ENA : La machine à fraude de Bacongo tourne à plein régime

ENA : La machine à fraude de Bacongo tourne à plein régime

Comme c’est étrange ! Soupçonnant Evelyne Yapo, ex-directrice générale de l’Ecole Nationale d’Administration, d’avoir laissé la fraude pénétrer dans la proclamation des résultats du concours professionnel d’admission à l’Ena entièrement contrôlé par ses collaborateurs, le Ministre de la Fonction Publique et de la Réforme Administrative, l’immense et indéboulonnable Cissé Bacongo, avait, d’un retourné de «sabre», fait rouler la tête de cette dernière dans le sable. Virée pour avoir été trop rigoureuse…

Depuis, on croyait que la transparence voulue par Cissé Bacongo était de « retour » à l’Ena. Mais voilà que l’infernal quadrupède vient de réaliser que de transparence dans l’organisation et la proclamation des résultats, il n’y en a point eu depuis l’affaire des « absents déclarés admis ».

L’opacité s’est emparée de tout le système et les rumeurs les plus folles sur une présumée fraude dans la proclamation des résultats des Concours directs d’admission à l’Ena, session 2015, ont envahi les bureaux de l’Ecole et ont même débordé pour arriver aux oreilles de « L’Eléphant ». Lequel a tenté d’y voir un peu plus Clair.

L’affichage des résultats, gage de transparence

C’est de saison. Chaque année et cela depuis des décennies, le Ministre de la Fonction Publique prend un arrêté portant « ouverture » des concours directs d’admission à l’Ecole Nationale d’Administration.

Pour l’année 2015, la tradition a été respectée. Le Ministre Cissé Bacongo, le 23 juillet 2014, a signé trois arrêtés dont le premier porte le N°1299/MFPRA-ENA «portant ouverture d’un Concours direct d’admission en 2015 au Cycle Moyen Supérieur de l’Ecole Nationale d’Administration» ; le deuxième porte le N°1298/MFPRA-ENA « portant ouverture d’un Concours direct d’admission en 2015 au Cycle Supérieur de l’Ecole Nationale d’Administration » et le troisième, ayant le N°1300/MFPRA-ENA « portant ouverture d’un Concours direct d’admission en 2015 au Cycle Moyen de l’Ecole Nationale d’Administration ».

Ce sont ces arrêtés qui ont permis l’organisation des Concours qui ont emporté l’ex-directrice, Evelyne Yapo. A la suite de la découverte, sur la liste affichée des admis à l’un des cycles professionnels, de personnes n’ayant pas composé. Et, ce sont des candidats qui, en consultant la liste des admis, ont pu découvrir la présence injustifiée de ces personnes sur la liste. Les lecteurs de « L’Eléphant » connaissent bien la fin de cette histoire.

Mais pour quelles raisons est-ce le jury de chaque Concours qui proclame les résultats par affichage afin que tous les candidats, admis comme recalés puissent les voir ? Eh bien cela relève d’abord d’un souci d’éthique, de transparence ensuite et parce que, enfin, les arrêtés d’ouverture des concours prévoient cet affichage.

Ainsi, en parcourant les trois arrêtés pris par le Ministre Bacongo, on découvre à l’article 10 de chacun de ces arrêtés, ce qui suit : « La proclamation des résultats d’admissibilité et d’admission est faite par le jury constitué  pour les concours. »

Pour être plus complet, visitons l’article 11 aussi : « Les candidats autorisés à subir les épreuves du concours seront convoqués par voie de presse, d’internet et d’affichage à l’Ena »

Traduction : c’est bien le jury de chaque concours qui, souverainement, proclame les résultats en les mettant par affichage, à la disposition de tous les candidats, d’une étape à une autre jusqu’au résultat final. C’est ce qui est fait depuis la création de cette école et ailleurs dans le monde.

Un affichage vous manque et bonjour la suspicion !

Ça ne s’invente pas ! Les admis de tous les concours directs d’admission à l’Ena, pour l’année 2015, sont connus. Sauf que, pour de nombreux candidats recalés et même pour de nombreux agents au sein de l’Ena, ces résultats sont tout, sauf véritablement sincères. Et pourquoi une telle suspicion sur lesdits résultats ?

