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Filière café-cacao: Les factures impayées de l’appel du Golf Hôtel

Filière café-cacao: Les factures impayées de l’appel du Golf Hôtel

En pleine crise postélectorale, depuis son quartier général sous blocus du Golf Hôtel, le président Alassane Ouattara-histoire d’asphyxier financièrement l’intrépide Gbagbo qui s’accrochait à son fauteuil présidentiel avec une détermination qui faisait presqu’envie-avait appelé à la suspension temporaire des exportations de café et de cacao.

Passée la crise postélectorale, le nouveau gouvernement a pris l’engagement de dédommager, à la suite d’un calcul savant, les exportateurs victimes de cet appel. Sauf que voilà trois ans que cet engagement n’est pas tenu. Résultat, les exportateurs ivoiriens sont en quasi-cessation d’activités. Avec une cascade de conséquences sociales ! Petit retour sur une affaire qui ressemble à plusieurs autres !

UN APPEL ET LA VIE SE COMPLIQUE !

Après l’échec de la prise de la Rti et la terrible répression qui s’en est suivie, reclus au Golf Hôtel avec son micro-gouvernement sous la surveillance des forces de l’Onuci, ellesmêmes sous surveillance agitée des forces pro-Gbagbo, le candidat déclaré élu par la Commission électorale indépendante, Alassane Ouattara, utilise tous les moyens pour tenter d’amener Laurent Gbagbo à lui céder le fauteuil présidentiel dans lequel, selon son épouse Simone Gbagbo, il était «confortablement assis ».

Le 21 janvier 2011, Alassane Ouattara, depuis le Golf Hôtel, prend un ensemble de mesures dont un appel historique accouché sur papier sous forme de décret : la suspension temporaire des exportations de café et de cacao sur toute l’étendue du territoire national.

Pendant près de trois mois, à la suite de cette mesure, des milliers de tonnes de café et de cacao vont rester stockés dans les magasins sans possibilité d’exportation, allongeant ainsi les délais de portage des stocks avec des surcoûts émergents et insupportables pour les acteurs économiques de ce secteur stratégique. Quand, le 11 avril, le régime Gbagbo, affaibli par les désertions dans l’armée chauffée par les bombes de la force Licorne et de l’Onuci, s’effondre, les exportateurs croient la fin de leurs difficultés advenue. Mais c’était sans compter avec les éléments dit incontrôlés mais bien contrôlés des Frci. Dont certains, par dizaines, vont débarquer tant au port d’Abidjan que dans certaines communes comme Abobo PK 18, pour piller des dizaines de magasins de leur contenu.

Des dizaines de milliers de tonnes et de cacao et de café seront ainsi emportées vers des destinations inconnues. Conséquence ? Des dizaines de milliards de pertes pour les exportateurs!

POUR LES GEPEX (MULTINATIONALES)

Dès que le nouveau pouvoir s’installe, les exportateurs, tant les nationaux que les multinationales, regroupés au sein des « Gepex » et «Pmex-coopex », approchent les ministres de l’Economie et de l’Agriculture. Auprès de ces derniers, ils se lamentent sur les conséquences des mesures prises depuis le Golf Hotel par le chef de l’Etat. Et sollicitent au passage, des mesures d’accompagnement afin qu’ils puissent reprendre leurs activités pour la campagne 2011-2012.

Tout de suite, ils sont rassurés quant à la suite à donner à ce dossier dont «le président Alassane Ouattara est parfaitement conscient. Toutes les dispositions seront prises pour que, rapidement, vous soyez dédommagés». Leur promet-on. Après plusieurs rencontres avec les nouvelles autorités, le Groupement des Exportateurs de café-cacao (Gepex, les multinationales), informe les ministres suscités que les dommages subis par eux s’élèvent, après évaluation, à 31,322 milliards de Fcfa, soit 30,376 milliards pour le cacao et 946 millions pour le café. Cette fortune correspond selon eux, à 405 mille tonnes de cacao et 19 mille 312 tonnes de café. Et, en raison des difficultés financières de l’Etat, ils ont renoncé aux coûts additionnels liés à la sécurité et aux pertes d’exploitation sur la période allant du jour de l’annonce de l’historique mesure à la chute du régime Gbagbo.

