Filière café-cacao : Qui tire les ficelles du Conseil du Café-Cacao et où sont passés les 326 milliards de FCFA des paysans ?

Filière café-cacao : Qui tire les ficelles du Conseil du Café-Cacao et où sont passés les 326 milliards de FCFA des paysans ?

La tutelle du CCC est assurée par le Ministère de l’Agriculture au plan technique et par le Ministère de l’Économie et Finances au plan financier. Il est administré sur une base paritaire entre l’État et l’interprofession au sein d’un Conseil d’Administration.

Dans ses prérogatives, le CCC se doit de renforcer la bonne gouvernance et la transparence dans la gestion des ressources, de sécuriser le revenu des producteurs par la mise en place d’un prix minimum garanti et d’améliorer la consommation intérieure et extérieure. Le CCC a pour missions, entre autres de :

  • assurer la gestion de toutes les activités de la filière café-cacao ;
  • fixer les prix d’achat aux producteurs de café et de cacao, ainsi que de veiller au respect de l’application de ces prix ;
  • mettre en œuvre les mécanismes de stabilisation des prix au bénéfice des producteurs de café et de cacao ;
  • mettre en place un système de compensation entre le prix d’achat garanti aux producteurs et le prix de vente à l’exportation du café et du cacao.

Qui est Loïc Folloroux ?

À peine six mois après la création du CCC, dans un document qui nous a été envoyé, on lit que Loïc Folloroux, adresse un email à Alassane Ouattara, son parâtre, au sujet de cet organisme. Dans ce mail, il fait une analyse très critique du CCC. En effet, pour ceux qui ne le sauraient pas encore, Loïc Folloroux est le fils de Dominique Nouvian-Folloroux, épouse d’Alassane Ouattara. Ce français est le Directeur général de Radio Nostalgie Afrique dont sa mère est la présidente et l’actionnaire majoritaire. Loïc Folloroux est propriétaire d’Africa Sourcing, qui est une filiale du groupe londonien Armajaro Trading Limited, puissant « hedge fund », qui dominait le marché du cacao et dont il était le responsable Afrique. Ce groupe a été fondé par Anthony Ward, un redoutable spéculateur anglais.

Pour rappel, c’est ce même Loïc Folloroux qui a refusé d’associer Armajaro à la campagne 2013-2014 du cacao ivoirien, supposément parce que les coûts de transport avaient été sous-évalués par les autorités ivoiriennes. Armajaro estimait à cette époque que le barème de la filière, défini par le CCC, sous-estimait les charges de transport entre le champ et l’usine. Ce qui réduisait la marge des opérateurs et obligeait les exportateurs à payer un surcoût à l’achat de la fève brune, pouvant dépasser les 4 %. Pourtant, Alassane Ouattara, dès son arrivée au pouvoir, avait entamé sa fameuse réforme de la filière, qui devait garantir le prix offert aux paysans.

Notons que, dans cet email, L. Folloroux dénonçait déjà les problèmes liés à cette réforme alors, pour quelles raisons Alassane Ouattara l’a-t-il maintenue ? Résultat : le prix proposé aux paysans est passé de 1 200 FCFA à 750 FCFA, plongeant ainsi nos paysans dans le désarroi le plus total. Jusqu’à présent, les producteurs locaux ne s’en sont toujours pas relevés et ils peinent encore à joindre les deux bouts. Face à cette ingérence du beau-fils de Ouattara, bon nombre de questions nous viennent à l’esprit :

  • Quel rôle jouait L. Folloroux au CCC au point d’en faire une analyse et rendre compte à Alassane Ouattara ?
  • Qui lui donnait accès aux informations de cet organisme gouvernemental ?
  • Comment son analyse pouvait-elle être objective, impartiale et en faveur des paysans, puisqu’il est, lui-même, un des plus gros opérateurs sur le marché mondial du cacao ?
  • De quel droit ce français s’est-il permis de s’ingérer aussi bien, dans les affaires de l’État de Côte d’Ivoire, que dans sa politique ?

Pourtant, Loïc Folloroux ne s’est pas arrêté là. Aujourd’hui, il décide de jeter son dévolu sur l’audiovisuel ivoirien avec sa chaîne de télévision privée NCI qui devrait voir le jour en 2019, mais également sur l’anacarde (noix de cajou). En effet, la société Ivory Cashew Nut, qu’il a fondée, construit actuellement une usine de transformation de noix de cajou à Bouaké. Celle-ci devrait être pleinement opérationnelle d’ici février 2019. Loïc Folloroux qui a financé la construction de cette usine sur fonds propres, cherche à s’associer à des partenaires pour la phase d’exploitation.

Comment a-t-il pu financer cette usine sur fonds propres ? La filière café-cacao et par le fait même le CCC, seraient-ils LA caisse noire du pouvoir en place et de la famille Ouattara-Folloroux ?