C’est que les résultats d’admission, pour les trois cycles, à partir de la deuxième étape jusqu’à l’étape finale, en violation de l’article 10 des arrêtés pris par Cissé Bacongo, n’ont point été proclamés par les différents Jurys. Rappelons cet article 10 : « La proclamation des résultats d’admissibilité et d’admission est faite par le jury constitué pour les concours. »

Mais voilà, on ne sait trop pourquoi ni si le Ministre a pris d’autres arrêtés modifiant le mode d’organisation des Concours, aucun résultat, cette année et, après le limogeage de l’ex-directrice, n’a été proclamé par aucun jury ni affiché.

Pourtant, les résultats de la première étape ont été proclamés par les jurys et mis à la disposition de tous par affichage dans les locaux de l’Ecole. Mais ceux des deuxième et troisième étapes, et le résultat final n’ont pas été proclamés. Comment les candidats ont su alors qu’ils sont admis ou recalés ?

Eh bien, chaque candidat a dû se connecter sur le site de l’Ena pour introduire ses noms et prénoms plus son numéro de composition pour avoir à peu de mots près, deux types de réponse : « Félicitation, vous êtes admis» et « désolé, vous n’êtes pas admis ».

Dans les faits, les résultats, à la fin de chaque étape, ont été remis à l’Administration de l’Ena. Laquelle, par derrière, les a refilés à un opérateur informatique qui s’est chargé de les mettre en ligne. Mais n’allez pas imaginer quoi que ce soit !

Pourquoi une telle pratique qui met de côté les jurys et qui est une sorte de porte ouverte à la manipulation des résultats ? Comment peut-on vérifier, comme cela se faisait avant, que les personnes déclarées admises sont celles qui ont bien participé aux concours ? Comment peut-on savoir si les personnes qui n’ont pas passé la première étape dont les résultats ont été proclamés par les jurys et affichés, ne se sont pas retrouvées sur la liste des admis définitifs et ce, d’autant plus que la plateforme en ligne où l’on pouvait vérifier les résultats de la première étape n’existe plus?

Le jury qui a siégé pour la première étape dont les résultats ont été affichés et qui n’était pas celui qui a siégé pour la deuxième étape a-t-il eu connaissance des résultats de la première étape pour savoir si les personnes déclarées admissibles pour la deuxième étape étaient bien sur la liste des admissibles de la première étape ? Ouf !

Eh bien, pour avoir une réponse à ces inquiétantes interrogations -d’autant plus que de mauvaises langues suspectent une fraude massive à travers ce procédé – « L’éléphant » a approché le Ministère et l’Ena, à travers d’abord des messages, puis un déplacement sur le terrain.

Vous avez dit autonomie dans l’organisation des concours ?

Histoire de comprendre cette révolution dans l’organisation des concours directs d’entrée à l’Ena sous Cissé Bacongo, « L’Eléphant » a envoyé un message à un collaborateur de ce dernier. Mais il n’a reçu aucune réponse. Un autre message a été envoyé à un responsable de l’Ena. Silence radio également de ce côté. C’était le mercredi 12 août. Devant une collaboration aussi active tant du côté du Ministère que du côté de l’Ena, « L’Eléphant » s’est rendu le jeudi 13 août, dans les locaux de cette Ecole où il a pu rencontrer le Secrétaire Général, le cerveau de l’organisation des concours, le professeur Tououi Bi Irié Ernest. Question à ce dernier : pourquoi les résultats des concours directs d’admission à l’Ena n’ont pas été mis à la disposition du public par affichage dans les locaux de l’Ecole ?

Réponse du Secrétaire Général : « Merci. Avec tout le respect que j’ai  pour vous et pour le métier que vous exercez, je ne suis pas autorisé à accorder une interview à un journaliste sans l’accord de ma hiérarchie. Donc souffrez que je ne donne aucune réponse. Je vais informer ma hiérarchie de votre démarche. C’est comme ça l’Administration. »

Voilà une réponse qui cloue la langue aux mauvaises langues qui pensent que l’Ena a quelque chose à cacher. Ne pas afficher les résultats des concours pour que chacun puisse vérifier à chaque étape si son voisin qui n’a pas composé s’est retrouvé sur la liste finale des admis, voilà ce qu’on appelle organiser un concours en toute transparence. On ne peut que dire « félicitation » au Ministère de la Fonction Publique qui n’est certainement pas au courant de cette histoire. Puisqu’il ne se mêle ni de près, ni de loin aux affaires de l’Ena.

Daniel Sovy et F.T.

Source: L’Eléphant déchaîné n°37

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