Fadi El Abdallah, porte-parole de la CPI : « Pourquoi le Procureur a retiré une dizaine de témoins sur la liste »

Fadi El Abdallah, porte-parole de la CPI : « Pourquoi le Procureur a retiré une dizaine de témoins sur la liste »

Porte-parole de la Cour pénale internationale (Cpi), Fadi El Abdallah  a expliqué dans un entretien, en marge du témoignage du général Philippe Mangou à la Haye, les raisons du retrait d’une dizaine de témoins de la liste du bureau du procureur.

Yacouba Doumbia (Y.D) : Comment se déroule le procès de Gbagbo et Blé Goudé devant la Cour ?

Fadi El Abdallah (F.E.A) : Le procès de Laurent Gbagbo et Charles Blé Goudé se déroule dans des conditions qui ont été établies par les juges. Ces conditions établissent les règles et les mesures nécessaires pour garantir les droits de la défense, la célérité de la procédure, le repos nécessaire pour les parties et pour la préparation pour les prochaines étapes. Je pense que l’idée principale derrière ce procès, c’est que tout le monde est engagé pour l’établissement de la vérité des événements qui s’étaient déroulés en Côte d’Ivoire, et les juges sont les garants du fait que le procès se déroule dans des conditions qui respectent l’équité et les droits de chacun.

Y.D: Il y a une dizaine de témoins retirés de la liste. Ceci peut s’interpréter comme une faiblesse du bureau du procureur. Qu’en est-il exactement ?

F.E.A. : Quand je dis que les juges sont garants du fait que le procès se déroule dans des conditions équitables et qu’on respecte les droits de la défense, cela comprend le droit de la défense à une procédure qui ne souffre pas de délai non justifié, qu’il y ait une certaine célérité dans ladite procédure. Le procureur a une liste d’éléments de preuves et de témoignages que le bureau estimait nécessaire au début du procès. Par la suite, les juges ont considéré qu’il faudra réviser cette liste parce qu’il se peut que tous ces éléments ne soient pas absolument nécessaires pour la procédure, et si cette liste est réduite, cela signifie que la procédure durera moins longtemps. Donc, cela permettra d’accélérer la procédure sans nuire au droit de la défense. C’est le bureau du procureur qui a révisé la liste des éléments de preuves et de témoignages et qui a décidé, peut-être, que pour certains témoins, ce n’était pas nécessaire qu’ils soient présents dans la salle d’audience. Il y a d’autres moyens de démontrer ce qu’ils allaient dire, soit par des témoignages écrits, soit par d’autres éléments de preuves, etc..

Y.D. : Nous constatons aussi une accélération de la procédure, notamment avec le passage, en une seule journée, de deux témoins. Qu’est ce qui peut expliquer cela ?

F.E. A. : La durée de chaque témoignage est liée en fait aux questions des deux parties. Elle est liée à ce que les deux parties veulent savoir de ce que le témoin a proposé, a vu. Certains témoignages prennent une journée ou une demi-journée, et d’autres une à deux semaines. Il n’y a pas de règle générale sur le temps d’un témoignage. Cela dépend, comme je l’ai dit tantôt, de la nécessité des besoins de la procédure et des questions des deux parties.

Y.D. : Il y a deux mois, environ, un entretien de Laurent Gbagbo était diffusé sur médiapart. Entretien qui a suscité une vive polémique en Côte d’Ivoire. Est-il possible qu’un détenu de la Cpi accorde des interviews à un média ? Si non, y a-t-il des mesures pour éviter une telle situation ?

F.E.A. : En principe, il est interdit aux membres des médias de rencontrer les personnes en détention à la Cpi pendant leur procès. Il est interdit aux détenus également de discuter de leur procès dans les médias. Je ne pourrai pas confirmer la véracité de cet entretien. Dans quelle condition s’est-elle déroulée ? Sont-ce des propos qui ont été relayés par les visiteurs de M. Gbagbo. Les rencontres qui ont pour but de parler aux médias dans les centres de détention sont interdites, mais pas les visites. Il y a des visites qui sont possibles. Donc, il  faudra voir et examiner dans ce cadre-là quel type de visite M. Gbagbo avait reçu, pour quels propos. Si éventuellement il y avait à dessein un plan pour violer les règles applicables dans le centre de détention, dans ce cas, il y a des mesures disciplinaires qui pourraient être prises sur lesquelles je ne pourrai pas m’étendre parce que pour le moment, je n’ai pas d’information précise sur ce qui s’est déroulé. Y avait-il une violation des règles ou non ? Pour répondre à la question, il faut savoir que les rencontres avec les journalistes sont interdites, mais les visites peuvent être autorisées par le greffier après consultation de la personne concernée tant que le but n’est pas de discuter du procès dans les médias, mais pour un but lié à la vie privée du détenu.

Y.D. : Comment savoir si le visiteur est journaliste ou pas ?

F.E.A. : C’est quelque chose sur lequel décide l’autorité qui est en charge du centre de détention. C’est à eux d’examiner les demandes, de demander à M. Gbagbo le but de cette visite et après cela, c’est le greffier qui prend cette décision.

Y.D. : Quelle sanction peut encourir le détenu qui parle aux médias ?

F.E.A. : Je ne pourrai pas m’étendre sur cette question parce que les mesures disciplinaires relèvent du centre de détention et cela n’est généralement pas rendu public dans les médias. Cela relève de la vie privée des détenus.

Interview réalisée à la CPI par Yacouba Doumbia

Source: Ivoire Justice

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