Et si Laurent Gbagbo était sur les traces de Patrice Lumumba (Par Norbert XSON Mbu-Mputu)

Et si Laurent Gbagbo était sur les traces de Patrice Lumumba (Par Norbert XSON Mbu-Mputu)

« On peut tuer en Indochine, torturer à Madagascar, emprisonner en Afrique Noire, sévir aux Antilles. Les colonisés savent désormais qu’ils ont sur les colonialistes un avantage. Ils savent que leurs “maîtres” provisoires mentent » (Aimé CESAIRE, Discours sur le colonialisme, Paris, Présence Africaine, 1989, pg. 8)

« Mon Dieu ! C’est la plus bête et risquant opération dans l’histoire : Dieu seul sait comment elle va se terminer. Tout ce que je puis dire est que je n’ai d’autre choix que de la conduire »
(Dag Hammarskjöld, Secrétaire Général de l’ONU mort dans la crise du Congo en 1960)

Le monde où nous vivons est normalement dirigé par une poignée des personnes. Ce sont elles qui dictent leurs lois, qui jouent à leurs jeux, qui négocient, qui le partagent et qui profitent des fruits de la terre. Ces messieurs se servent surtout des institutions, parfois internationales, comme les Nations Unies, l’Union Européenne, l’Union Africaine, et des pays nantis comme les USA, la France, la Grande-Bretagne, et d’autres encore pour dicter leurs lois et leurs volontés avec comme seul leitmotiv en tirer toujours et toujours grands profits. Ces messieurs-là, avec leurs familles, ont des ouailles, des acolytes, des thuriféraires et des troubadours qui véhiculent aussi leur volonté. Devant eux des notions telles que la vie humaine, la démocratie, les droits humains, les élections, le pays, la nation, le parlement, le sénat, la présidence de la république, les civils à sauvegarder, des oppositions à soutenir, les rebelles, les pouvoir, les forces républicaines, les dictatures, les dictateurs, etc… sont des données à géométrie variable. Elles dépendent des personnes qui les utilisent et surtout de là où elles sont utilisées. Et pour ceux-là aussi, le monde leur est un village. C’est à eux de jouir de ses fruits et, évidemment, de distribuer des miettes aux outsiders, le peuple.

I. Leurs intérêts : les ressources naturelles

Le documentaire sur la Françafrique diffusé quelques jours avant le drame ivoiriens révèle aussi une autre vérité. Ces messieurs-là aussi ne vont pas du dos de la cuillère lorsqu’il s’agit de leurs intérêts financiers. Ils mettent tous en œuvre pour les sauvegarder et surtout pour déblayer toute tentative d’opposition ou toute velléité d’opposant. L’Afrique actuelle, notamment avec toutes les réserves inconnues et connues des matières premières, devient ainsi un bon champ d’action des politiques et des polices de ces pouvoirs. Ils se servent pour cela des relais locaux notamment dans le chef de certains chefs d’Etat et des gouvernements qu’ils soutiennent, qu’ils font arriver au pouvoir, qu’ils font élire démocratiquement. Quant aux opposants, ils n’hésitent pas à les éliminer physiquement, en affirmant souvent qu’on voudrait seulement les éloigner politiquement. Mais, encore, une telle salle besogne n’est jamais réalisée par eux-mêmes. Ils cherchent les peuples concernés eux-mêmes pour le faire ; ils jouent alors sur les inimitiés humaines ; sur les querelles politiques d’antan et n’hésitent pas à sacrifier les populations qu’ils n’hésitent pas à opposer souvent. Ils sortent ainsi des drames et des tragédies avec bonne conscience. Pour y arriver, les opposants à leurs systèmes, les parias à leurs bénédictions, sont ainsi diabolisés à outrance.

