Faire «l’oraison funèbre» de Laurent Gbagbo de son vivant est un crime (Par Ben Zahoui-Degbou)

Faire «l’oraison funèbre» de Laurent Gbagbo de son vivant est un crime (Par Ben Zahoui-Degbou)

La libération de Laurent Gbagbo est devenue inexorablement un préalable à toute démarche en faveur de la paix et la réconciliation dans notre pays. C’est une réalité que personne ne peut ignorer aujourd’hui au plan national et international.Ouattara et son gouvernement illégitime ont voulu faire cette réconciliation nationale, sans Laurent Gbagbo et ses partisans. Ils se rendent bien compte maintenant que ce n’est pas possible dans les conditions actuelles de l’évolution de la situation sociopolitique dans notre pays. Alors, comment peuvent-ils faire pour ne pas perdre totalement la face, tout en retenant encore le Woody de Mama en otage à la Haye ? C’est l’équation qu’ils ont à résoudre avant fin 2015. Le « Gouverneur noir » d’Eburnie et ses soutiens de la communauté internationale, ont donc mis, depuis peu, leur dévolu sur la participation du Front Populaire Ivoirien (FPI) à l’élection présidentielle de l’année prochaine. Ils cherchent ainsi à légitimer leur coup d’Etat du 11 avril 2011. Ils cherchent aussi, en vain, à normaliser la vie politique en Côte d’Ivoire. Et par la même occasion, à « enterrer » définitivement Laurent Gbagbo qui est devenu, pour eux, un prisonnier très encombrant.

La communauté internationale et son homme-lige en Côte d’Ivoire, savent très bien que le FPI, le parti de Laurent Gbagbo, compte encore pour beaucoup sur la scène politique en Côte d’Ivoire. Cette organisation de masse populaire, socialiste, s’est construite petit à petit, sous nos yeux d’observateur, faut-il encore le rappeler, sur le  charisme, le combat et le courage de Laurent Gbagbo pour promouvoir la démocratie et l’état de droit dans notre pays. Tous ceux qui parlent aujourd’hui avec des métaphores funèbres du genre « Les militants du Fpi se comportent comme cette femme dont le mari est décédé et qui, par émotion, s’accroche au cercueil pour ne pas qu’on l’enterre. C’est la Communauté Internationale qui fait et défait les hommes politiques en Afrique. Par exemple Houphouët, Bozizé, Ben Ali. Même le président Gbagbo fut libéré en 1982 sous la pression du vice-président américain Al Gore  » (In L’Expression, No 1537 du 02 Octobre 2014).

Le journal L’Expression attribut ces propos à Pascal Affi N’Guessan. De source digne de foi, le président du FPI, ancien premier ministre de Laurent Gbagbo a réellement sorti cette métaphore funèbre et indécente de sa propre bouche. Alors question : dans cette affaire, qui représente le mari décédé. La connotation de cette image est claire. Son auteur pense,  à Laurent Gbagbo qui est en prison. Et pour lui, son retour au pays est incertain voire impossible. La femme désespérée qui s’accroche par émotion, au cercueil de son mari et qui ne veut pas qu’on l’enterre représente les militants du FPIAffil’a clairement dit dans sa métaphore. Son analyse de contenu nous conduit directement à l’idée et aux arguments, d’ailleurs peu convaincants, de ceux qui veulent « tourner la page Gbagbo ». Le faire oublier. Enterrer ses idées, son combat pour la démocratie et la justice pour des raisons purement égoïstes et alimentaires.