Après plusieurs séances de cogitation avec le groupe de travail mis en place par le gouvernement, des chapitres sont été arrêtés : Les frais financiers ; les frais de stockage ; les freintes (perte de poids) ; perte de qualité. Au niveau des frais financiers, le groupe de travail a souverainement décidé que seuls les frais d’agios et autres débours supportés par les exportateurs sur la période indiquée devraient être pris en compte. Il sera donc demandé aux membres du Gepex de fournir leurs relevés de comptes bancaires, notifications de lignes de crédits, conventions de financements et autres découverts…

Au niveau des frais de stockages, sur un rapport réalisé par le Cgfcc (conseil de gestion de la filière cafécacao), où sévissait le couple Anoh Gilbert (en fuite au Canada) et Touré Massandjé (qui prospère aujourd’hui au conseil du café et du cacao), le groupe de travail a décidé de ne prendre en compte que les frais de stockage pratiqués par les transitaires, au motif que les stocks concernés étaient déjà dans les magasins appartenant auxdits transitaires.

Résultat, au lieu d’un taux de 100 FCFA/TM/J, le groupe de travail décidera souverainement de n’accepter que la moitié, soit 50 FCFA/TM/J. Bref, à la suite d’un calcul savant effectué au niveau de tous les chapitres, le groupe de travail décide qu’ «ainsi, le niveau global de soutien financier aux membres du Gepex, en référence au stock arrêté au 31 mars 2011 se situerait à 10,815 milliards de Fcfa pour le cacao (26,703 FCFA/Kg) et 206 millions de FCFA pour le café (10,651 FCFA/Kg)». Le Gepex réclamait pourtant, selon ses propres calculs 31,322 milliards de FCFA. Soit une différence à abandonner, de plus de 20 milliards de FCFA. « Un tiens vaut mieux que deux tu l’auras » ?

POUR LES PMEX-COOPEX (NATIONAUX)

Pour les petits exportateurs, essentiellement des nationaux (UCOOPEXCI, UNOCc et GPCCI), le groupe de travail, souverainement, décide que les données de base qu’ils ont fournies pour l’évaluation de leurs préjudices étaient «difficilement exploitables ». C’est élégant !

En définitive, il leur sera simplement appliqué le mode de calcul utilisé pour les multinationales. Résultat des cueillettes, le groupe de travail arrête qu’ « ainsi, le niveau de soutien financier, en référence au stock arrêté au 31 mars 2011, 65891 tonnes pour le cacao et 3822 tonnes pour le café, détenus par les membres de l’UCOOPEX-CI, l’UNOCC et le GPCC se situerait à 3,661 milliards de FCFA pour le cacao et 96 millions FCFA pour le café ». Exit donc les pillages après la chute de Gbagbo le 11 avril. S’il n’y avait pas eu l’appel du 21 janvier, ces milliers de tonnes de cacao volées auraient-elles été stockées jusqu’en avril 2011?

Mais faisant contre mauvaise fortune bon coeur, les petits exportateurs ont accepté le montant à eux imposé par le groupe de travail. Histoire de montrer leur patriotisme !

A la suite de tout ce travail, un rapport a été fait aux ministres de l’Economie et de l’Agriculture. Le 28 novembre 2011, ces deux vedettes du gouvernement ont présenté en conseil des ministres, une « communication relative aux mesures d’accompagnement post-crise du secteur café-cacao ».

VOUS POUVEZ TOUJOURS ATTENDRE!

Si les multinationales, en raison de leur capacités financières et des possibilités qu’ils ont d’obtenir des crédits auprès des banques qui, comme chacun le sait, ne prêtent qu’aux riches, ont pu reprendre leurs activités pour la campagne 2011-2012 et suivantes, les exportateurs nationaux eux, n’ont pas eu d’activité pour cette campagne. Les banques ayant refusé de les accompagner. La communication faite en conseil des ministres sur ce qui leur est dû par l’Etat ne les a pas émus outre-mesure.

La nature ayant horreur du vide, devant la défaillance des nationaux, les multinationales ont mis en place une stratégie d’occupation du terrain. Et se sont accaparé de tout le cacao en siphonnant les clients des exportateurs nationaux regroupés dans les coopératives en faillite. Toutes les démarches menées par les nationaux pour rentrer en possession des trois milliards sont restées sans suite. Et la campagne 2011-2012 s’est déroulée sans eux. Ce n’était que partie remise.