II. Le black out de l’histoire …

Un autre outil dont semblent se servir ceux-là aussi est l’ignorance et la réécriture de l’histoire d’un pays, d’un peuple, du monde. Celle-ci répond ainsi à leurs gré ou au gré de leurs vagues. Puis, au quotidien, ils se servent des médias pour véhiculer, non pas l’information brute, mais l’information telle qu’ils la veulent ; ils utilisent la désinformation. Mais, chose intéressante aussi, lorsque l’évidence de ces mauvaises conduites apparait, ils ont les moyens et les personnels pour rectifier leurs tirs.

Ces assertions semblent toutes se rencontrer dans le drame ivoirien aujourd’hui. Le premier de ce drame et de cette tragédie, c’est-à-dire l’ignorance de l’histoire immédiate de l’Afrique par l’Africain risque de faire à ce que l’actuel président de la Côte d’Ivoire, Laurent Gbagbo, soit ainsi sacrifié sur cet autel sacré, comme le firent les autres opposants africains et notamment Patrice Lumumba, l’anniversaire de l’histoire faisant le bon larron, assassiné le 17 janvier 1961 à Lubumbashi, dans la province du Katanga. Et, depuis le début de cette crise en 2002 avec la première tentative de coup d’Etat à Laurent Gbagbo par des rebelles venus apparemment de nulle part mais qui, curieusement avait quitus à devenir des partenaires politiques incontournables, j’avais pensé revivre là, le drame et la tragédie congolaises et je titrais volontiers de la « Congolisation de la Côte d’Ivoire ». Or, le drame et la tragédie congolais ont eu une même fin : morts d’hommes ; morts des héros ; démocratie renvoyée aux Calendes grecques. Je ne vois pas comment la Côte d’Ivoire va ne pas suivre ce schéma, les grands de ce monde donnant l’impression d’avoir un même modus operandi.

C’est en finissant un petit ouvrage sur lui pour la génération des enfants des indépendances, c’est-à-dire ceux-là des Africains qui sont nés après les indépendances et qui ont comme dénominateur commun la méconnaissance de leur histoire ; soit par l’effet des anciennes métropoles qui ne souhaitent pas revenir sur cette histoire douloureuse, après y avoir tiré grand profit, soit par le fait des nouveau maîtres des soleils des indépendances qui sont parfois pires que les esclavagistes et les colonialistes.

III. Le fameux « Modus operandi »

Avant sa mort et ayant expérimenté cet aspect des choses, Patrice Lumumba écrivit à sa femme Pauline : « L’Afrique écrira un jour sa propre histoire ». Hélas, l’impression avec la crise actuelle ivoirienne et libyenne c’est que cette histoire qui tarde à se faire écrire par les Africains est en train d’être de nouveau écrite par les chasseurs de lion d’hier. Et qu’ainsi, il n’est pas impossible que Laurent Gbagbo, puisque c’est de lui qu’il s’agit, puisse finir ses jours comme Patrice Lumumba : abandonné par l’ONU, dont la mission première est de pouvoir sécuriser toute personne en danger de morts, refusé par les anciennes puissances coloniales dont les forces sur terrain ont officiellement comme mission de sécuriser les vies humaines. Mais, là où le parallélisme risque d’être révoltant c’est le modus operandi de tous les acteurs de cette crise ivoirienne : La France et son président dans le rôle de la Belgique et son Roi ; les Nations Unies, son secrétaire général, sa force sur terrain et son envoyé spécial, dans la même position comme au Congo en 1960 ; Allassane Ouattara dans la position du président Joseph Kasa-Vubu, c’est-à-dire que c’est lui qui signe légalement l’assassinat ; Guillaume Soro qui est dans la position de Moise Tshombé, le très puissant gouverneur du Nord de la Côte d’Ivoire pour qui Gbagbo est un ennemi juré. La Russie et la Chine, comme en 1960, assistent aussi impuissant dans une passivité légendaire. Quant aux USA et son président, peut-être que les révélations de Wikileaks nous apprendront plus sur leur rôle, comme on sait déjà que le président Obama se range, yeux et oreilles fermées, sur la position de la France. C’est tout simplement curieux.

