“En Mauritanie, les filles esclaves de 9 ans sont violées par le maître, ses fils, son chauffeur ou son hôte de passage”
Braine L'Alleud, Belgium, August 2013 BUTTE DU LION DE WATERLOO © REPORTERS / P. Broze

“En Mauritanie, les filles esclaves de 9 ans sont violées par le maître, ses fils, son chauffeur ou son hôte de passage”

Descendant d’esclaves, Biram Dah Abeid lutte pour son abolition en Mauritanie à travers ses témoignages. Le candidat à la présidentielle dénonce “la chose la plus abjecte qui existe”:  “Le fait d’appartenir totalement à son maître est inimaginable. Dès l’âge de 8-9 ans, les filles ont déjà toutes été violées plusieurs fois par le maître, ses fils, son chauffeur et son hôte de passage.” Biram Dah Abeid était l’Invité du samedi de LaLibre.be le 23 février 2017.

A la demande de plusieurs associations défendant les Droits de l’Homme, LaLibre.be propose cet article à tous ses lecteurs en accès libre.

Contexte


“La Libre” a rencontré Biram Dah Abeid, descendant d’esclaves qui lutte contre ce système toléré en Mauritanie, lors du Sommet de Genève sur les Droits de l’homme. Ce sommet offre l’opportunité à de nombreuses victimes d’atteintes aux droits de l’homme d’être entendues par la communauté internationale et d’ainsi transmettre la détresse de populations torturées, meurtries ou oubliées. Notre journal vous proposera plusieurs autres rencontres avec des figures emblématiques, parmi lesquelles l’ancien président des Maldives (Mohamed Nasheed), une ancienne esclave sexuelle de Daech (Shirin) ou encore un ex-banquier du régime nord-coréen.

Bio Express

  • Naissance. Biram Dah Abeid est né le 12 janvier 1965 (52 ans) à Rosso (Mauritanie). Originaire de la caste des Haratins, soit des Maures noirs esclaves par descendance, son père est un esclave affranchi par son maître.
  • Mouvement. Figure emblématique de la luttre contre l’esclavagisme, il fonde l’Initiative pour la résurgence du mouvement abolitionniste (IRA) en 2008. Il a été emprisonné à plusieurs reprises et fait l’objet de menaces de mort par des radicaux islamistes (fatwas).
  • Reconnaissance. En 2013, Biram Dah Abeid a reçu le prestigieux Prix des droits de l’homme des Nations unies. Ce Mauritanien tente de sensibiliser la société civile et les élus belges et occidentaux sur “le danger qui couve dans la sous-région du Sahel à partir de la crise” dans son pays natal.
  • Présidentielle. Il se présente par surprise et à la dernière minute à l’élection présidentielle mauritanienne de 2014 et obtient officiellement 8.67% des voix, un résultat que conteste l’intéressé qui accuse le pouvoir d’avoir manipulé le scrutin.
  • Statistiques. Selon les ONG, 4 à 20% de la population mauritanienne serait réduite à l’esclavage, soit des centaines de milliers de personnes.

Entretien

Vous menez votre combat abolitionniste en mémoire de vos ancêtres esclaves ?

Il faut le dénoncer, l’esclavage est la chose la plus abjecte qui existe. Le fait d’appartenir totalement à son maître est inimaginable, inconcevable. Etant petit-fils d’esclaves, cela me paraît normal de m’engager dans cette lutte, d’autant que je vis dans un environnement où je vois les esclaves maltraités et où je les vois trimer. J’ai fait la promesse à mon père de me battre pour l’abolition à tout moment et quoi qu’il en soit.

Votre grand-mère paternelle était esclave. Pourquoi l’esclavagisme par descendance ne s’est-il pas appliqué à votre père comme cela est le cas habituellement ?

Mon père, qui devait être esclave, a été affranchi par hasard alors qu’il n’était encore qu’un fœtus dans le ventre de sa mère. Pendant cette grossesse, son maître était fort malade. Les marabouts ont prescrit au maître malade de faire un acte de charité et de bienveillance envers Dieu pour guérir, tout en lui précisant que le meilleur acte était d’affranchir un esclave. Au lieu d’affranchir ma grand-mère, qui avait les bras dans la farine et travaillait depuis longtemps et efficacement dans la famille, il a décidé d’affranchir son fœtus. Mon père est ainsi né libre. Le code d’esclavage mauritanien inclut les fœtus des femmes esclaves tout comme tout ce qui peut s’apparenter à la moindre propriété privée. Absolument rien n’appartient à un esclave.

Selon les chiffres des ONG, il y aurait entre 4 et 20% d’esclaves en Mauritanie, soit entre 150.000 et 700.000 personnes. Et ce, encore en 2017 ?

C’est prouvé que le nombre d’esclaves modernes est excessivement élevé chez nous. Le nombre est même stupéfiant aux yeux de la communauté internationale. La conscience humaine occidentale ne peut l’admettre. Les autorités mauritaniennes n’ont jamais accepté qu’une enquête internationale indépendante puisse analyser la situation, et ce, malgré les propositions de financement par les Nations unies et l’Union européenne. Le gouvernement mauritanien sait pertinemment bien que la moindre enquête confirmerait ces chiffres. Ce refus confirme la crédibilité de nos chiffres.

Pourquoi la Mauritanie ne s’attaque-t-elle pas au problème ?

L’esclavagisme des Maures noirs (haratins) pèse de manière exorbitante sur les intérêts politiques, économiques et culturels du pays. Les esclaves offrent des privilèges énormes au groupe minoritaire arabo-berbère qui en possèdent. Il assure le prestige et le faste depuis le 12e siècle. La grande majorité a été placée dans des terres de cultures agricoles, mais il y a aussi les esclaves domestiques qui travaillent dans la maison.

Les femmes sont-elles parfois l’objet sexuel de leur maître ?

Pas parfois, toujours ! Le viol des esclaves femmes et filles – dès le plus jeune âge – est la règle. C’est codifié dans le code de l’esclavage que j’ai publiquement incinéré: “le maître a le droit de disposer du corps de toutes les filles et femmes qui sont ses esclaves, abstraction faite de leur nombre, âge ou consentement” . En général, dès l’âge de 8-9 ans, les filles ont déjà toutes été violées plusieurs fois. De plus, elles sont aussi sous l’emprise sexuelle des fils du maître, du chauffeur, de l’entourage et même de l’hôte de passage.

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One comment

  1. Nous les Africains sommes des animaux idiots de cette planete comment concevoir que ces gens ont une organization qu’on appelle UA n’est pas capable de regler le probleme des noirs esclaves en Mauritanie en Interdisant les relations diplomatiques avec ce pays et en chassant les touaregs mauritaniens des autres pays d’Afrique noire?La seule facon d’agir avec ce pays esclavagiste pour qu’il suprime l’esclavage.

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