Élection de Roch Christian Kaboré au Burkina Faso: Les électeurs burkinabé ont-ils eu le nez creux en portant leur choix sur ce dernier ?

Élection de Roch Christian Kaboré au Burkina Faso: Les électeurs burkinabé ont-ils eu le nez creux en portant leur choix sur ce dernier ?

Le peuple Burkinabé s’est exprimé et l’issue du vote du président de la République du Faso qui s’est déroulée le dimanche 29 novembre 2015. Son choix s’est porté sur Roch Marc Christian Kaboré, 58 ans. Le nouveau président du Burkina Faso est élu avec 53,49 % des voix, selon les résultats provisoires proclamés le lundi 30 novembre et qui seront à coup sûr validés par le Conseil constitutionnel.

Son rival et principal adversaire, Zéphirin Diabré, candidat de l’Union du peuple pour le changement (UPC), arrive loin derrière avec 29,65 % des voix. Mais la fierté de ce peuple vient du fait qu’il est acteur d’un long processus parsemé de frictions. En effet, le 30 octobre 2014, le peuple du Faso prenait ses responsabilités et chassait Blaise Compaoré du pouvoir alors que ce dernier s’entêtait à changer une énième fois la constitution de son pays pour se maintenir au pouvoir après 27 ans de règne sans partage.

A la chute du dictateur, une transition s’est installée. Certes, le Conseil national chargé de gérer la transition était dirigé par le président Michel Kafando secondé par le Premier ministre Isaac Yacouba Zida. Mais le gouvernement de transition était surveillé comme du lait sur le feu par le peuple et ses démembrements de la société civile menés par l’association Balai citoyen. Le faux pas qui a failli ralentir le processus de démocratisation est venu par le général Gilbert Diendéré et ses éléments du Régiment de sécurité présidentielle (Rsp) ancienne garde prétorienne de l’ancien dictateur Blaise Compaoré. Mais là aussi le peuple a veillé au grain et ”tué” dans le œuf le coup d’Etat du mercredi 16 septembre 2015. L’on avait craint le pire mais tout a fini par s’arranger et le couronnement de cette détermination populaire est la parfaite organisation de l’élection présidentielle du dimanche 29 novembre 2015 qui place au pinacle Roch Marc Christian Kaboré.

Mais qui est cet homme élu pour présider aux destinées du Burkina Faso ? Les électeurs du Burkina Faso ont-ils eu le nez creux en portant leur choix sur ce dernier ? Peut-on parler de changement avec son avènement ? LG infos mène la réflexion pour amener ses lecteurs à mieux comprendre les enjeux d’une telle élection. Pour commencer, il est illusoire de dire que le nouvel élu est nouveau sur la scène politique. Roch Marc Christian Kaboré n’est pas né de la dernière pluie  … de la révolution burkinabé. On oserait même dire qu’il est un homme du sérail de l’ancien dictateur Blaise Compaoré.

Son histoire commence dès l’aube de la 2e révolution dans laquelle le capitaine Thomas Sankara est assassiné. Quand Blaise Compaoré s’empare du pouvoir à la suite de cet assassinat, Roch Marc Christian Kaboré membre du mouvement ULC-R connu pour être proche de la victime Thomas Sankara fait une volte face et s’allie à Blaise Compaoré devenu le nouveau maître du jeu politique du Burkina Faso. Ce saut opportuniste est en fait une sorte d’allégeance pour laquelle Kaboré adresse une lettre au nouveau pouvoir dans laquelle il évoque ”sa rectification de la révolution”. Une façon à lui de dire que le capitaine Thomas Sankara s’était trompé de trajectoire et que Blaise Compoaré fait bien de rectifier.

