Financement du bâtiment : Abidjan plus chère que Dakar, Bamako, Pretoria

Financement du bâtiment : Abidjan plus chère que Dakar, Bamako, Pretoria

Les acteurs du bâtiment ont été invités hier, à l’Espace Latrille Event à Cocody, à réfléchir aux moyens de relancer le secteur en proie à de multiples difficultés alors qu’il représente, de l’avis de tous, des opportunités inexploitées.

Tant en termes de création de richesses que d’emplois contrairement à d’autres pays comme le Ghana et l’Afrique du Sud. Et l’occasion choisie est un atelier de réflexion dénommé « Séminaire de dissémination du rapport sur la revue du secteur du bâtiment en Côte d’Ivoire ». Une initiative conjointe du gouvernement ivoirien à travers le ministère de la Construction, du Logement, de l’Assainissement et de l’Urbanisme et le groupe de la Banque mondiale.

Sur la base du rapport présenté par les experts de la Banque mondiale, Silvio Giroud, Félix Boileve et Jacques Ottro, révélant un renchérissement de certains facteurs de production, constituant ainsi un handicap par rapport à d’autres pays de la sous-région comme le Sénégal, le Mali et au-delà comme l’Afrique du Sud, le privé ivoirien s’est vu conforté dans une idée déjà admise. À savoir que le logement est cher parce que les coûts de facteurs de production sont très élevés en Côte d’Ivoire. Les contraintes sont liées au foncier, au financement et à la fiscalité (Les 3 F). À titre de comparaison, l’étude a révélé que les matériaux de construction sont plus chers en Côte d’Ivoire qu’ailleurs en Afrique. Par exemple, la tonne de ciment revient à 90 000 Fcfa ici contre 60 000 Fcfa à Dakar. Même en Afrique du Sud, le prix de la tonne de ciment est la moitié du prix pratiqué en Côte d’Ivoire. C’est la même réalité pour le fer à béton. En plus, la qualité est délaissée au profit des matériaux ne respectant pas les normes. Comme c’est le cas pour me matériel électrique, la tuyauterie, le carrelage, etc. Autant de réalités qui découragent les promoteurs immobiliers.

D’où le plaidoyer fait par les acteurs auprès de la Banque pour qu’elle sensibilise l’Uemoa (à travers la Banque centrale des États d’Afrique de l’Ouest, Bceao) pour une « uniformisation des coûts des matériaux de construction ». Mais aussi qu’elle aide le gouvernement à mettre en place une structure pouvant adresser toutes les problématiques. Entre autres, les 3 F, la formation, le respect des normes, le contrôle, la modernisation des techniques de production, la réduction du taux d’intérêt du crédit bancaire qui est de 8-9% contre 6-7% au Sénégal et au Mali. L’option de la location-vente a été conseillée également.

Aujourd’hui, le déficit est estimé entre 400 et 500 mille logements par an dont 200 mille pour la seule ville d’Abidjan. Même avec la volonté politique du gouvernement d’en produire 60 000 / an dans le cadre de son programme social, le secteur ne pourra pas répondre aux urgences. Pour preuve, seulement 5000 logements ont été produits dans le cadre du programme des logements à un prix élevé car vendu entre 7 et 9 millions Ttc alors que le prix initial était de 5 millions de Fcfa. Ce qui a découragé nombre de souscripteurs. Et dire que les prévisions du gouvernement sont d’augmenter la production à 150 mille logements d’ici 2020 au regard du taux de croissance de la population qui fait que la demande annuelle s’accroit de 40 à 50%, dans un pays où ¾ des ménages ont recours au logement locatif.

Kouadio Constant, le représentant du ministre Claude Isaac Dé, qui a ouvert les travaux, a été clair sur la vision en matière de relance du secteur. « L’objectif est sans équivoque : arriver à redynamiser le secteur en apportant des réponses concrètes face au déficit de logement que connaît notre pays, estimé à plus de 500 000 unités à ce jour. Les besoins identifiés pour mener à bien ce vaste chantier sont tellement importants qu’en plus de la volonté politique exprimée par le Président de la République, SEM. Alassane Ouattara à travers le lancement du programme présidentiel des logements sociaux, un accompagnement technique et financier de nos principaux partenaires au développement nous est indispensable ». C’est le sens des études que réalise la Bm : l’étude sur la demande en logements dans le Grand Abidjan ; l’étude sur le secteur du foncier ; la revue du secteur du bâtiment qui fait l’objet ce jour de cet atelier de dissémination. Il veut surtout tabler sur les opportunités. « En la matière, les marges de progression de notre pays restent très importantes. Le rapport fait ressortir que le secteur du Btp représentait environ 5 % des emplois du secteur privé formel, mais seulement 1,6 % des emplois totaux en 2012, pour environ 3,2 % du PIB en 2014 ; contre 9 % en Afrique du Sud et même 15 % au Ghana ».

Le responsable des programmes à la Banque mondiale et spécialiste sénior en Energie, Sunil Mathrani, s’est félicité de la franche collaboration entre le ministère, les acteurs privés et la banque. Estimant le sujet sur la compétitivité du bâtiment d’intérêt majeur pour le pays. Car il vise le bien-être social des populations. Raison pour laquelle la Bm veut étendre le projet à l’Uemoa. Aussi souhaite-t-il une proposition d’une plateforme efficace et durable. Il déploré les contraintes très fortes qui rendent le secteur inefficace. Il espère que le Comité de concertation Etat-Secteur privé, qui a déjà ouvert les discussions sur le sujet, prendra à son compte cette étude.

PAULIN N. ZOBO

Source: fratmat.info

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