Le comportement des Nations Unies est, à cet égard inquiétant pour Gbagbo. Car, comme en 1960 avec le Secrétaire Général Dag Hammarskjöld, les décisions sont prises sans plus se référer au Conseil de Sécurité. Depuis quelques jours, on apprend ainsi qu’il a autorité et demandé à la France de « frapper » Laurent Gbagbo avec des avions de chasse. Dieu seul sait quel fut le mandat des Nations Unies en Côte d’Ivoire ?… Puis, comme avec Lumumba en 1960, tous ses opposants ne respectèrent ni la légalité encore moins le droit le plus élémentaire. Avec le temps, tout le monde affirme que la décision de démettre Lumumba par Kasa-Vubu fut une décision juridiquement et légalement incorrecte. Il n’est pas impossible que demain, la même chose soit dite de cette décision terrible en conséquence des Nations Unies de n’avoir pas tenu compte des résultats et de la place juridique de la Cours Constitutionnelle ivoirienne en la matière. D’ailleurs, on voit encore la comédie lorsque les autres élections se tenant tout à côté, les résultats de la commission électorale, qui dans le cas de la Côte d’Ivoire, proclama ses résultats en dehors de tout délais légal, sont validé par la Cours constitutionnelle et rien que par elle. Mais, comme dit ci-haut, ces données et ses institutions sont des données à géométrie variable.

IV. Gbagbo : un phénomène ?…

Des analyses se font, des prises de positions, des pleurs, mais une seule logique prévaut actuellement en Côte d’Ivoire : la logique de Paris et de son président Nicolas Sarkozy ; une logique de guerre pour assassiner politiquement le président Laurent-Gbagbo et qui sait si pas une mort physique ne serait pas une bonne affaire; une logique qui, pour reprendre un autre président français François Mitterrand lors de la première guerre du Golfe, est contraire à la logique de paix. Cette nouvelle logique de la France en Afrique et surtout en Côte d’Ivoire se simplifie par le discours de Dakar de son président : l’Afrique n’ayant pas d’histoire, nous allons leur imposer une nouvelle histoire à avaler, si amère soit-elle !

C’est une chanson de Mbilia Bel qui me met la puce à l’oreille. Dans « Phénomène », elle chante : « Phénomène akei na ye, akei na ye, akei na ye ; Phénomène abimaka nsima ya mbula ntuku mitano, akei na ye » (Le Phénomène est parti, il est parti, il est bien parti ; Le Phénomène ne se réincarne qu’après cinquante ans, Hélas, il est bien parti). On sait que chaque siècle a ses conneries, chaque siècles a ses assassinats odieux ; chaque siècle a ses va-t-en guerre, chaque siècle a ses dossiers secrets ; chaque siècle a ses drames et ses tragédies. Il faudra se poser la question si nous n’étions pas là en face d’une nouvelle tragédie dont nous sommes des témoins et des acteurs et qui demain ferra juger ceux qui y ont pieds et mains dedans ?

V. La coopération spirituelle…

Ce 17 janvier 2011 fut commémoré, presque dans l’anonymat, le cinquantenaire de l’assassinat de Patrice Lumumba et ses compagnons. Donc, à en croire cette artiste Congolaise Mbilia Bel, nous devons nous préparer à un autre Lumumba qui, selon une théorie dite de la coopération spirituelle, c’est-à-dire une collaboration entre l’esprit d’une personne morte avec une personne vivante assumant les mêmes fonctions ou jouant les mêmes rôles, serait une personne qui reviendrait dans la figure de Lumumba. L’exemple de cette théorie de la coopération spirituelleest donné dans ce récit de la Bible où il est dit que Jean-Baptiste était venu avec l’esprit d’Elie le prophète. Et Jésus de rappeler un jour au Juifs : Et cet Elie, si vous voulez me croire, c’est Jean le Baptiste ! Comprendre qui pourra ! La même théorie affirme aussi que, dans cette réincarnation d’un héros ancien dans l’esprit d’un contemporain, ce dernier pourrait venir soit parachever l’œuvre du premier, mais, la réussite n’est pas garantie, à cause de certains impératifs notamment l’environnement.

