Exclusif : Voici comment Ouattara a donné le contrat de l’axe Divo-Guitry-Côtière à Pierre Fakhoury sans appel d’offre

Exclusif : Voici comment Ouattara a donné le contrat de l’axe Divo-Guitry-Côtière à Pierre Fakhoury sans appel d’offre

PFO Africa, la société de l’architecte libano-ivoirien Pierre Fakhoury, a obtenu discrètement un marché de gré-à-gré pour bitumer l’axe Divo-Guitry-Côtière. Une procédure effectuée au mépris de certaines règles prudentielles?

C’est une information qui aurait pu passer quasi inaperçue, si ce n’était la qualité très particulière des protagonistes en présence. A la mi-novembre, la presse ivoirienne se faisait l’écho du démarrage des travaux de bitumage de l’axe Divo-Guitry. Ces travaux censés démarrer en 2015 étaient annoncés depuis plusieurs années, mais ont été retardés à de nombreuses reprises. Selon des informations exclusives et des documents obtenus par La Tribune Afrique, le mode d’attribution de ce marché à la société PFO Africa, propriété de l’emblématique architecte et milliardaire libano-ivoirien Pierre Fakhoury n’est pas sans poser quelques questions.

Aucune trace d’un appel d’offres

En effet, nulle trace sur les sites internet du gouvernement Ivoirien et notamment de l’agence de gestion des routes d’un quelconque appel d’offres relatif  à une mise en concurrence pour effectuer ces travaux estimés à la bagatelle de 120 milliards de FCFA (soit près de 182 millions d’Euros), censés durer trois ans et portant sur moins de 200 Km de route.

Or, selon nos informations, un accord quadripartite a été conclu le 10 Octobre 2016 entre la société PFO Africa, le ministère des infrastructures économiques, représenté par Patrick Achi, le ministère du budget ainsi que celui des finances. Selon les termes de cet accord, la société PFO Africa a obtenu la totalité des travaux de bitumage de l’axe Divo-Guitry-Côtière, charge à elle de se financer auprès du marché financier, l’Etat ivoirien apportant sa garantie souveraine. Selon nos informations, PFO Africa a obtenu un financement bancaire avec un taux d’Intérêt de près de 6% HT par an. Or, moins de trois semaines après la signature de ce contrat de gré à gré, les travaux démarrent, une célérité inédite…

Le retour de « Pierre le Magnifique » ?

En creux, les enjeux autour de ce marché sont multiples. D’un côté, ils consacrent le lent mais certain retour en grâce de Pierre Fakhoury, inamovible architecte de l’ère Houphouët-Boigny, qui avait un temps été écarté par Alassane Ouattara, car suspecté de proximité beaucoup trop étroite avec son prédécesseur et adversaire Laurent Gbagbo.

Les chemins de la réconciliation, selon plusieurs sources proches du dossier, sont passés par la rénovation de l’emblématique Sofitel Ivoire, pour laquelle l’entreprise de Fakhoury a accepté une révision drastique du budget afin de se remettre dans les bonnes grâces de la Présidence.  Autre chantier stratégique pour lequel l’architecte d’origine libanaise a du « mouiller le maillot » au printemps dernier, la finalisation du chantier de l’hôpital mère-enfant, porté par la première dame , Dominique Ouattara, et qui soufrait de nombreux retards.

Le contrat exclusif à Fakhoury Exclusif : Voici comment Ouattara a donné le contrat de l’axe Divo Guitry Côtière à Pierre Fakhoury sans appel doffre

Avec l’attribution du marché de bitumage de cet axe stratégique ivoirien, Fakhoury a semble-t-il définitivement acté son retour en grâce auprès du premier cercle de pouvoir ivoirien, mais pourrait être rattrapé par une difficulté imprévue.

Les institutions multilatérales silencieuses ?

En effet, bien que rien n’empêche l’Etat ivoirien d’avoir recours au gré à gré au lieu de l’appel d’offres pour attribuer certains chantiers d’infrastructures, il n’en demeure pas moins que les institutions multilatérales sont de plus en plus réfractaires à ce type de contrat ou l’adjudicataire se finance sur le marché, sans que la dette ne soit inscrite au passif du budget de l’Etat. En clair, la Banque Mondiale et le FMI sont « vigilants » vis à vis des Partenariats-Publics-Privés (PPP) pour lesquels l’Etat donne une garantie souveraine en matière de financement, sans que cette dernière ne soit considérée comme une dette.

La Côte d’Ivoire n’est pas la seule dans ce cas en Afrique de l’Ouest, et de plus en plus de pays, notamment ceux dont la dette a explosé du fait de l’effondrement du cours des matières premières, ont recours à ce procédé afin de poursuivre leurs investissements dans les infrastructures.  Reste que la Côte d’Ivoire est jusqu’à aujourd’hui considérée comme un « bon élève » de la part des institutions de Washington, et qu’une éventuelle multiplication de ce type de contrats risquerait de détériorer ce bonus image.

Source: afrique.latribune.fr

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