Tous les discours sournois de ceux qui soutiennent cette démarche, sont une sorte « d’oraison funèbre ». Dans le fond, des envolées oratoires qui mettent en valeur les qualités de Laurent Gbagbo pour mieux l’isoler et justifier le choix de leurs auteurs. Ils pensent le contraire de ce qu’ils disent. L’objectif final consiste à convaincre les militants du FPI de« tourner la page Gbagbo »  dont ils parlent au passé en de termes malicieusement élogieux, comme si le Woody de Mama n’était plus de ce monde. En quelque sorte, une « oraison funèbre » en règle du « mari décédé » de Pascal Affi N’guessan. N’est-elle pas une  façon ironique, ingrate et méprisante de faire allusion à la situation de Laurent Gbagbo,à qui, lui et ses partisans rendent paradoxalement hommages ces derniers temps, comme s’ils l’avaient définitivement perdu. A ce que je sache, une oraison funèbre permet de mettre en lumière les différentes étapes de la vie de la personne qu’on a perdue, de faire partager les valeurs qui lui tenaient à cœur. Or Laurent Gbagbo n’est pas mort. Il vit. Il est seulement en prison. On ne peut donc le comparer à une personne  disparue. Cette image faite par Pascal Affi N’Guessan sort de son subconscient qui, dans le cerveau humain, selon les psychologues, peut être comparé à un ordinateur central. Il emmagasine pendant qu’on est conscient toutes les informations qu’il reçoit. Pour exemple, nos désirs nos objectifs. Et ce qui est intéressant ici, c’est que plus vous devenez conscient, plus vous êtes en mesure d’utiliser cette puissance (votre subconscient) pour manifester ou matérialiser vos désirs.

VOULOIR « TOURNER LA PAGE GBAGBO » EN UTILISANT UNE MÉTAPHORE FUNÈBRE EST UNE MARQUE DE MÉPRIS ET D’INGRATITUDE NOTOIRE.

La métaphore du président du FPI, vient heureusement soutenir et confirmer son idée de « tourner la page Gbagbo ». Passer à autre chose, notamment aller à l’élection présidentielle de 2015. Il a certainement l’accord de la communauté internationale pour remplacer Ouattara au Palais présidentiel en octobre prochain. Dans sa fameuse métaphore, le président du FPI parle justement de la communauté internationale qui fait et défait les hommes politiques en Afrique. Pour lui «  les militants du Fpi qui se comportent comme cette femme dont le mari est décédé et qui, par émotion, s’accroche au cercueil pour ne pas qu’on l’enterre », les militants du FPI doivent négocier avec le tueur du mari décédé ou des bourreaux de Laurent Gbagbo, en occurrence la communauté internationale. Cette nébuleuse occidentale, qui n’a eu aucun respect des institutions de notre pays et qui a installé à sa tête un « Gouverneur noir » en opérant un coup d’Etat militaire sanglant.

La solution pour que la Côte d’Ivoire retrouve son indépendance, sa dignité et sa souveraineté n’est pas dans une résignation conditionnée par des opérations mercantiles  souterraines, mais dans une résistance politique, voire une révolution digne ce nom, en misant sur le long terme. Laurent Gbagbo est en prison. Il en sortira un jour avec les prières et la lutte des militants du FPI, des démocrates ivoiriens et africains. Ses idées et son combat, comme ceux deLumumba, N’Kruman et Sankara qui ont fait des émules en Afrique, ne mourront jamais. Ceux qui parlent de  « l’enterrement » de Laurent Gbagbo et qui veulent aller à l’élection présidentielle de 2015 ont leurs agendas personnels. Ils feignent d’oublier que le leader charismatique du FPI qui est aujourd’hui à la Haye, a gagné la présidentielle de 2010. C’est important. Il n’est pas superflu de le  rappeler. Participer à celle de 2015 sans lui, est une démarche injuste, malhonnête et constitutionnellement peu orthodoxe de légitimer le pouvoir de Ouattara. Ce dernier, on le sait, a été installé par les bombes de Nicolas Sarkozy. Il faut le laisser s’enfoncer de lui-même et organiser sereinement et intelligemment la résistance politique. Le moment venu, le peuple souverain de Côte d’Ivoire, le fera partir démocratiquement, quand les conditions de sa chute seront réunies de façon naturelle.

