfin la Côte d’Ivoire puisse vivre en paix. Les conflits fonciers sont déjà trop nombreux pour que l’on veuille en créer d’autres. Quant aux vingt-six millions (26 000 000) francs c.f.a., soit environ trente-neuf mille six cents (39 600) euros à offrir au Sous-Préfet de Guéhiébly, ce sont certains de ceux qui souhaitent le lotissement de Michelkro, avec toute l’arrogance, la vanité et l’indiscrétion propres à tout assaillant ou rebelle, qui le chantent à leurs compatriotes opposés à l’expropriation des nôtres. Cette information est sur toutes les lèvres à Bahé-Sébo, nous ne calomnions personne.

Encore une fois, merci à tous les médias qui se font le relai de nos cris de souffrance. Un relai qui va obliger le Sous-Préfet de Guéhiébly de freiner des quatre fers sur un projet de lotissement qui sera plus nuisible qu’utile à la Côte d’Ivoire. Enfin, sur tout ce que nous avançons comme propos, il sera loisible à chacun de ces médias de venir vérifier sur le terrain les innombrables d’énormités administratives et judiciaires que vivent nos populations dans le domaine du foncier (construction et urbanisme) et du foncier rural. Ce pays sera libéré, vaille que vaille et nous Wê, nous en sommes plus que conscients, convaincus. C’est pourquoi, tout doucement, nous avançons tout en refusant d’être des fous pressés.

Pour le collectif des victimes de Duékoué (Carrefour & Nahibly) : Emmanuel Caleb, le 11/01/’18

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