À ce propos, La Lettre du Continent dans son numéro 785 du 03 octobre 2018, a révélé que 326 milliards de FCFA (542 millions d’euros) du Fonds de stabilisation de la filière du cacao ivoirien ont disparu des banques commerciales et ont été curieusement affectés à des dépenses inconnues. Ces révélations ont été faites à la suite d’un audit réalisé par le cabinet KPMG. Rappelons que cette somme a été constituée par un prélèvement fait par l’État de Côte d’Ivoire sur chaque kilogramme de cacao vendu par les paysans depuis 2012. Ce journal nous révèle également que tous les administrateurs de cette filière, qui avaient demandé des éclaircissements sur l’utilisation de ces réserves, ont été limogés les uns après les autres.

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courriel3 Filière café cacao : Qui tire les ficelles du Conseil du Café Cacao et où sont passés les 326 milliards de FCFA des paysans ?
Ce fonds de réserve de 326 milliards de FCFA était géré par les ministres de l’Économie et des Finances, Adama Koné, de l’Agriculture, Mamadou Sangafowa Coulibaly, ainsi que par le PCA du Conseil du Café-Cacao (CCC), Lambert Kouassi Konan.

Où est donc passé tout cet argent ?

L’audit du cabinet KPMG, a pu également relever une mauvaise gestion de la filière. Le président Alassane Ouattara avait d’ailleurs limogé Massandjé Touré-Litsé, ancienne directrice générale de la structure, la remplaçant à ce poste par Yves Brahima Koné. À titre de rappel, Mr Koné avait quitté le CCC en 2012, à cause de divergences avec Massandjé Touré-Litsé dont il était le directeur général adjoint. Précisons au passage qu’il est militant du parti au pouvoir, le Rassemblement Des Républicains (RDR) et proche du Premier ministre Amadou Gon Coulibaly.

Toutefois, en octobre 2016, Jeune Afrique avait consacré à cette gestionnaire un article intitulé : « Massandjé Touré-Litsé : la vigie », la qualifiant de personne « brillante, indépendante, dotée d’un sacré tempérament. (…), dont la parole est très rare, qui n’hésite pas à tancer ceux de ses collaborateurs qui ne respectent pas la procédure mise en place pour empêcher les fuites d’informations sensibles sur la filière (…). Alors que les craintes de pratiques spéculatives grandissent dans la filière, cette ancienne cadre de l’américain Citigroup et de la Banque mondiale, mais aussi ex-conseillère de différents Premiers ministres (dont Guillaume Soro, de 2007 à 2011), aura un autre défi majeur à relever lors de la campagne de commercialisation qui vient de s’ouvrir : instaurer un nouveau système de péréquation transport en faveur des producteurs les plus éloignés. Ce mécanisme, elle le sait complexe et, quelques voix discordantes au sein du CCC, sont là pour le lui rappeler. Mais elle est décidée à l’appliquer malgré tout. »

Alors, qu’est-ce qui a bien pu motiver Alassane Ouattara à la renvoyer ? Serait-ce sa détermination à mener à bien sa mission au sein du CCC, la critique faite à son sujet par son beau-fils L. Folloroux dans son email ou sa proximité avec Guillaume Soro dont elle était la conseillère ?

Qui sont les responsables ?

À la lumière de ce qu’ont révélé La Lettre du Continent et le cabinet KPMG dans son audit, nous pouvons affirmer sans détour que le CCC ne remplit ni ses objectifs, ni sa mission. Dans ces conditions, posons-nous les bonnes questions :

  • Qui tire réellement les ficelles du CCC ?
  • Qui décide de le considérer comme caisse noire et de voler les paysans ?
  • Pourquoi aucune poursuite ni aucune accusation n’a été portée envers les gestionnaires de ce fonds de réserves d’où ont disparu ces 326 milliards de FCFA ?
  • Ces fonds appartiennent aux paysans ivoiriens et locaux, puisqu’une taxe a été prélevée sur chacun des kilogrammes qu’ils ont vendus ; par conséquent, ces milliards devraient leur être restitués. Quand cela sera-t-il fait ?
  • Les enquêtes semblent incapables de déterminer à quelles dépenses ont réellement été affectées le pactole qui s’est volatilisé, pourquoi ?
  • Les parlementaires ivoiriens ont-ils l’intention de soumettre à leurs questions les ministres Adama Koné et Mamadou Sangafowa Coulibaly, Lambert Kouassi Konan, PCA du CCC, ainsi que Yves B. Koné, DG du CCC et pourquoi pas Loïc Folloroux lui-même ?
  • Quand est-ce que le gouvernement prendra conscience de la souffrance de nos paysans et anticipera sur la fluctuation des cours mondiaux pour leur garantir des prix minima qui leur permettraient de jouir des fruits de leur labeur ?
  • Que fait la Haute autorité pour la Bonne Gouvernance face à cet énième cas de détournement de fonds ?

Source: Les Justiciers du Net

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