VI. Répétition de l’histoire tragique de l’Afrique

Georges Santayana, philosphe, rappellait que ceux qui n’apprennent pas les leçons de l’histoire sont condamnés à répéter … Or, à croire le discours de Dakar du président Sarkozy, le nègre est tout sauf un bon historien ; l’Afrique n’a pas d’histoire ou, lorsqu’il l’a, il ne la fait que peux ou mauvais usage. Mais, là où le président Sarkozy a manqué sa cible c’est que, cinquante ans après les indépendances, les Africains et les nègres n’ont plus ni oreilles, ni yeux dans les poches. Tous savent qu’un certain Occident a horreur que l’Afrique fasse bon usage de son histoire. Cet Occident-là œuvre pour imposer à l’Afrique son explication et son interprétation de l’histoire, même de l’histoire même de l’Afrique. Hélas, un tel Occident trouve malheureusement des thuriféraires et des troubadours dans les nouveaux pouvoirs Africains dont nombreux sont tous sauf des acolytes des Pères des indépendances. La preuve, partout en Afrique, les festivités, commémorations ou célébrations des cinquantenaires des indépendances furent bâclés. Jamais un pays n’a fait l’exorcisme des années de colonisation ; jamais pays n’a tiré les leçons des drames et tragédies des indépendances. Et, chose choquante et plus grave, dans le cas du Congo-Kinshasa, le cinquantenaire de l’assassinat de Patrice Lumumba, Maurice Mpolo et Joseph Okito fut tout sauf une occasion de remise en question des acteurs et témoins individuels ou moraux de cet acte odieux. Aussi, la nouvelle génération majoritaire d’Africains appelé des enfants des indépendances risqueront de revoir les mêmes drames, sans savoir que c’est la répétition de l’histoire immédiate de l’Afrique.

VII. Lumumba et Gbagbo !

Depuis le début de cette crise ivoirienne j’ai toujours cherché à retrouver les parallélismes avec d’autres crises connues dans le continent, tout en sachant que comparaison n’étant pas raison. Et, l’une de ces conneries du siècle dernier qui ressemble comme deux goûtes d’eau à la crise ivoirienne est les deux crises congolaises : celle de 1960 ayant vu assassiné son Premier Ministre Patrice Lumumba et celle de 1998 ayant vu assassiner aussi son président Laurent-Désiré Kabila. Assez curieux que poussant plus loin, en puisant dans l’histoire tragique de l’indépendance du Congo, je commence à me poser la question si un autre drame n’est pas en vue ; c’est-à-dire Gbagbo et sa femme qui subiraient un jour peut-être le sort de Lumumba et ses compagnons.

Car, tout comme Lumumba en 1960, jamais être humain n’a été ainsi traité comme un paria par une certaine nouvelle communauté internationale, comme l’est actuellement Laurent Gbagbo, surtout en ces siècles où l’on pensait pouvoir incarner les valeurs positives et éternelles de dialogue, de cohésion, d’éthique. L’ONU, son secrétaire général, ses envoyés spéciaux, les Etats-Unis, la France, la Grande Bretagne, la Belgique, pour ne citer que ceux-ci, souhaitaient sa disparition politique et physique de Lumumba. La Russie et la chine, comme actuellement, jouaient à cette même timidité légendaire. Et le drame et la tragédie ne furent pas évités. Dieu seul sait le bout du tunnel de l’actuel drame et tragédie ivoirienne. Mais, tous savent ce que tous savent : il faudra la disparition politique (et physique) de Laurent Gbagbo, le boulanger car personne ne voudrait l’approcher. Comme avec Lumumba en 1960, il semble qu’il a la force de convaincre ses interlocuteurs ou de les rouler dans la farine. En tout cas, si la salle besogne peut se faire par les ivoiriens eux-mêmes, avec l’appui de la France, ou si un missile peut, par mégarde l’atteindre dans sa cachette, en tout cas, pour sauver les civils ivoiriens (la vérité est connue, certains civiles choisies), tous se frotteront les bras. Des intervenants et experts dans certaines émissions le disent, cyniquement, avec un sourire aux lèvres à peine voilé. Jadis, les mêmes commentaires se firent contre Lumumba …

