En Côte d’Ivoire, le trafic de drogue aux mains de la mafia nigériane

En Côte d’Ivoire, le trafic de drogue aux mains de la mafia nigériane

Pour les narcotrafiquants nigérians, les fumoirs ivoiriens ne sont qu’un maillon parmi d’autres d’un commerce sans frontières.

Il est 22 heures quand le «patron » du fumoir arrive. Plusieurs liasses de billets sont soigneusement alignées sur une vieille table en bois. La petite cabane où se fait la transaction surplombe le fumoir du «Wanch », un ghetto pour toxicomanes comme il en existe une centaine, à ciel ouvert, au cœur d’Abidjan. Tous les soirs, le propriétaire vient récupérer la recette de ce business lucratif qui alimente quotidiennement l’addiction de près de 150 sans-abri, piégés dans l’enfer de la drogue. Le patron vérifie l’état des stocks, gère l’approvisionnement. Il est Nigérian, comme la plupart des trafiquants à la tête des réseaux de drogue en Côte d’Ivoire.

Le chiffre d’affaires quotidien du Wanch avoisine les 4 millions de francs CFA (plus de 6 000 euros), d’après les dealers qui revendent la marchandise sur place. Le Nigérian, appelé «patron », redistribue une partie des gains à son équipe de jeunes Ivoiriens rémunérés à la journée : guetteurs, dealers et gérants du fumoir, dits «babatchés ». Une autre partie des bénéfices est reversée à la police, chargée de la sécurité à l’intérieur du fumoir. Discret, presque invisible, l’homme d’une cinquantaine d’années n’a jamais donné son nom. « Il n’est pas le seul dans le business, assure un membre de l’équipe sous les commandes du «patron » depuis près de six ans. Ils sont plusieurs Nigérians. Ils blanchissent l’argent dans des bars et ont leur propre réseau de prostitution, avec des filles ramenées de chez eux. »

Mais les routes par lesquelles la drogue est acheminée vers la sous-région restent extrêmement diversifiées, rendant la tâche compliquée aux services répressifs. D’autant que les accords de libre circulation au sein de la Communauté économique des Etats d’Afrique de l’Ouest (Cedeao) facilitent l’activité des passeurs. Selon le rapport 2015 de l’Organe international de contrôle des stupéfiants (OICS), les côtes africaines sont également un point d’arrivée de l’héroïne cultivée dans les champs afghans. Les réseaux nigérians ont mis en place un pont aérien entre l’Asie et l’Afrique de l’Est, puis à l’intérieur du continent en survolant d’est en ouest la zone sahélienne.

Les flux de cocaïne en Afrique de l’Ouest. Crédits ONUDC 2013 En Côte d’Ivoire, le trafic de drogue aux mains de la mafia nigériane

Les flux de cocaïne en Afrique de l’Ouest. Crédits : ONUDC (2013)

Une fois arrivée au Nigeria et dans les pays alentour, une grande partie de la drogue est transportée en Europe via la route dite « africaine » : elle remonte jusqu’au sud de l’Espagne, en passant par le Maroc. Ces dernières années, plusieurs ressortissants nigérians, faisant office de mules, ont été arrêtés en possession de stupéfiants à l’aéroport de Casablanca. L’accès au continent européen se fait aussi par la Libye, devenue une zone grise propice à toutes sortes de trafics.

La drogue du pauvre

Et puis il y a la drogue qui reste sur place, laissée aux mains des petits trafiquants nigérians et de leurs complices locaux pour alimenter un marché émergent en Afrique de l’Ouest, jusque dans les fumoirs d’Abidjan. Là, l’héroïne est fractionnée en petites doses et vendue à moindre coût pour s’adapter à un niveau de vie beaucoup plus faible qu’en Europe. La cocaïne est transformée en crack, la drogue du pauvre. « Les trafiquants nigérians ont mis en place des centres opérationnels à Cotonou et à Abidjan, où des locaux gèrent le narcotrafic », expliquait Stephen Ellis dans l’ouvrage cité plus haut. Dans des petits laboratoires situés à Riviera, un quartier d’Abidjan, des préparateurs ivoiriens transforment tous les jours la poudre en cailloux de crack grâce à une formule simple à base d’eau et d’ammoniac, avant de les revendre dans les fumoirs.

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