En Côte d’Ivoire, le pardon sera la mère de la réconciliation

En Côte d’Ivoire, le pardon sera la mère de la réconciliation

« Réconciliation et pardon sont un chemin de cicatrisation de la souffrance. » (Bulletin paroissial de Perros-Guirec)

La Côte d’Ivoire est divisée depuis la mort de Felix Houphouët Boigny. La course au pouvoir a fini par détruire les bases de la cohésion sociale. La rébellion de 2002 et la crise postélectorale ont définitivement constitué le terreau de cette fracture sociale. Mais les Ivoiriens, habitués à vivre en paix, sont fondamentalement disposés pour la réconciliation. Pourtant depuis 2011, les structures officielles créées pour la réconciliation sont inaudibles et inopérantes. On a pointé du doigt le manque de volonté des autorités actuelles et un défaut de conception de ces structures. Sans renier ces arguments qui ont sans doute une force explicative, il nous paraît nécessaire d’insister sur la nappe spirituelle à partir de laquelle le processus de réconciliation connaitra un succès. A notre modeste avis, le pardon sera la mère de la réconciliation en Côte d’Ivoire au regard de la complexité des situations et des cas. Notre intime conviction est que si chaque Ivoirien ne se dispose pas à accorder le pardon à son frère, la réconciliation sera une œuvre impossible dans notre pays. Dans le but de faire comprendre notre pensée, commençons par définir les notions de pardon et de réconciliation.

Le pardon et la réconciliation

Selon le Petit ROBERT, pardonner c’est : Tenir une offense pour non avenue. Le pardon consiste, non pas à ignorer un passé qu’on ne peut pas oublier de toute manière, mais à le surmonter et à essayer de survivre et de renouer la relation qui a été coupée par l’offense, de re-proposer son amitié, sa confiance. Pour sa part, la réconciliation a une connotation relationnelle. Entrer en réconciliation, se réconcilier, c’est rétablir des relations brisées, détériorées, habitées de déception, de mépris, voire de haine. Le désir de réconciliation se manifestera par des attitudes qui rapprochent les personnes, par des efforts pour aller les uns vers les autres. Se réconcilier, ce sera renouer des liens. Pour autant, il ne faut pas confondre ces deux notions, même si les deux sont très liés. Dans une démarche de pardon, il est important de les dissocier et de ne pas penser d’abord réconciliation. Parler réconciliation avant pardon, c’est mettre la charrue avant les bœufs. Si la personne blessée est amenée trop vite à penser réconciliation sans un travail préalable, elle risque de ne pas  pardonner ou de donner un pardon à bon marché qui ne créera pas les conditions nécessaires à une vraie réconciliation. Une démarche de pardon commence par une démarche personnelle devant Dieu avant d’être une démarche extérieure vers l’offenseur. Si nous voulons aider quelqu’un à cheminer dans une démarche de pardon, nous devons respecter son état émotionnel et ne pas pousser cette personne trop vite vers la réconciliation. Il ne faut pas également assimiler l’oubli à la réconciliation. En réalité, l’oubli est une contrefaçon de la réconciliation. Qu’il soit total ou partiel ne renoue pas la relation. Ce qui est certain, c’est que l’excuse, la compréhension, l’oubli ont en commun de faire tomber la colère, la haine, la rancune. Sur le chemin du pardon ces trois attitudes peuvent être des étapes bénéfiques.