Tout comme Lumumba, Gbagbo est un président élu qui un jour, sans trop savoir comment, s’est vu envahir par une rébellion qui commencé Dieu seul sait où et comment, mais qui, curieusement, avec une rapidité qui ferrait étonné le pauvre bon Dieu lui-même, a pu avoir des armes lourdes, attaqué la capitale Abidjan et a eu une reconnaissance internationale de la France demandant au président élu de pouvoir négocier à part égales avec des rebelles ! Et dire que ces premiers accords étaient signés sous l’égide de la France… L’histoire est douloureuse pour ne pas être rappelé ici. Mais, là tout nègre et africain qui avait des yeux avait compris le message…

Avec Lumumba aussi, ce fut l’armée régulière et le pouvoir légal qui s’est trouvé attaqué d’abord par le Belges, contre tous les traités signés ; puis par les rebellions des provinces sécessionnistes du Katanga et du Sud-Kasaï, qui bénéficiaires des quitus de l’ONU, de la Belgique et des autres grandes puissances. Cherchant à les conquérir par ses propres forces, des bavures furent commises et Lumumba accusé de ce qu’on qualifierait aujourd’hui de génocidaire. Assez curieux …

VIII. La tragédie de Lumumba …

Mais, là où le parallélisme devient inquiétant c’est lorsqu’on approche la tragédie actuelle avec une autre tragédie : l’assassinat de Patrice Lumumba, Mpolo Maurice et Joseph Okito un certain 17 janvier 1961, dans la brousse katangaise. Si un tel parallélisme peut-être évoqué, on peut en droit de supposer que soit Laurent Gbagbo sera bientôt assassiné, c’est-à-dire parce qu’on approche des cinq mois de la crise, soit qu’il sera arrêté, humilié, avant de comparaître devant un tribunal d’exception, même si celui-ci prend le nom international de la CPI. Soit encore qu’à l’heure où tous tergiversent, que ce dernier soit déjà assassiné et qu’un jour une version puisse nous atterrir en expliquant qu’il aurait été peut-être fauché par une balle perdue alors qu’il tentait de fuir… Ce n’est encore que des suppositions …

Lumumba fut assiégé à sa résidence, surveillé pendant quatre mois, du mois de septembre au mois de décembre, entouré par un cordon des militaires de l’ONU et des militaires de l’Armée Nationale Envoyée par Mobutu, son poulain de jadis déjà racheté par la CIA et les services secrets Belges. Et lorsque fatigué il se décide de fuir pour rejoindre ses partisans, il est vite arrêté, son convoi savamment poursuivi par un avion de reconnaissance envoyé par la CIA. Même lorsqu’il est arrêté, les forces des Nations Unies, sollicité alors par Lumumba pour pouvoir seconder le gouvernement légal Congolais, ne le protégea pas. Même lorsqu’il fut en prison, il écrivit une lettre au Secrétaire Général pour lui raconter ses conditions carcérales, celui-ci refusa même de lire sa lettre et faire cas de ces plaintes et demandes de soutiens. La suite est connue.

Puis, pour la diaboliser, comme d’ailleurs Laurent Gbagbo actuellement, Lumumba fut taxé de communiste ; d’ailleurs, aucun article ou dépêche positif envers Lumumba ne pouvait être publié dans la presse occidentale. Mme Lynn en fit les frais, elle qui fut la rare journaliste américaine à avoir rencontré Lumumba peut avant l’indépendance à Stanleyville et dont les articles ne furent pas publiés par son journal et, chose incroyable, la poste censura tous les télégrammes de Lumumba destinés à l’extérieur, notamment au président Eisenhower dont il vouait une admiration, ne furent jamais transmis. Le comportement de la presse internationale actuellement contre Laurent Gbagbo est, comme deux goutes d’eau encore, semblable à la même presse aux temps de Lumumba.

