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En Côte d’Ivoire, la gestion néopatrimoniale du pouvoir est inquiétante (Par Prao Yao Séraphin)

En Côte d’Ivoire, la gestion néopatrimoniale du pouvoir est inquiétante (Par Prao Yao Séraphin)

« Dépasser le but, ce n’est pas l’atteindre ».
(Confucius)

Décidément, en Afrique, la gouvernance est un véritable problème. En Côte d’Ivoire, depuis les indépendances, la gestion néopatrimoniale est le marqueur de la gestion du pouvoir. Les Présidents agissent comme si les ressources de l’Etat étaient leur propriété privée.

Avant d’aborder ces questions dans les lignes qui suivent, il convient de donner une définition au terme néo-patrimonial. Le terme néo-patrimonialisme est selon J.F. Médard « le sous-produit de l’interaction entre les sociétés traditionnelles locales et les Etats modernes. C’est pourquoi il ne correspond ni à une logique politique traditionnelle, ni à une logique politique étatique moderne tout en empruntant aux deux. La forme ou l’apparence extérieure est étatique : constitution, droit écrit, administration, mais la logique du fonctionnement est patrimoniale ».

Le néo-patrimonialisme vise les systèmes politiques de l’Afrique noire à la fin du 20° siècle, copiés sur le modèle européen. Il s’agit d’un sous-produit de l’interaction entre les sociétés traditionnelles locales et les Etats nord-européens. Pour faire simple et court, on dira que le néo-patrimonialisme désigne la confusion de la chose publique et de la chose privée qui est généralisée en Afrique qu’on en arrive à mettre en question la notion même de l’Etat, laquelle repose justement sur cette distinction. Le néo-patrimonialisme a pour résultat de personnaliser les relations politiques et de transformer les ressources politiques en ressources économiques.

Avec une telle définition, il apparait que la gestion néopatrimoniale du pouvoir a la peau dure dans notre pays. Sous le président Houphouët, c’était la norme. Sous le président Bédié, cette pratique a continué de plus belle. En effet, lors d’une conférence, en août 2014, le ministre Adjoumani, révélait aux Ivoiriens que le président Gbagbo, pendant qu’il était dans l’opposition, recevait, mensuellement la somme de 10 millions FCFA du Président de la République de l’époque, Henri Konan Bédié. Cette somme versée au chef de l’opposition de l’époque n’était pas encadrée par une quelconque disposition légale.

Devenu président de la république, le président Gbagbo, lui aussi, versait de l’agent aux anciens présidents au-delà des dispositions légales. Le président Bédié recevait mensuellement 22 millions de l’Etat sans justification. Mieux, l’épouse de Bédié recevait elle également de l’argent de l’Etat. Le président Alassane lui aussi recevait l’argent de l’Etat au-delà de sa rente pendant qu’il était opposant. Aujourd’hui, devenu président, il fait pire que ses prédécesseurs. Lorsqu’un préfet doit recevoir une voiture de l’Etat, c’est bien le nom du président qui est avancé.

La gestion néo-patrimoniale sous le président Ouattara s’inscrit dans un système politique patrimonial, avec un pouvoir patriarcal très centralisé, exercé par un chef charismatique qui gouverne par le canal de sa famille, de ses fidèles, de ses serviteurs et d’une clientèle captive. La gestion institutionnelle est assimilée à celle d’un «gourou» amalgamant les affaires personnelles et les affaires publiques, politiques, administratives et judiciaires. Il décide de distribuer 100 millions à chacun des candidats aux élections quand il veut. En 2015, ce financement a été décidé dans une opacité totale et dans le dos des députés.

Ailleurs, lorsque l’Etat finance les partis politiques, il leur exige de rendre compte de l’utilisation des ressources. Or, concernant le milliard distribué, les candidats n’ont jamais justifié l’utilisation de ces fonds. Il s’agit là d’une gestion patrimoniale du pouvoir, avec des manigances et des arrangements contre-nature. Récemment, Jeune Afrique (J.A) du 16 au 22 septembre 2018, révélait que la présidence avait mis fin à « la subvention » qu’elle versait mensuellement à Mme Henriette Bédié. A quel titre la percevait-elle ? Seul le président le sait. Déjà, depuis Juillet, l’hebdomadaire panafricain avait annoncé l’arrêt du versement de 25 millions de F Cfa que la présidence apportait mensuellement à Henri Konan Bédié.

Cette façon de gérer les affaires de l’Etat n’est pas tolérable et acceptable dans une république. Les anciens présidents et les anciens présidents d’institutions ont leurs traitements selon nos textes. Pourquoi aller au-delà ce ces textes et distribuer de l’argent à ceux qui sont déjà riches alors que de millions d’ivoiriens meurent de faim ? C’est indigne cette façon de gouverner en Côte d’Ivoire.

Les politiques gagneraient à méditer sur les enseignements de Confucius. Il disait ceci « Si quelqu’un essaie de guider le peuple par le biais des règles et de conserver l’ordre par le biais des condamnations, le peuple cherchera seulement à éviter les punitions sans développer le sens d’une obligation morale. Mais si quelqu’un le guide par le biais de la vertu, le peuple développera le sens d’une obligation morale et corrigera lui-même ». Telle est le sens de la philosophie politique de Confucius, que nous devons adopter.

PRAO YAO SERAPHIN

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