En attendant, pour que le FPI participe normalement au jeu politique et aille à la présidentielle de l’année prochaine, il faut que Laurent Gbagbo et les prisonniers politiques soient libérés. Cette libération doit être un préalable à tout. Et puis, la libération du Woody de Mama est sans aucun doute la seule démarche fiable vers une paix durable en Côte d’Ivoire. Pendant la crise post-électorale, il voulait seulement,  de bonne foi,  le recomptage des voix. Il n’a pas été écouté par la communauté internationale. Où étaient les diplomates et autres spécialistes des relations internationales qui parlent aujourd’hui d’aller à l’élection présidentielle de 2015. Dans le feu de l’action en 2010, certains d’entre eux, qui en principe, devraient être à New York, faire du lobbying auprès des Ambassadeurs accrédités auprès des Nations Unies, ont failli notoirement à leur mission. Et aujourd’hui, ces mêmes personnes parlent de reconquérir le pouvoir d’Etat et négocier par la suite la libération de Laurent Gbagbo avec la communauté internationale. Actuellement, elle a besoin du FPI pour normaliser la vie politique en Côte d’Ivoire. Dans ce sens, elle tente le tout pour le tout et a même réussi à diviser la direction du parti de Laurent Gbagbo à travers les méandres obscurs de la diplomatie et de François Hollande, le président français, avec des promesses du genre « Gbagbo c’est du passé, ton heure est arrivée, nous te soutenons ».

Des personnes bien connues au sommet de la hiérarchie du Front Populaire Ivoirien, ont malheureusement mordu à l’hameçon en privilégiant leurs propres intérêts. Elles ont commencé à rêver. Elles parlent et parlent d’une participation duFPI à l’élection présidentielle pour disent-elle, conquérir le pouvoir et négocier par la suite, la libération de Laurent Gbagbo, avec la France, les Etats Unis et l’ONU. Sont-elles vraiment sérieuses, ces personnes qui parlent ainsi ? Ouattara a déjà gagné l’élection présidentielle de 2015. Lui et ses soutiens cherchent seulement à y mettre la forme avec une candidature unique du RHDP et une participation du parti de Laurent Gbagbo. Il ne faut pas sortir de Sciences Po, pour voir et comprendre cette  stratégie. Ouattara a même certainement envie de prendre un décret pour se maintenir au pouvoir à vie. Ne menace-t-il pas de faire organiser l’élection présidentielle de 2015 par le Ministère de l’Intérieur. Notre pays est à la croisée des chemins et son avenir est très sombre.

Il faut se rendre à l’évidence. Normalement, pour que la Côte d’Ivoire sorte de la crise qui a commencé en 1993, après la disparition de Félix Houphouët Boigny, il faut que Aimé Henri Konan Bédié, Laurent Gbagbo et Alassane Dramane Ouattara s’asseyent autour d’une table pour recommencer à se parler et à parler aux Ivoiriens. Chacun d’eux ayant maintenant occupé le fauteuil présidentiel, les discours, dans leur contenu, seraient certainement plus sincères, humbles et plus réalistes. Ouattara a voulu le pouvoir à tout pris. Il a fait deux coups d’Etat, un, contre Bédié  le 24 décembre 1999 et  l’autre contre Laurent Gbagbo le 11 avril 2010.  Il a dû se rendre  compte que diriger un pays comme la Côte d’Ivoire, qu’il connait d’ailleurs très peu, n’est pas chose facile. Logiquement, il devrait être plus disposé à parler de paix parce que tous ses plans ont échoué et le pays est bloqué malgré les apparences trompeuses avec une croissance économique virtuelle (9,8 %).

SEULE LA LIBÉRATION DE LAURENT GBAGBO DOIT ETRE AU CENTRE DU COMBAT ACTUEL DU FPI. 