Pourquoi le pardon sera la mère de la réconciliation en Côte d’Ivoire

Il faut reconnaître qu’il y a du bon dans le pire d’entre nous et du mauvais dans le meilleur. Ces deux côtés mènent en chacun une lutte sans merci et de façon permanente. Chacun a besoin d’une aide pour faire triompher son bon côté. Nous continuons de croire que tous les Ivoiriens ont une part de responsabilité dans tout ce qui arrive à notre pays. Chaque ivoirien doit demander pardon à son frère et c’est ainsi que la réconciliation sera possible dans notre pays. Ce qui est vrai c’est que rendre le mal multiplie le mal. L’obscurité ne peut en aucun cas chasser l’obscurité. La haine ne peut pas chasser la haine. La violence multiplie la violence et elle crée une spirale infernale de revanche et de destruction. Il n’y a que le pardon et la réconciliation qui peuvent arrêter cette réaction en chaîne du mal. Or, si nous sommes tous des Ivoiriens et donc condamnés à vivre ensemble alors, nous devons aller au pardon pour ensuite rendre possible la réconciliation.

Le valeureux Martin Luther King disait ceci « la haine corrode la personnalité et détruit en l’homme le sens des valeurs et de l’objectivité. Elle conduit l’homme à décrire le beau comme laid et le laid comme beau, à confondre le vrai avec le faux et le faux avec le vrai ». La haine blesse l’âme et déforme la personnalité. Certes elle cause à ses victimes beaucoup de souffrances et les dégâts peuvent être considérables. Cependant, il ne faut pas exclure qu’elle est tout aussi néfaste à la personne qui la cultive et l’entretient.

Contrairement à la culture de la haine, pardonner n’est pas une question de quantité, mais de qualité. Ce n’est pas un acte occasionnel, mais une attitude permanente. Pardonner ne signifie pas ignorer ce qui a été fait ou coller une étiquette fausse sur un acte mauvais. Pardonner ne signifie pas oublier, car on ne pardonne pas ce qu’on a oublié. Pardonner signifie que cet acte cesse d’être un obstacle aux relations. Le pardon est un catalyseur qui crée l’ambiance nécessaire à un nouveau départ, à un recommencement.

Dans le cas ivoirien, le pardon sera nécessaire pour construire une nouvelle nation. La raison est simple : chacun s’efforce de démontrer son innocence et nie d’avoir contribué à faire entrer le mal dans la société ivoirienne. Ce n’est pas moi, c’est l’autre. Dans cette situation, le pardon permet d’aplanir les sentiers de la cohésion sociale.

Finir certainement par une justice transitionnelle

On ne va jamais loin dans la relation sans l’exercice du pardon. Vous ne pourrez jamais construire de relations profondes et durables si vous ne savez pas pardonner. Le pape Jean-Paul II disait ceci : « Il n’y a pas de paix sans justice, il n’y a pas de justice sans pardon ……….Une paix véritable n’est possible qu’à travers le pardon. (…)  La paix durable ne se résume pas à une question de structures, et de mécanismes. Elle repose avant tout sur un style de cohabitation empreint d’acceptation mutuelle capable de pardon. Nous avons tous besoin du pardon de nos frères et sœurs ; il nous faut donc prêts à pardonner aussi. Demander et accorder le pardon, voilà des actes qui sont le reflet de la profonde dignité de l’être humain. C’est parfois l’unique chemin qui permet de sortir de situations caractérisées par une haine ancienne et féroce »

Le pardon et la réconciliation sont deux notions qui fondent la justice transitionnelle même si le pardon est un concept religieux et moral, et c la réconciliation, un concept politique et juridique. Notre pays sortira de l’ornière dans laquelle il se trouve en adoptant des mécanismes d’une justice transitionnelle. On entend par mécanismes de justice transitionnelle toute une gamme d’approches judiciaires et non judiciaires appliquées par les sociétés pour faire face au legs des vastes atteintes aux droits de la personne lors du passage de la phase des conflits et des violences à celle de la paix, de la démocratie et de l’état de droit. Les principaux objectifs de la justice transitionnelle sont: i) de mettre en des processus de responsabilisation et de reconnaissance des faits susceptibles de réconcilier toutes les parties au conflit et les populations affectées; et ii) de prévenir par la dissuasion une reprise du conflit en s’efforçant d’instaurer un climat favorable à une paix durable.

PRAO Yao Séraphin

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