En vérité: De la conscience individuelle (Par Aristide Silué)
NAHIBLY,après le massacre du ven.20 Juillet 2012

En vérité: De la conscience individuelle (Par Aristide Silué)

L’homme est un ancien Député de la législature ivoirienne 2000 -2011.En 2006, après les massacres des populations Wê les 31 mai et 1er juin 2005 à Guitrozon et Petit Duekoué, à l’ouest du pays par la sauvage rébellion de Guillaume SORO, notre Honorable député s’est opportunément retrouvé en France. Images vidéo à l’appui, il a expliqué devant des personnalités françaises, toutes les atrocités commises sur les populations.

A la fin de son exposé, il a été approché par un homme des medias français et ces termes : « … monsieur si vous m’aviez consulté, je vous aurais déconseillé de présenter ces images . Parce que ça n’intéresse pas l’auditoire. Vous voyez bien que certains lisaient leur journal au moment ou vous parliez. Pour ces gens, c’est comme cela que vous êtes en Afrique. Des gens se tuent de tribu en tribu, ces faits sont si courants et si banals que personne n’y prête attention ici. »

Les graves atteintes aux droits humains, les élections truquées où parfois le nombre de votants dépasse le nombre d’inscrits comme en 2010 en Côte d’ivoire, des images Togolaises qui ont fait le tour du monde où des agents des forces de l’ordre couraient avec l’urne emportée , les constitutions qui, à chaque lever de soleil changent de couleurs… tout cela n’émeut pas les occidentaux.  Pour eux «  c’est comme cela que nous sommes ». Les faits et comportements montrent que ce regard, même excessif et caricatural existe bel et bien en occident. Mais le mal est ailleurs. Il est contenu dans ce dicton ivoirien . « quand dans la nuit profonde personne ne te voit … tu ne peux pas ne pas te voir toi-même ». Quelle est donc la perception individuelle que l’africain a de lui-même ?  Avant qu’une conscience collective ne se façonne, elle doit nécessairement commencer par une prise de conscience individuelle.

C’est régulièrement que des intellectuels africains, Fatou Dione du Sénégal, Aminata Traoré du Mali, Ahoua Don Mello, Koné katinan de Côte d’Ivoire, Kemi Seba, Patien Parfait Ndom et bien de panelistes de la chaine de télévision panafricaine « Afrique-Media » dénoncent les travers de la France-Afrique. Combien sont les africains qui dans leurs gestes quotidiens, cherchent à lutter contre cette malédiction ? On s’ accommode, on se résigne. Parcourez nos différents, pays du sud au nord. Des stations d’essence Total, fleurons de la France-Afrique, fleurissent partout et nous sommes les premiers à les faire fonctionner. Il a fallu qu’Ali Bongo arrête d’exporter le bois brut Gabonais pour que des usines ferment en France. Combien sont les chefs d’Etat africains qui, dans leurs plus beaux costumes, se retrouvent, sans gêne, au siège de l’UA à Addis Abeba en Ethiopie. Un siège construit par la Chine et dont le personnel est payé sur fonds de l’Union Européenne. Tout simplement parce que la plupart des états ne payent pas leurs cotisations. Tous lorgnaient souvent du coté du Guide Libyen Mouammar Kadafi, assassiné par la France –Afrique. Le regard des autres sur nous ne changera jamais si nous ne changeons pas. C’est Bryan Tracy, un gourou du développement personnel qui le dit si bien :« si vous voulez voir des choses changer dans votre vie, il va falloir changer des choses dans votre vie».

Alassane Ouattara et Konan Bédié, pour des raisons qui leur sont propres, vont changer dès la fin du mois la constitution de la Côte d’Ivoire. Les ivoiriens, on le sait, y sont opposés. Mais, ankylosés par la terreur de la crise post-électorale de 2011, ils attendent que Laurent Gbagbo, président du FPI, du fond de sa cellule de prison, actionne le bouton magique de son parti pour arrêter cette forfaiture. Personne n’observe que c’est bien par une prise de conscience individuelle puis collective et au prix de sacrifices que les Burkinabé sont parvenus à bout de la dictature Compaoré, qui se la coule douce ici.

Personne ne se souvient que les Béninois ont fait échec à la France-Afrique qui, à quelques mois des présidentielles a déposé sa valise à Cotonou avec Lionel Zinsou. Il n’y a donc pas une fatalité à la dictature lorsqu’une conscience nationale se met en place. Dans l’attente, en Côte d’Ivoire, si rien n’est fait, la constitution de Ouattara et Bedié sera dans quelques jours notre constitution. Personne n’en sera ébranlé puisque, selon l’opinion hélas répandue : «C’est comme cela que nous sommes » 

Aristide SILUE

(In la voie originale du 11 octobre 2016)

 

 

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