En Côte d’Ivoire, le dialogue est-il possible entre la franc-maçonnerie et l’Église catholique? (Par Père Marius Hervé Djadji)
TO GO WITH AFP STORY BY GUY CLAVEL Masonic compasses are pictured in a freemason hall in the French southwestern town of Castres on september 17, 2011 during the European heritage open days. Castres' Grand Orient de France lodge was created in 1744. AFP PHOTO/REMY GABALDA / AFP PHOTO / REMY GABALDA

En Côte d’Ivoire, le dialogue est-il possible entre la franc-maçonnerie et l’Église catholique? (Par Père Marius Hervé Djadji)

Le père Marius Hervé Djadji est prêtre  du diocèse de Yopougon en Côte d’Ivoire, spécialiste en théologie dogmatique. Ses recherches portent  sur la christologie, l’œcuménisme et le dialogue avec les non-chrétiens. Il propose à La Croix Africa une réflexion sur les conditions d’un dialogue entre franc-maçonnerie et Église catholique.

L’actualité religieuse en Côte d’Ivoire est marquée cette année 2017 par les relations tumultueuses et tendues entre la franc-maçonnerie et l’Église catholique avec l’affaire des funérailles de maçons refusées par les catholiques et de la lettre des évêques de Côte d’Ivoire affirmant l’incompatibilité entre la franc-maçonnerie et l’Église catholique. Dans les journaux et réseaux sociaux l’on parle de « la guerre entre catholiques et maçons », du « conflit terrible entre catholiques et maçons » ou encore de « la hache de guerre déterrée entre des frères ennemis ». La réflexion que nous proposons est une piste qui pose la question d’une possibilité de dialogue entre les deux parties. Est-ce que les francs-maçons et les catholiques de Côte d’Ivoire peuvent dialoguer ? Si oui comment doit se faire ce dialogue et quel doit être son contenu ? Si non, pourquoi ne peuvent-ils pas dialoguer ?

Le dialogue entre catholiques et maçons

L’Église catholique, depuis le concile Vatican II, est entrée dans une dynamique dialogale ou communionnelle avec les chrétiens et tous ceux qui ne partagent pas la même foi qu’elle et même avec les non-croyants. C’est pourquoi, de 1967 à ce jour, quatorze dialogues ont été entamés par l’Église et des centaines d’échanges avec des groupes et des convictions diverses. Dialoguer avec l’autre fait partie de la pastorale de notre Église qui ne rejette pas mais s’ouvre pour débattre avec l’autre. L’Église catholique n’est plus dans une vision « unioniste » et « uniatiste ». C’est dans cette dynamique que s’inscrit l’Église locale de Côte d’Ivoire. Elle est toujours présente partout où l’on a besoin de dialogue. C’est pourquoi dans les comités de réflexion réunissant chrétiens et non chrétiens pour la promotion de la paix et de la fraternité en Côte d’Ivoire, l’Église catholique est toujours là pour apporter sa pierre à l’édification d’une société où le lionceau et la vipère vivront ensemble, où l’enfant et le scorpion pourront jouer sans violence. En invitant ses chrétiens à la pratique de la foi catholique qui est incompatible à la pensée de la franc-maçonnerie, l’Église catholique de Côte d’Ivoire ne s’engage pas dans une guerre avec les maçons. Ceux-ci étant des frères, des parents issus de nos familles, des personnes que nous côtoyons dans les bureaux, au travail, les chrétiens catholiques de Côte d’Ivoire, avec la Bonne Nouvelle de paix du Christ, s’ouvrent au débat, au dialogue dans un respect mutuel et loin des menaces et des chantages. Notre pays vit déjà dans des conflits ethniques et politiques, les chrétiens qui œuvrent déjà pour la paix ne souhaitent pas une autre guerre, non pas par faiblesse mais par culture évangélique.

Le contenu du dialogue

Avec la franc-maçonnerie, je n’exclus pas de gestes amicaux et fraternels qui constituent ce que l’on appelle en théologie : « le dialogue de charité ». C’est un dialogue qui crée un rapprochement entre des hommes et des femmes qui ne partagent pas les mêmes doctrines et convictions.

Concernant le fond du dialogue qui se situe au niveau doctrinal, la franc-maçonnerie est invitée à accepter la vérité de la doctrine catholique. Pour nous catholiques, il existe une différence radicale et séparatrice avec la franc-maçonnerie au sujet de la conception de Dieu, de la cosmogonie, de l’anthropologie. Le Grand Architecte des maçons n’est pas le Dieu trinitaire du christianisme. Le Christ est pour nous le Chemin, la Vérité et la Vie. Il est le chemin qui mène à la perfection, à la sainteté. C’est en Christ que l’homme se fait et non à partir de sa seule conscience, de ses forces intérieures et de son libre arbitre. Sur le plan doctrinal, l’idéologie des maçons et celle de l’Église catholique sont clairement opposées. C’est pourquoi un franc-maçon ne peut pas avoir droit aux funérailles chrétiennes à la fin de sa vie, puisque que de son vivant il a renié d’une manière ou d’une autre la foi de l’Église. Il est vrai que dans la pensée des francs-maçons, il existe une compatibilité entre leur pratique et le Credo catholique puisque la franc-maçonnerie est ouverte à toutes les religions et convictions. Donc pour les maçons, il peut y avoir un consensus avec les catholiques.

Non, entre catholiques et maçons il ne peut pas y avoir à l’état actuel, de consensus même différencié. Car on ne peut pas transformer nos divergences séparatrices en différences légitimes. Nos divergences se situent au niveau des fondements de la foi chrétienne et non sur de simples incompréhensions de vocabulaire ou des malentendus.

Nous préconisons un vrai dialogue entre la franc-maçonnerie et l’Église catholique parce que seul le dialogue permettra de mieux se parler et de s’écouter mutuellement. C’est le dialogue qui rapproche et permet à l’autre de découvrir la richesse de la pensée qu’il rejette. Les chrétiens ne doivent pas avoir peur de dialoguer avec les francs-maçons. Les chrétiens ne doivent pas s’enfermer dans des préjugés mais oser parler de leur foi sans honte aux maçons. Ces derniers ne sont pas des extra-terrestres. Il ne faut pas les craindre et les voir en ennemis mais des frères à qui on peut annoncer le Christ. Le dialogue que nous suggérons permettra de briser le mur de méfiance qui existe entre les maçons et les chrétiens en Afrique pour passer au stade du témoignage de notre foi. Le dialogue ne signifie pas une remise en cause de notre foi mais une affirmation de cette foi devant l’autre.

Père Marius Hervé Djadji du diocèse de Yopougon (Côte d’Ivoire)

Source: la-croix.com

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