Pour la campagne 2012-2013, il ne se passera rien encore. Aucun sou ne leur sera versé par l’Etat. Entretemps, par des exonérations diverses, l’Etat avait permis aux multinationales de rattraper rapidement les pertes subies pendant la crise postélectorale. Et les nationaux ?

La campagne 2012-2013 passera, sans que les nationaux, de nouveau, ne puissent tirer leur épingle du jeu.

«PRESIDENT, NOUS SOMMES EN TRAIN DE MOURIR! »

Devant la catastrophe, à la suite d’une Assemblée générale extraordinaire, les membres de l’UCOPEX-CI, ont adressé, le 6 septembre 2013, une lettre au président Alassane, avec pour objet : « Informations sur les souffrances des producteurs de cafécacao des Coopex et demande d’audience.»

Dans cette lettre, les producteurs-exportateurs écrivent : « Monsieur le président de la République, nous avons l’honneur de porter à votre connaissance les malheurs subis par les producteurs de café-cacao à travers leurs coopératives exportatrices (COOPEX), instruments qu’ils ont mis en place pour l’amélioration de leurs conditions de travail, et de leur cadre de vie. Lors de l’Assemblée Générale extraordinaire de l’UCOOPEX-CI (Union des coopératives exportatrices de café-cacao de Côte d’Ivoire), tenue le 31 juillet 2013 à Abidjan, les présidents des conseils d’administration et directeurs généraux ont fait part de la situation désastreuse qu’ils vivent et se résume comme suit :

1/ Plus de 22 mille employés sont licenciés au sein des Coopex plongeant ainsi 220 mille membres de leurs familles dans la misère totale.

2/ Plus de 90% des Coopex n’ont pas travaillé au cours de la campagne 2012-2013 par manque de trésorerie.

3/ Ainsi, plus de 52 mille 800 producteurs vendent désormais leurs produits à tout venant, en dehors de leurs coopératives.

Conséquence : 264 mille membres de leurs familles sont ainsi privés de services sociaux et collectifs d’amélioration du cadre de vie… »

C’est que les multinationales, devant la défaillance des coopératives, ont déversé des « pisteurs » sur le terrain pour acheter le cacao, sous les yeux du Conseil du Café-Cacao. Et comme chacun sait que les pisteurs ne reversent pas de ristournes aux producteurs…

Mais revenons à la lettre des producteurs.

« Les faits engendrés en Cascade dans ce sombre tableau sont la conséquence du manque de liquidités des COOPEX, suite au non paiement depuis deux ans, par l’Autorité, des dommages subis par les COOPEX lors de la crise post-électorale (3,66 milliards FCFA) et pourtant l’accord de règlement figurait dans une communication en conseil des ministres. Les COOPEX veulent participer à la campagne 2013-2014 qui démarre au mois prochain (octobre 2013, ndlr), booster leurs résultats et créer ainsi des richesses pour leurs employés et les producteurs eux-mêmes. Dans cette perspective, le Conseil café-cacao a été saisi de la question. Nous avons été conviés le 3 septembre 2013 à une grande rencontre. Hélas, notre problème n’a malheureusement pas été réglé. C’est la raison pour laquelle nous venons respectueusement à vous, Monsieur le Président (…) pour le refinancement de nos activités. Car, sur le terrain, nous subissons une concurrence disproport ionnée des multinationales qui bénéficient largement des encours bancaires auprès des maisons mères et des banques locales. (…) Les producteurs de café-cacao, membres des COOPEX, vous remercient à l’avance, Monsieur le président, de ce que vous allez débloquer cette situation en leur faveur ».

Eh bien le président de la République n’a rien débloqué du tout et la campagne 2012-2013 est passée sans les Coopex. Pire, certains responsables de coopératives, poursuivis par des producteurs, se sont retrouvés en prison. C’est à vous faire passer l’envie de continuer à vivre dans ce pays ! Ou à donner envie de s’immoler devant le Palais Présidentiel ?

Assalé Tiémoko

Source: L’Eléphant déchaîné N°257

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