IX. Et Laurent Gbagbo …

Aujourd’hui encore, Laurent Gbagbo est assigné à sa résidence poursuivi, ironie du sort, par les soldats de l’ONU et par les Français (Dieu seul sait qui leur a donné ce nouveau mandat-là de poursuivre Gbagbo dans sa cachette !). Comme le fit Lumumba aussi. Curieusement, la complicité et la bonne entente des ambassadeurs de la France, des Etats-Unis, et d’autres, pour ne citer que ceux-ci, n’est pas sans rappeler la même complicité qui exista en 1960 au Congo des mêmes personnalités pour l’assassinat de Lumumba. On le sait aujourd’hui que pour Lumumba, non pas seulement que la Belgique vota tout un budget pour son assassinat, mais les Etats-Unis alloua à son Directeur à Kinshasa, Larry Devlin, un montant de 100.000 dollars pour pouvoir achever la besogne, après lui avoir envoyé un agent spécialisé aux empoisonnements pour pouvoir en finir physiquement avec Lumumba.

Il faudra tout simplement se demander si l’histoire douloureuse ne se recommence pas et que demain, que nous apprenons pas demain peut-être que non pas seulement que des tireurs d’élites ou des empoisonneurs seraient déjà à Abidjan ou que même des budgets spéciaux seraient déjà votés pour soutenir toute mise à l’écart physique de Laurent Gbagbo, en affirmant officiellement qu’on ne voudra pas lui ôter le souffle de vie. Comme avec Lumumba, le sal boulot serait ainsi accomplie par des Africains, avec la bénédiction sacrée d’Alassane Dramane Ouattara qui jouerait ainsi le rôle du président Kasa-Vubu à l’époque.

Mais, comparaison n’étant pas raison et cet article n’ayant qu’un but, susciter la relecture de l’histoire de l’Afrique par les Africains et le dire aux Occidentaux qui le savent, mais qui souvent ne savent pas que nous Africains le savons. Car, au sujet de cette tragédie de Lumumba, la leçon de l’histoire voudra aussi que tous ceux pris dans ce tourbillon perdirent leurs vies dans des circonstances tout à faire mystérieuses : Kasa-Vubu quitta le pouvoir par un coup d’Etat et mourut dans le dénouement le plus complets ; Moise Thsombé disparut mystérieusement en Algérie, Mobutu finit atrocement en exil au Maroc ; quant au Secrétaire de l’ONU lui-même, il disparu dans un accident d’avion. Le souhait serait que ces mêmes propos ne soient pas usés actuellement par les acteurs de cette tragédie …

S’il arrivait à être ainsi assassiné, il n’est pas impossible que Gbagbo entrent dans le cercle des immortels et il n’est pas impossible que, comme au Congo-Kinshasa, que le pouvoir futur ivoirien, qu’il soit celui d’Alassane Ouattara ou d’un autre, puisse, comme au Congo-Kinshasa, débrouiller pendant une décennie à cimenter un semblant d’unité nationale. Quant à la France, comme l’a montré le documentaire de la Francafrique, elle perdra encore de ses ailes en Afrique. Demain, les autres régimes, iront vers la Chine et la Russie …

X. Et demain la Côte d’Ivoire …

Comparaison n’étant certes pas raison. Mais, dans une interview à Londres Madame Gbagbo affirma : mon mari et moi nous tirons les leçons des drames congolais. La question aujourd’hui : jusqu’où et jusqu’à quand ?

