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En Côte d’Ivoire, les candidats à l’émigration toujours tentés par l’aventure

En Côte d’Ivoire, les candidats à l’émigration toujours tentés par l’aventure

“Je n’ai pas peur, je suis prêt à traverser l’eau”, s’écrie Marcel Zouh, en référence à la Méditerranée. A Daloa, foyer de l’émigration clandestine en Côte d’Ivoire, les campagnes de dissuasion ne découragent pas les candidats à l’Europe.

“Il n’y a rien ici, pas de travail. Je veux risquer ma vie. Si ça marche pas, c’est la volonté de Dieu”, poursuit ce colosse de 30 ans, chauffeur à la gare routière, qui s’exprime au milieu de plusieurs jeunes qui acquiescent de la tête.

C’est à Daloa (centre), capitale du Haut-Sassandra, deuxième région ivoirienne la plus peuplée (1,5 millions d’habitants), que débute la route de l’émigration pour des dizaines de milliers d’Ivoiriens, Guinéens, Maliens et Burkinabè.

La gare routière et la place Gbebani de la ville servent depuis 2015 de points de ralliement aux candidats à l’émigration, comme Adama Soumahoro, un jeune transporteur. “Nous nous sentons abandonnés, la jeunesse est livrée à elle-même, sans espoir. On est prêt à vendre nos vies”, témoigne-t-il.

Paradoxalement, alors que la Côte d’Ivoire a l’une des économies les plus dynamiques d’Afrique, avec une croissance en moyenne annuelle de 8%, l’émigration clandestine vers l’Europe connaît ces dernières années une ampleur jamais vue.

En 2017, 8.753 migrants âgés de 14 à 24 ans,partis de Côte d’Ivoire, sont arrivés en Italie, dont 1.263 femmes et 1.474 mineurs non accompagnés, selon les chiffres du Centre de volontariat international (CEVI), une ONG italienne.

Après Daloa, les émigrés traversent le désert par Agadez (nord du Niger, entre Sahara et Sahel), avant d’atteindre la Libye où ils embarquent sur des canots de fortune pour traverser la Méditerranée en direction de l’Italie.

– “Enfer sur terre” –

Un périple est ponctué de nombreux drames, en Méditerranée, mais aussi dans le désert et en Libye.

Plus de 3.500 personnes “en situation de détresse” en Libye ont ainsi été rapatriées en trois ans, affirme le directeur général des Ivoiriens de l’extérieur, Issiaka Konaté.

Ibrahim Doumbia, un couturier de 31 ans, qui a tenté en 2016 l’aventure vers l’Italie, assimile son séjour dans ce pays à un “enfer sur terre”.

“J’ai quitté Daloa avec 250.000 francs CFA (325 euros) en poche, alors que les passeurs me réclamaient 900.000 FCFA (1.300 euros). D’Agadez, j’ai rejoint la Libye où j’ai vécu l’enfer sur terre en passant neuf mois en prison” regrette-t-il, assis derrière sa machine à coudre.

“Le désert tue autant que la Méditerranée. J’ai vu des cailloux en plein désert et mon guide m’a précisé que ce sont des tombes anonymes de migrants”, poursuit Doumbia, rentré au pays avec l’appui de l’Organisation internationale pour les migrations (OIM), et qui s’est mué en avocat contre l’émigration irrégulière vers l’Europe.

“On peut s’égosiller en disant «Je suis prêt à partir!», mais ils (les candidats potentiels) n’ont rien vu. Ce n’est pas un projet à tenter”, conseille Doumbia, après avoir retrouvé sa femme et ses deux enfants.

L’émigration, qui touche majoritairement les Malinké, communément appelés “Dioulas”, un des plus importants peuples de Côte d’Ivoire, très présent dans le commerce, a engendré son lot de déchirures dans les familles.

– Inégalités de développement –

“Je suis sans nouvelle de mon fils Oumar Fofana depuis trois ans, notre dernière conversation téléphonique remonte à septembre 2015 lorsqu’il embarquait sur un bateau en Libye”, raconte sa mère Tenin Sanogo, en écrasant une larme.

“Des marabouts pour lesquels j’ai déboursé plus d’un million de FCFA (environ 1.500 euros) m’ont confirmé qu’il était encore en vie”, poursuit-elle en brandissant la photo de son fils.

Même des enfants se lancent sur les routes de l’émigration, comme Amoussa Arouna, 11 ans, qui l’année dernière, après avoir volé la tirelire de son père, était parvenu jusqu’à Tripoli en Libye.

“J’ai assez blessé ma famille, je ne veux plus tenter une telle aventure”, promet l’enfant, qui souhaite désormais bénéficier d’une formation en électronique, dont il est féru.

Des campagnes locales, soutenues par des ONG comme le CEVI, tentent de sensibiliser les candidats éventuels à la migration au danger de leur parcours et leur proposent des formations pour s’insérer dans leur pays.

Un effort insuffisant tant que la zone ne se développera pas davantage, selon un responsable local.

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