En vérité: Le pouvoir et ses limites (Par Aristide Silué)

En vérité: Le pouvoir et ses limites (Par Aristide Silué)

En Côte d’Ivoire, l’actualité politique récente a été dominée par la suspension de la grève historique des fonctionnaires, le réportage de la chaîne internationale de télévision Al-Jazira sur les massacres du camp de Nahibly en 2012 et la nomination des anciens chefs rebelles aux grands postes de commandement de l’armée ivoirienne. Tous ces événements révèlent un point commun. Ils ont permis au pouvoir Ouattara de sortir de ses certitudes, de sa zone de confort pour étaler à la face du monde ses limites.

Pour la première fois en effet, les fonctionnaires ivoiriens, avec un cahier précis de revendications, ont bravé pendant 19 jours le pouvoir Ouattara pour arrêter effectivement le travail. Un pouvoir installé et opérant en toute impunité, depuis bientôt six ans, dans les conditions que l’on sait. Pour cette grève, toutes les menaces et autres pressions immondes sont restées vaines. La grève a été suspendue après une assemblée générale régulière de la plate forme syndicale. Bien sûr, une certaine opinion, visiblement agacée, aurait souhaité les voir aller plus loin face à un pouvoir qui a profondément vicié l’air ivoirien et qui excelle dans l’art du dilatoire. Mais ce n’est pas toujours que les agendas se synchronisent comme par enchantement. Le hasard indique-t-on souvent, sourit aux esprits qui sont les mieux préparés. Une négociation syndicale, c’est de cela qu’il s’agit, s’achève toujours par des compromis. Toutefois cette grève aura permis au pouvoir Ouattara de descendre de son piédestal pour retenir qu’on ne peut pas imposer impunément tout en Côte d’Ivoire et tout le temps. Le pouvoir a paniqué, vacillé sur ses fondations, et à affiché une grande fébrilité. Un climat de suspicion généralisée, des changements dans tous les corps de ce qui reste de l’armée ivoirienne ont été observés. Des cyber- activistes ont même reçu leur part de menace résultant de la frayeur gouvernementale. C’est un signe et un puissant message à décoder nécessairement.

Le second événement est la diffusion par Al-Jazira, d’un reportage bouleversant sur les atrocités commises le 20 juillet 2012 au camp des déplacés de guerre de Nahibly à Duekoué.Un camp pourtant placé en son temps sous la protection des forces des nations unies en Cote d’ivoire (Onuci). Les témoignages choquants recueillis, indexent nettement chasseurs traditionnels dozos , rebelles des forces nouvelles et la passivité révoltante des forces onusiennes. Depuis plus de cinq ans, ces crimes contre l’humanité, de nouveau révélés à la face du monde, restent impunis. On compte de nombreuses victimes. Des morts, des disparus et des ivoiriens soit en prison sans jugement, soit contraints à l’exil. Les bourreaux, identifiés par toutes des organisations internationales humanitaires et de défense des droits de l’homme, plastronnent et connaissent chaque jour des promotions dans les différentes structures étatiques. Avec les armes du crime qu’ils détiennent toujours, ils se font payer des butins de guerre selon leurs humeurs. Que penser alors de ces ivoiriens, qui, malgré tous ces crimes, continuent de dealer avec ce pouvoir qui chaque jour les nargue un peu plus.

Comment en effet ne pas avoir ce sentiment de révolte face aux dernières nominations au sein de l’armée. En fait y a-t-il encore une armée en cote d’ivoire ?Encore une fois le pouvoir Ouattara a affiché les limites de son régime de violence dans une impunité entretenue. Ce n’est certainement pas Abdallah Mabri Touakeusse, président de l’Udpci dont le meeting de clôture pour la campagne des législatives partielles à Divo, marqué par la violence bestiale et la mort qui dira autre chose.

Ouattara a profondément divisé la Cote d’ivoire, sa population, sa jeunesse, ses formations politiques, son armée, ses groupes religieux .Depuis plus de cinq ans il n’a pas voulu s’élever pour réconcilier les ivoiriens, pour ressouder le voile déchiré de la cohésion sociale.

Ces trois événements invitent à une prise de conscience plus aiguë quant à la fragilité et la vulnérabilité de tout pouvoir d’exception qui secrète les gênes de sa désagrégation. Au peuple ivoirien souverain de saisir la pleine mesure de la situation pour engager la dynamique de sa libération et de sa restauration.

Aristide SILUE

(In la voie Originale N 40 du mardi du 31 janvier 2017 P -2)

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