Laurent Gbagbo n’est pas un saint homme ; il n’est pas politiquement vierge et correct. Mais, est-ce la solution actuelle de tuer, d’assassiner, d’égorger, de tolérer une violence d’un côté contre une autre, d’user de la force non disproportionnée, de diaboliser un camp contre un autre, sans pouvoir encore l’écouter ne ressemble-t-elle pas la bêtise de vouloir et pouvoir éteindre le feu de bois avec de l’essence, pour reprendre un autre poète et chanteur Congolais ? A moins que la vraie raison de la guerre en Côte d’Ivoire soit ailleurs. C’est incroyable en fait qu’un contentieux électoral dégénère à une guerre civile. Alors, qu’en sera-t-il des tous les contentieux électoraux en cours et à venir en Afrique ? Pourquoi les heureux civils à protéger (puisque c’est la nouvelle Bible) Ivoiriens et Libyens sont-ils différents des autres civils, notamment des civiles Congolais dont les femmes continuent à se faire violer ? Il y a anguille sous roche. Les Africains le savent aujourd’hui, comme il en fut hier, malgré les bonnes intentions affichées, malgré l’ONU qui, en Afrique, est ce qu’elle est.

Mais, si Gbagbo venait à mourir politiquement et, comme avec Patrice Lumumba, physiquement ; avec une planification de l’ancienne métropole la France, avec la bénédiction et le soutient manifeste des Etats-Unis, avec la complicité à son plus haut niveau de l’ONU et des envoyés spéciaux, sa figure risquerait de parachever l’œuvre de la conscientisation nègre amorcée par les W.E.B. Du bois, Nkrumah, Gnasser, Sékou Touré et incarnée par Patrice Lumumba. Gbagbo qui, dans le cas de Lumumba, ne serait peut-être pas seul, sûrement avec sa femme, deviendrait un nouveau martyr dont la gestion de la bonne version à raconter ne sera pas mince affaire ! Il faudra trouver les mots et les moments justes. D’ailleurs, les Français se laveront les mains derrière l’ONU et son Secrétaire Général, avant que demain l’histoire ne puisse juger son remplaçant, Allassane Dramane Ouattara qui, avec la pression internationale des opinions peut-être, portera le chapeau de cet assassinat ; ou, dans le cas de Lumumba dont tous prirent Tshombé comme le bureau attitré et que derrière lui un certain Munongo, rôle à jouer par Guillaume Soro.

Et quand à ce drame et à l’implication de l’ONU, la conclusion du professeur Ndaywell en dit long :

« Au terme de cette analyse, il faut ajouter que les événements avaient démontré une fois encore les connexions directes existants entre les forces en présence au Congo et les réseaux internationaux. Ainsi les événements du Katanga et le soin particulier avec lequel Hammarskjöld et Kennedy s’en préoccupèrent paraissent sous un jour nouveau s’ils sont perçus à la lumière des enjeux existant à l’époque sur le marché international du cuivre. La production mondiale du cuivre dépendait pour une large part de trois pays : le Chili, la Suède et le Zaïre. L’exploitation du cuivre chilien était assurée par la société ANACONDA contrôlée par Joe Kennedy, le père du président défunt; celle de la Suède relevait d’une société dirigée par le propre frère du secrétaire général de l’ONU; celle du Zaïre enfin était soumise à l’UMHK; Hammarskjöld et Kennedy étaient impliqués dans une guerre de sécession au Katanga, région concurrente, pour sa production, de leurs intérêts familiaux » Source : (Isidore NDAYWEL è Nziem, Histoire du Zaïre. De l’héritage ancien à l’âge contemporain. Préface de Théophile Obenga. Postface de Pierre Salmon, Louvain-la-Neuve, Duculot, 1997, p. 605)

Quant à la Côte d’Ivoire et à son indépendance, il faudra peut-être la renvoyer aux calendes grecques, pour le bien de sa reconstruction. Ainsi va la politique. Wait and see !

Norbert XSON Mbu-Mputu

Freelance Journalist and researcher

(Auteur de Patrice LUMUMBA : Discours, lettres, textes. Introduction à l’histoire du Congo-Kinshasa, Newport, 2010)

Article paru initaialement le 12 avril 2011sur huffingtonpost.fr

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