La seule personne avec qui, Ouattara et son nouvel ami Bédié, doivent parler de paix en  Côte d’Ivoire, se trouve êtreLaurent Gbagbo. Il faut donc créer les conditions de sa libération. Si les dirigeants du FPI veulent que la communauté internationale les prenne au sérieux, ils doivent avoir une position politique claire, reflétant les aspirations majoritaires et légitimes de la base qui veut Gbagbo ou rien. Le FPI est une formation politique et non une entreprise privée. L’entrée visible et gênante de quelques membres de sa hiérarchie dans une situation de connivence mercantile avec le régime deOuattara et ses soutiens, ne pourra que fragiliser davantage sa direction qui risque à terme, de se couper de la base. Il faut rester uni. C’est une question de rapport de force. Le Front Populaire Ivoire sera plus fort, comme il a fait, en prenant clairement de la distance vis-à-vis de la Commission Électorale Indépendante (CEI) et de la présidentielle de 2015. La libération de Laurent Gbagbo doit être au centre du combat du FPI.

A son prochain congrès, Il faudra mettre en place une stratégie politique consensuelle en harmonie avec les aspirations réelles de la majorité des militants de base du parti à la rose. A notre connaissance, ils attendent Laurent Gbagbo que de nombreux militants veulent comme président du FPI. Ce serait un grand symbole d’unité et un signal fort vis-à-vis de la communauté internationale, si bien sûr, le Woody de Mama accepte la proposition des secrétaires généraux des fédérations du Front Populaire Ivoirien qui le veulent aussi comme président. Toutes les démarches qui vont dans le sens de cet idéal, doivent être analysées avec diligence. Sans vouloir donner de leçons à qui que ce soit, Il faut arrêter de parler pour rien et attendre le prochain congrès qui reste l’organe suprême de décision du Front Populaire Ivoirien.

Certains prophètes de malheur prévoient la disparition  du FPI, si ce parti ne participe pas à l’élection présidentielle de 2015.  Non le parti de Laurent Gbagbo ne disparaitra pas. C’est un parti solide du point  idéologique et organisationnel. Il y a encore de vrais et nombreux socialistes dans ce parti qui reste un espoir pour beaucoup d’Ivoiriens et d’Africains.  Maintenant, ceux qui ont un agenda, autre que celui de la libération de Laurent Gbagbo, comme me le disait un confrère ghanéen, pro-Gbagbo, sont libres de créer leur propre parti politique pour accompagner Ouattara, à l’élection présidentielle de l’année prochaine. Ils n’ont qu’à prendre l’exemple de  Mamadou Coulibaly qui, courageusement, a créé son propre parti. Aujourd’hui, il est tranquille et libre de ses opinions même si personne ne l’écoute. Il a quand même le mérite d’avoir une honnêteté intellectuelle. 

Sans Laurent Gbagbo, le président légitime de la Côte d’Ivoire, pas d’élection pour le parti qu’il a créé, jusqu’à nouvel ordre. C’est la logique implacable qui découle de cette réalité politique actuelle. Personne n’a le monopole de la connaissance et de l’analyse politique, mais selon Stuart Mil “La logique n’observe pas, n’invente pas, ne découvre pas; elle juge”. Seul le congrès, organe suprême du FPI, peut confirmer cette logique. Beaucoup d’Ivoiriens, du nord, du sud, de l’ouest, de l’est et du centre qui aspirent légitimement à la paix et qui aiment Laurent Gbagbo, veulent le revoir en Côte d’Ivoire. Ils sont nombreux au sein du FPI qui soutiennent cette logique de sans lui, pas d’élection pour le parti qu’il a créé. Laurent Gbagbo garde intacte sa popularité auprès des Ivoiriens. Sa libération est un gage de réussite de la réconciliation nationale en Côte d’Ivoire. Elle est aussi, un préalable à toute action politique et engagement du Front Populaire Ivoirien en faveur de la paix dans notre pays. Faire son « oraison funèbre » de son vivant, pendant qu’il est encore en prison, est un crime de la part de  ceux qui parlent de « tourner la page Gbagbo »

Ben ZAHOUI-DEGBOU

Géographe, Journaliste Spécialiste de Géopolitique et de  Médiation Institutionnelle.

 

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