Depuis cette date Roch Marc Christian Kaboré qui avait déjà rompu les amarres avec ses anciens camarades de l’ULC-R traqués par les nouveaux arrivants, devient un des cadres sur qui Blaise Compaoré s’appuie pour installer et solidifier son pouvoir. Dès lors sa vie, pour ne pas dire comme à Abidjan, son destin va brusquement changer aux côtés du nouvel homme fort du Faso qui fait de lui un pion essentiel de son dispositif. Kaboré gravit les échelons dans l’entourage du président Compaoré. Roch Marc Christian Kaboré sera nommé un an après l’assassinant de Thomas Sankara, au ministère des Transports, et en 1991, au ministère chargé de la Coordination de l’action gouvernementale. Les Burkinabé voient déjà en lui un Premier ministre bis qui ne dit pas son nom. En 1996, Roch Marc Christian Kaboré devient officiellement Premier ministre, après un détour par les Finances, puis en août 2003, il est élu Président du CDP, Président du Bureau Politique National du Parti, poste qu’il a régulièrement occupé jusqu’au 4 mars 2012. Le 6 mai 2007, il est réélu député sur la liste nationale du CDP qu’il a conduit aux quatrièmes élections législatives de la IVème République.

Le 4 juin 2007, il est réélu Président de l’Assemblée nationale. Le 8 juillet 2011, pistonné par Blaise Comopaoré il est élu président de l’Assemblée Parlementaire de la Francophonie. Parallèlement, il occupe le poste de secrétaire exécutif du Congrès pour la démocratie et le progrès (CDP, parti de Compaoré) de 1999 à 2003.  Le 4 janvier 2014, à la suite de l’imbroglio politique suscité par l’impertinente idée de Compaoré de se présenter à nouveau, il présente sa démission du CDP. Mais on comprendra pourquoi. Pour toutes ces fonctions les observateurs de la scène politique du Burkina l’ont longtemps désigné comme le ”dauphin de Blaise”, bien que leur relation n’ait pas toujours été au beau fixe. En effet, une discorde va naitre entre lui et son parrain Blaise Compaoré et ce dernier va progressivement l’écarter du parti le Cdp au profit d’autres cadres. C’est dans cette ambiance malsaine et fiévreuse que Christian Kaboré contribue à créer au sommet de l’Etat burkinabé que, survient l’ambition de Blaise Compaoré de se maintenir au pouvoir – après 27 ans – en violation de la Constitution qu’il se propose de modifier.

L’article 37 de la Constitution burkinabé interdit en effet, au président de se représenter en 2015. C’est alors que Roch Marc Christian Kaboré qui n’est pas à son premier reniement – il avait déjà abandonné ses camarades de l’ULC-R pour suivre Compaoré après l’assassinat de Sankara – bascule définitivement dans l’opposition. Là aussi il y a une odeur d’opportunisme. Ayant rompu les liens avec le pouvoir balbutiant de Blaise Compaoré dont il voyait la chute en filigrane, Roche Kaboré dépose ses valises dans l’opposition en 2014, et il  crée le Mouvement du peuple pour le progrès (MPP) avec Salif Diallo et Simon Compaoré deux autres proches de l’ancien dictateur Blaise Compaoré dont il profite de la chute. Simon Compaoré, est l’ancien maire de Ouagadougou et Salif Diallo est un homme politique qui n’hésitait pas à afficher ses intentions de succéder à Blaise Compaoré.

C’est donc dire les liens très étroits qui ont existé – et que personne ne peut effacer d’un seul coup – entre les fondateurs du Mouvement du peuple pour le progrès (MPP) que sont Roch Marc Christian Kaboré, Salif Diallo et Simon Compaoré et l’ancien régime de Blaise Compaoré au sein duquel ils (Kaboré notamment) ont forgé leur carrière politique. Des liens très forts que même la déchéance par le peuple de Blaise Compaoré ne saurait faire oublier.

Les défis qui attendent le nouveau président du Faso

Le nouvel élu du peuple burkinabé doit son ascension fulgurante à l’ancien président du Faso. Que serait-il devenu sans le parrainage de ce dernier ? Pour certains observateurs, Roch Marc Christian Kaboré n’aurait pas eu ce parcours exemplaire si Blaise Compoaré ne l’avait pas pris sous ses ailes. En effet, ce dernier lui accorda son amitié et surtout sa confiance malgré les ambitions politiques affichées et la concurrence très féroce qui régnait au sein du Congrès pour la démocratie et le progrès (CDP) crée par l’ex-chef de l’Etat burkinabé. Elu avec 53,49 % Roch Marc Christian Kaboré a certes, la confiance du peuple burkinabé. Mais pour autant passera-t-il par perte et profit toutes ses années passées auprès de son mentor Blaise Compaoré ?

