Elections locales en Côte d’Ivoire : la commune du Plateau au centre des tensions

Les résultats dans le quartier des affaires d’Abidjan sont contestés, tandis que deux personnes sont mortes lors d’un affrontement avec les forces de l’ordre dans le centre du pays.

Bagarre devant le siège de la Commission électorale indépendante (CEI), tirs de gaz lacrymogène, cortège de protestation… La tension est montée, dimanche 14 octobre à Abidjan, où les résultats de l’élection municipale dans la commune du Plateau n’ont pas été annoncés officiellement mais font l’objet de contestation.

Par ailleurs, deux personnes sont mortes dans un affrontement entre forces de l’ordre et partisans mécontents d’un candidat battu près de Séguéla, dans le centre de la Côte d’Ivoire. Ses « partisans ont dressé un barrage et ils ont refusé de le lever. Il y a eu un affrontement avec les forces de l’ordre, deux personnes ont été tuées », a indiqué à l’AFP la Plateforme des organisations de la société civile pour l’observation des élections en Côte d’Ivoire (Poeci).

Selon les résultats annoncés progressivement par la CEI, à Bouaké, la deuxième ville du pays, le maire Nicolas Djibo a été reconduit sous la bannière du parti au pouvoir, le Rassemblement des houphouëtistes pour la démocratie et la paix (RHDP). A Yamoussoukro, la capitale politique, le maire Kouacou Gnrangbe Kouadio Jean, du Parti démocratique de Côte d’Ivoire (PDCI, de l’ancien chef d’Etat Henri Konan Bédié), a été réélu. A Korhogo, la grande ville du nord, fief du premier ministre, Lazani Coulibaly (RHDP) a largement gagné.

A Abidjan, la bataille électorale dans le quartier populaire d’Abobo, une des circonscriptions phares de ce scrutin, a tourné en faveur du ministre de la défense, Hamed Bakayoko, qui l’a emporté haut la main face à son concurrent indépendant Tehfour Koné, soutenu par Guillaume Soro, l’ancien chef de la rébellion et actuel président de l’Assemblée nationale. A Cocody, une commune huppée d’Abidjan, c’est Jean-Marc Yassé (PDCI) qui l’a emporté.

Gaz lacrymogènes

Le Plateau, quartier des affaires d’Abidjan et commune la plus riche du pays, cristallise une bonne partie des tensions. Ce scrutin oppose Fabrice Sawegnon (RHDP), spécialiste de la communication qui a orchestré les campagnes de plusieurs chefs d’Etat africains, au discret mais bien implanté Jacques Ehouo (PDCI). Longtemps allié au RHDP, le PDCI a claqué la porte de la coalition gouvernementale il y a deux mois. Les deux hommes revendiquent la victoire au Plateau.

Selon des pointages partiels effectués samedi soir par l’AFP ainsi que par des observateurs indépendants, Jacques Ehouo semblait en tête. Mais samedi soir, la CEI du Plateau n’a pas procédé à la compilation des voix en raison de l’absence mystérieuse de ses deux présidents. Après une nuit de tension, les urnes ont été transférées dimanche à la CEI départementale, dans le nord-est d’Abidjan. Les forces de l’ordre y ont dispersé les manifestants à coups de gaz lacrymogène. En début d’après-midi, lors de la compilation, la CEI, sans proclamer de résultats, a semblé donner la victoire à M. Sawegnon, malgré les protestations des représentants de M. Ehouo et sous les regards circonspects d’observateurs de l’Union européenne.

Le litige porte sur le fait que M. Ehouo est en tête dans pratiquement tous les bureaux, où le taux de participation avoisinait les 20 %, alors que M. Sawegnon ne remporte qu’un seul lieu de vote, celui de la Chambre de commerce, où le taux de participation avoisine les 90 %. « Leurs procès-verbaux ne correspondent pas aux nôtres. Ils viennent d’où leurs PV ? », a questionné M. Ehouo, laissant entendre qu’il s’agissait de faux. Le numéro deux du PDCI, Maurice Kakou Guikahué, a déploré lors d’une conférence de presse « un braquage éhonté » des résultats des municipales et régionales qui, selon lui, se profile à l’horizon.

Dimanche soir, M. Ehouo a organisé une marche de plusieurs centaines de personnes entre le siège de son parti à Cocody et son siège de campagne. Le cortège a été bloqué à l’entrée du Plateau par les forces de l’ordre. Les manifestants se sont assis pendant une heure environ avant que le candidat ne leur donne rendez-vous lundi. De petites échauffourées ont eu lieu lors de la dispersion.

Joint par l’AFP dimanche, M. Sawegnon a catégoriquement réfuté les allégations de fraude. « On a identifié des bureaux où il y a eu des irrégularités, et là il y a eu refus de signer » les PV, a-t-il expliqué. « On est légalistes, on attend les arbitrages de la CEI », a-t-il assuré.

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