L’ancien président vit depuis sa chute en Côte d’Ivoire voisine. Le régime d’Abidjan qui n’aurait jamais existé sans le soutien de l’ancien pouvoir burkinabé, a dû faire des mains et des pieds pour renvoyer l’ascenseur à Blaise Compaoré en lui offrant protection, gite et couvert. Au moment où tout semblait possible, le pire n’étant pas écarté en octobre 2014 dès lors que le peuple du Faso fulminait de rage contre le dictateur. Ce même peuple burkinabé qui a chassé Blaise Compaoré n’est pas oublieux des drames antérieurs. Il y a l’affaire Sankara. Le capitaine qui a dirigé la révolution burkinabé a été assassiné dans des conditions qui restent à être élucidées.

Le Conseil national de la transition va bientôt passer la main au nouvel élu sans avoir trouvé un début de piste. C’est dire que le dossier reste entier. Mais aussi et surtout les deux dossiers les plus récents et les plus sensibles du fait des implications des puissances étrangères. Le coup d’État manqué du 16 septembre 2015 dont les enquêtes incriminent deux anciens proches de Blaise Compaoré, à savoir les Généraux Gilbert Diendéré et Djibril Bassolé. Le premier était à la tête du putsch manqué au cours duquel ses éléments du Rsp avaient pris en otage tout le gouvernement de la Transition réuni en conseil des ministres, y compris le président Michel Kafando et le Premier ministre Isaac Yacouba Zida.

Les deux hommes impliqués sont emprisonnés et les résultats de l’enquête pointent un doigt accusateur sur le président de l’Assemblée nationale de Côte d’Ivoire. Une fuite téléphonique laisse entendre la voix de Soro Guillaume s’entretenir avec Djibril Bassolé, le premier promet d’apporter son soutien financier, logistique et militaire au second sensé lui envoyer ”quelqu’un” pour les réceptionner. Au cours de la perquisition menée par le tribunal militaire au domicile ouagalais de Soro Guillaume, des gilets par balles, des minutions, de l’argent et des lingots d’or, sont trouvés par les enquêteurs. La maison est d’abord mise sous séquestre judiciaire pour être finalement reversée dans le patrimoine immobilier de l’Etat du Faso. Les autorités du Conseil national de la transition avaient évoqué « un crime contre l’humanité » dans les 19 chefs d’accusation dont sont accusés les putschistes.

De bonnes sources, il est plutôt question d’enclencher une procédure qui impliquerait la mise sur pied d’une commission rogatoire en vue de  lancer des mandats d’arrêt internationaux contre les complices ressortissants des « puissances étrangères » d’où seraient acheminés l’argent et le matériel qui ont servi dans le coup d’Etat manqué. Ce qui rend davantage inextricable la tâche qui attend le nouveau président élu, c’est que la piste du complot mène droit vers la Côte d’Ivoire voisine où s’est mis à l’abri l’ancien dictateur Blaise Compaoré et où le principal suspect est l’actuel président de l’Assemblée nationale. La question devient alors de savoir comment démêler l’écheveau et trouver un juste milieu.

C’est-à-dire si Roch Marc Christian Kaboré parviendra à contenter le peuple burkinabé souverain qui lui a accordé sa confiance et qui attend que toutes les questions de justice et d’impunité, laissées sans réponses par la Transition trouvent des réponses satisfaisantes. Et dans le même temps faire en sorte que la réconciliation nationale soit une réalité pour que le Burkina Faso fasse un nouveau départ. Le nouveau président est d’ethnie Mossi comme l’ancien dirigeant fondateur du CDP. L’affaire pourrait prendre une tournure tribale pour se régler dès lors que le Môghô Naaba le très vénéré souverain Mossi s’y implique et appelle à la tolérance entre ”frères”. En Afrique la notion de réconciliation nationale fait appel à la tolérance et au pardon. C’est donc une notion qui jure avec la considération de justice universelle qui elle se veut équitable telle que prônée dans le concert des nations modernes. Entre passer l’éponge sur les longues périodes d’assassinats, les tueries du putsch manqué et ; relancer la machine judiciaire pour sanctionner les auteurs et les complices de sorte à décourager d’éventuels les fauteurs de trouble le tout dans l’objectif de mettre fin à l’impunité, il y a un équilibre que le nouveau pouvoir burkinabé devra trouver.

Simplice Allard

Source: LG Infos

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